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Glossaire
Comparatif Anglo-Normand Donnant Plus De 5,000 Mots, Aujourd'hui Bannis Du
Français Et Qui Sont Communs Au Dialecte Normand Et A L'anglais Par Henri
Moisy Juge Honoraire, Membre De La Société De Linguistique De Paris, Associé
Correspondant De La Société Des Antiquaires De France, Membre De La Société
Des Antiquaires De Normandie, Etc. Caen Henri Delesques, Imprimeur-Éditeur
Rue Froide, 2 Et 4 1889
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GLOSSAIRE ANGLO -NORMAND
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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
SE TROUVANT A LA LIBRAIRIE HENRI DELESQUES:
Noms de Famille Normands, étudiés dans leurs rapports avec la vieille langue
et spécialement avec le dialecte normand, ancien et moderne. 1 vol. in-8° de
xxiv-449pp., Paris, Vieweg, 1875. 8 fr.
Dictionnaire de Patois Normand, indiquant particulièrement tous les termes de
ce patois en usage dans la région centrale de la Normandie, pour servir à
l’histoire de la langue française, avec de nombreuses citations ayant pour
but d'établir les rapports existant entre le même patois et l'ancien dialecte
normand, le latin, le bas-latin, le vieux français, l’anglais, etc.
(Cet ouvrage a obtenu une Mention Honorable de l’Académie française). 1 vol.
gr. ... , à 2 col., de CXLVi -716 pp., Caen, Henri Delesques, 1887. 15 fr
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NOTE PRÉLIMINAIRE
M. Henri Moisy, notaire honoraire, juge honoraire au
Tribunal civil de Lisieux, est mort dans celle ville le 3 novembre 1886 ,
laissant, en manuscrit le présent Glossaire comparatif anglo-normand.
Cest avant tout aux travaux de philologie — et principalement de philologie
normande — que M. Moîsxj avait consacré les loisirs féconds de sa laborieuse
retraite: à côte de ses fouilles, dont Vune amena la découverte d'une très
importante tête de satyre en marbre de l'époque romaine (1), à côté de ses travaux
sur Vhisloire locale, publiés dans le Bulletin de la Société HisTOHiQUE DE
Lisiisux C^), // rt laissé de nombreux mémoires, dans la Revue histohkjue de
l'ancienne langue fbançaise (3),
(1) Cf. égaleinenl Lciirc sur des fouilles archéologiques faites en I87'i au
Ctiamp-Loquet cl à la ferme de Fénèbve, a Sl-I)ésir. Bul- letin de la Société
des Antiquaires de Normandie, t. IX, p. 271. — Lettre relative à la
découverte faite à Lisieux d'un sceau enploinl) du pape Urbain V. Ibid., t.
XIV, p. 531. — Même volume, p. 1'.». Indication de ses notes sur le Glossaire
de Gouberville.
(2) Noies pour servir à l'histoire de Lisieux au XV' siècle. N" .5,
année 1874. — Mémorial de ce qui s'est passé de plus remarquable dans la
cille de Lisieux, depuis l'an /676' Jusqu'en 1717. N° 6, année 1875.
(.S) Questions étymologiques. Année 1877, p. 107. Introduction dans la langue
du solécisme des adjectifs possessifs féminins, mon, ton, son, devant les
voyelles. 1877, [i. 137,. De l'inpuence du dialecte normand dims la Iran s
formation de la langue française. Année 1877, pp. 169, 203 et 233. De
quelques modes de prononciation usités en patois noruwnd. Année 1877, pp. 301
et 344; année 1878,- pp. 52 et 75 Du rôle complètement négatif de l'E de
certains mots français, dans les mots normands eorrespondants. Année 1878, p.
336.
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dans le Bulletin dk la Société des Antiquaires de Frange
(1), dans le Courrier de Vauoelas (2), et principalement, outre sa
collaboration au Dictionnaire historique de l'ancienne "langue FRANÇAISE
(3), trois volumes importants:
1° Noms de famille normands étudiés dans leurs rapports avec la vieille
langue et spécialement avec le dialecte normand ancien et moderne. Paris,
Vieweg, 1875, in-S" de XXIV-4i9 pages (forme le tome VII supplémentaire
du Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie);
S'' Dictionnaire de patois normand, indiquant particulièrement tous les
termes de ce patois en usage dans la région centrale de la Normandie, pour
servir à l'histoire de la langue française, avec de nombreuses citations
ayant pour but d'établir les rapports existant entre le même patois et
l'ancien dialecte normand, le latin, le bas-latin, le vieux français,
l'anglais, etc. Caen, Henri Delesqiies, 1887^ in-8'^ de CXLVI- 7JG pages, à 2
col. (Mention lionorable de l'Académie Fran çaise, 2o novembre 1886):
Enfin, le Glossaire, annoncé par M"*" Oursel dans sa Biographie
normande (4) comme imprimé en 1886, et dont le l" fascicule ne parait
qu'en octobre 1889, presque trois ans après la mort de F auteur.
(1) Note sur le dicton: Li doneor de Lisiez. 1878, p. 229.
(2) Que signifient les uwls asteure, asture .' Année 1886, p. ol.
(3) Remarques sur le Dictionnaire historique de l'ancien lan- gage franrai.'f
de La Curne de Sainte-Palaye, ia-4° de 21 pages à 2 folonnes. Au dos du
faux-titre, la note suivante: « Ces notes n'étaient « pas destinées à
rimpression. Quelques-unes, dajis le principe, ayant . été communiquées par
leur auteur à M. L. Favre, éditeur du Dictionnaire de La Curne, celui-ci
exprima le désir qu'elles fussent « continuées. Plus tard, il voulut bien en
faire tirer 20 exemplaires, n dont il lit hommage à l'auteur, n décembre
1882. »
i\) T. II. p. 272.
fC , ■
./v)fc&
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(delwedd C0006) (tudalen a04)
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Sans doute la science a marc/té — et sitrtuiit l<i
p/iiloloyie médiéviste, si jeunes encore — depuis le moment où M. Moisy écrivait
la dernière page de son œuvre, la préparait pour Vimpression et la laissait
complètement recoj/iée de sa main, comme le testament littéraire de ses
études favorites — tellement définitive qu'il ne fallait pas songer à
apporter la moindre correction, et que la publication intégrale, scrupu-
leuse, s'imposait, pour laisser au livre son caractère original; sans doute
il est fâcheux que M. Moisy n'ait pas pu revoir son travail, et, devant V
impersonnalité des épreuves, décider ces remaniements féconds de la dernière
heure; mais, malgré ces conditions évidemment défavorables, il suffi de
feuilleter l'ouvrage pour reconnaître la conscience des dépouillements, le
labeur considérable des recherches, la riche collection de matériaux, la
sûreté, l'érudition du savant. Aussi, est-ce avec une pleine confiance que la
famille de M. Moisy a voulu présenter sa dernière œuvre, aussi intéressante
qu'utile, aux romanistes et aux normands, certaine d'avance qu'ils
ratifieront l'appré- ciation d'un bon juge, M. Eug. de Beaurepaire, et que,
suivant ses expressions (1), « ce dictionnaire mettra le sceau à la 1
réputation philologique » de son auteur.
A. B.
(1) Rapport sur les travaux de la Société des
Antiquaires pen- dant l'année l8S3-t886. Bulletin, t. XIV, p. 320.
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(delwedd C0007) (tudalen a05)
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INTRODUCTION.
SOMMAIRE.
I. Usage du dialecte normand en Angleterre durant plusieurs siècles. Ses
vicissitudes. — II. Les mots d'ancienne formation qui, dans l'anglais, sont
d'origine française, ont été presque tous empruntés au dialecte normand. —
III. Le plus caractéristique des idiotismes normands, la substitution de la
diphtliongue ei à la diphtliongue oi, se retrouve en anglais. — IV. Parité entre
un certain nombre de désinences normandes et anglaises. — V. Dans le passage
du franco-normand à l'anglais, la structure d'un grand nombre de mots est
modifiée suivant certaines règles: 1" par retranchement; 2" par
addition; 3° par transposition; 4° par substitution de diverses lettres. —
VI. De quelques mots, parti- culièrement remarquables, exclus du français et
restés communs au normand et à l'anglais. — VII. De quelques autres,
empruntés par le françats à l'anglais, et que cette dernière langue avait
ellemême pris antérieurement au normand.
Apporté en Angleterre au XP siècle par
Guillaume le Conquérant, l'idiônie normand y est resté, durant plus de quatre
cents ans, la langue officielle du pays. De là, dans l'anglais, cette grande
quantité de mots français qui, suivant l'opinion d'un écrivain anglais, en
composent la plus grande et la meilleure partie (1).
Recueillir ceux de ces mots qui, bannis du français mo- derne, ont leurs
représentants (out à la fois dans le dialecte
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(delwedd C0008) (tudalen a06)
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(1) Hij.Nu:, ///.st. (l'.ingl., 1, 218.
iionaaiul et dans Tanglais, tel a été le but
que nous nous sommes proposé en composant ce dictionnaire.
Un quart de siècle avant la conquête, Edouard le Confesseur, lils d'une
Normande, élevé en Normandie, avait intro- duit à sa cour l'usage de la
langue franco-normande, laquelle, à son avènement au trône d'Angleterre
(lOil), se trouvait déjà la seule langue parlée par l'aristocratie an-
glaise. Ce ne fut là tout d'abord qu'une simple affaire de mode: mais cet
usage prit un tout autre caractère, quand Guillaume devint maître de
l'Angleterre. L'on sait, en effet, qu'un de ses premiers soins fut d'y
proscrire l'anglo-saxon et d'imposer aux vaincus sa langue maternelle (1), et
que l'ignorance de cette langue fut pendant longtemps un motif d'exclusion
des charges publiques (2).
Le franco-normand se trouva ainsi seul admis pour la rédaction des actes de
l'autorité puljlique et dans la dis- cussion orale et écrite des litiges
portés devant les cours et tribunaux. Ce fut seulement à l'avènement d'Henri
V (1413), que l'on permit de plaider en anglais devant les tribunaux civils:
mais la vieille langue normande continua d'être employée devant la haute cour
du Parlement et devant les autres cours. Les actes étaient alors rédigés,
tantôt en an- glais, tantôt en français: cet usage persista même jusqu'au
XVIirsiècle, sinon généralement, au moins dans quelques cas particuliers, car
un acte du Parlement de 1731 interdit absolument l'usage du français dans les
procédures judi- ciaires et dans les actes publics.
Cependant l'on retrouve encore dans l'Angleterre nio-
(1) On lit dans Spebiiann {Cod. leg. ret. stat. regni Àngliœ) ■
« yurrant lustori(v qiiod, cuin Willielmus dux yorwannorum regniiw Àngliœ
cunqiiisivisset. deliberavit quomodo linguam saxonicam possei destruere et
Angliam et yormanniam in idiomate concordare. Et ideo ordinavit qitod niillus
in curia 7'egis placitaret nisi in gallico: et iterinn quod piier quilihet
ponendux ad litteras addisceret gallicum et per gallicum latinum qiiœ duo
liodie obsercantur: ni wodus etiam scribendi anglicus omitte- retur el inodu^
gallicus in cluirlis et in libiis (imnibu!( admitte- retur. »
(2) Wlfstan, évèijue de Worcesler, fut regardé en 1095 comme un homme non
lettré et jugé incapable d'assister aux conseils du roi, parce qu'il ne
savait pas le français. {Matt. Paris, CItronica majora, II. 40.)
— vil —
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(delwedd C0009) (tudalen a07)
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derne des vestiges de raucieiuic langue olTicielle de l'Etat, vestiges que le
temps et les lois n'ont pas encore complètement effacés. Ils se rencontrent,
non seulement dans la légende des armes de la Grande-Bretagne et dans celle
de la décoration de l'Ordre de la Jarretière, mais ils revivent aussi dans un
certain nondjre de formules parlementaires. Ainsi, lorsque la reine donne son
bill relatif aux affaires publiques, elle s'exprime en ces termes: « la
reigne (1) le « veult. » Dans le cas d'un bill de subside, elle dit: « la «
reigne mercie (2) ses loyaux subjects, accepte leur l:jene- « volence et
ainsi le veult. » la formule du refus est: « la « reigne s'avisera. » A la
Chambre des Lords, les membres donnent leurs sufl'rages en disant: « content
» ou « non « content ».
Depuis la conquête de l'Angleterre (1000), jusqu'à l'an- nexion de la
Normandie à la France (1204), le royaume et le duché étant restés soumis à la
même domination et ayant entretenu de constantes relations, l'idiome normand
ne subit pas, en Angleterre, de notables changements. Mais, à partir du
commencement du XIIl^ siècle, c'est-à-dire quand les relations entre les deux
pays devinrent beau- coup moins fréquentes, le dialecte provincial de
Normandie, usité seulement dans les classes élevées et au milieu d'un peuple
qui en parlait un tout différent, ne tarda pas à s'altérer sensiblement. Une
langue nouvelle, produit de la fusion de l'anglo-saxon et du normand, se
substitua peu à peu à celle 'de la conquête. Ce fut celle dont firent généra-
lement usage, depuis le XIIP siècle, tous les écrivains anglo-normands, et en
particulier les légistes et quelques chroniqueurs.
Il y avait longtemps déjà que cette langue n'était plus celle que les
trouvères normands avaient illustrée. Bien
(1) Le mot reigne ou reine est un mot essentiellement normand. Dans le
dialecte de la Normandie, on disait le rei, la reine, et dans celui de
l'Ile-de-France, de la Picardie, de la Bourgogne, etc., on disait le roi, la
raine. Conservant le mot roi, la langue française eût dû garder aussi celui
de roine.
(1) Ce mot subsiste encore en patois normand, lequel Ta retenu de l'ancien
dialecte provincial:
Et si l'en ont mult merciù.
Tir.S , (îiim de 7>()iV, v (i»;ij.
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(delwedd C0010) (tudalen a08)
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l
— vm —
quelle fût toujours la langue officielle et que l'usage s'en fût maintenu dans
les relations de la haute société, elle avait cessé d'être une langue
littéraire. A côté de cette seconde modalité de la langue de la conquête,
s'était lentement formée une langue, différente encore, de laquelle on
chercha surtout à faire disparaître l'élément normand, et dans la- quelle on
s'efforça par contre de faire revivre le plus grand nombre possible des
anciennes formes de l'anglo-saxon, formes tombées en désuétude dans la langue
écrite, mais dont l'usage s'était perpétué dans celle parlée parles classes
populaires.
Ce problème fut à peu prés résolu au XIV"^ siècle par la publication des
œuvres de Ghaucer, sous Edouard III, qui proclama la langue dont cet écrivain
avait fait usage, langue nationale.
]\Iais, comme on vient de le voir, ce fut là une déclaration un peu
platonique: l'usage de i'anglo-normand ne persista pas moins, longtemps
encoi'e, en Angleterre. Son domaine s'accrut même postérrieurement d'un grand
nombre de mots, qu'il continua d'emprunter, pour la plupart à l'idiome
normand. C'est ainsi qu'au XV siècle, alors que la Normandie se trouva de
nouveau soumise durant 35 ans (de 1414 à 1449) à la domination anglaise, de
nouveaux em- prunts durent encore être faits par les envahisseurs à la langue
des populations qu'ils s'efforçaient de ranger sous leur autorité. On sait
que, durant toute cette période, la Normandie fut constamment occupée par les
armées anglaises et administrée par les fonctionnaires de tout ordre que les
rois Henri V et Henri VI y avaient appelés, et qu'en Jjeaucoup de villes de
cette province un certain nombre de marchands regnicoles furent ex})ulsés et
rem- placés par des sujets anglais auxquels, pour les fixer en Normandie, on
a-surc des innnnnilés et des avantages de toute sorte.
Vers leXIV*^ siècle, le dialecte normand cessa d'avoir une existence propre,
au moins dans le domaine purement littéraire. Les écrivains normands de ce
temps, tout en se servant de l'idiome devenu dominant, celui de
Tlle-de-France, avaient cependant conservé l'usage d'une foule de mots et
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(delwedd C0011) (tudalen a09)
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(lu locutions, particuliers à leur province, (jue le
français avait rejetés et que, avons-nous dit, l'angio-normand d'alors
s'appropria en partie. Parmi ces mots, nous citerons notamment coHvenience,
calqué sur le latin co/ivenientia, et qui, de Normandie, passa en Angleterre;
il en est de même des verbes extoller, élever, exlenclre, étendre, en
anglais, ta extoll, to extend. Les formes exloller, extenclre, paraissent
propres au dialecte normand; du moins on ne les rencontre pas, comme mots
français, dans le Dictionnaire de Cot- grave, non plus que convenience.
L'anglais, croyons-rfous, a encore pris au dialecte normand d'autres mots que
l'on retrouve dans l'ancienne langue, à une époque où ils n'étaient pas
encore admis dans l'anglais. Tel est, par exemple, le verbe agresser,
attaquer, du latin aggressum, part. pas. d'aggrecU; tel encore l'adjectif
pristin. ancien, du lat. pristinum, mots qu'on retrouve dans l'anglais.
Agresser, pristin ont été recueillis, comme mots français, par Gotgrave ,
alors que Sherwood , à la même épo([ue , ne mentionne pas to aggress et
prls'tbie , comme mots anglais.
11 nous a été objecté, touclianl un certain nombre de mots normands compris
dans ce glossaire, eomme clétourber {en anc. dial. des tio'ber), déranger;
mucrlr, devenir moite, se gâter; pot (en anc. dial. pos^), poteau, etc., que
les mots anglais correspondants, to disturb, to mucker', post..., pouvaient,
aussi bien que les mots normands euxmêmes, avoir été empruntés directement au
lat. disturhare, niucere, postis. La question })Ourrait en etfet comporter
(pielque doute, si l'on rencontrait d'autres mots d'origine latine, entrés
dans l'anglais, durant la période de formation de cette langue, et qui
n'eussent pas de représentants simi- laires dans l'ancien dialecte normand.
Or, sans pouvoir affirmer d'une manière absolue qu'il n'en existe jjas, nous
devons dire que nous n'en avons point trouvé. Peut èti-e cependant
pourrait-on signaler quelques mots en très petit nombre, se trouvant dans ces
conditions, et (fui appartien- nent à l'ancienne liturgie latine, en usage en
Angleterre avant la conquête. Sauf ces rares exceptions, nous croyons pouvoir
dire que les anciens mots anglais, d'origine latine.
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(delwedd C0012) (tudalen a10)
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ne .sont entrés dans cette lan^'ue par rint^ermédiaire du
dialecte normand.
Une autre objection nous a été faite à l'égard de certains mots anglais
d'ancienne formation, dont les similaires, perdus aujourd'hui pour le
français, se retrouvent, non seulement dans l'ancien dialecte de la
Normandie, mais aussi dans celui de cpelques autres provinces. Or, pourquoi,
nous a-t-on dit, ces mots n'auraient-ils pas été pris par l'anglais aussi
bien à l'idiome picard, par exemple, ou à celui de l'Ile-de-France ou de la
Bourgogne, qu'à celui de la Normandie?
Nous répondrons: — que le dialecte normand, ayant été pendant plusieurs
siècles la langue de l'Angleterre, il nous a paru tout naturel d'admettre
qu'il a diî, dans le principe, être à peu près la seule source à laquelle
cette langue à puisé ses formes d'origine française; — que d'ailleurs pen-
dant une partie du XI'' siècle et durant tout le XIP, l'Angleterre et la
Normandie, soumises à la même domination, eurent entre elles les relations
les plus étroites et les plus fréquentes et que c'est précisément à cette
époque que furent introduites dans l'anglais la plupart des formes françaises
dont il est question; — qu'enfin il serait peut- être difïicile de rattacher
les mots anglais dont il s'agit à des mots appartenant au dialecte de
l'Ile-de-France, à celui de la Picardie, etc., et aus.si anciens dans la
langue que les mots normands, desquels nous les faisons dériver.
IL
Les mots recueillis dans ce dictionnaire comme
étant communs à l'anglais et au dialecte normand ont été à peu près tous
empruntés à ce dialecte par l'anglais. Il y a quelques rares exceptions.
D'abord, en ce qui touche certains mots d'origine saxonne: ceux-là, à n'en
})as douter, sont passés de l'anglais dans le normand; jiuis il en est
d'autres d'ori- gine Scandinave, germanique, celtique, communs aux deux
langues, et qui ont pu être pris directement par chacune d'elles à ces
sources ou passer de l'une dans l'autre. Mais ce
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(delwedd C0013) (tudalen a11)
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.sont là. nous le répétons, des exceptions;
l'on verru ipie c'est jjien du normand que procède la généralité des mots qui
se rencontrent dans les deux langues. Ce lien sera établi par dos textes
cités sous le plus gi'and nombre de ces mots, textes tous empruntés à des
écrivains normands.
III Le
dialecte ipi'on appelait au mox'en âge le « franrais de Normandie » ditlere
essentiellement des autres dialectes parlés à cette époque au nord de la
Loire et en particulier do celui en usage dans rile-de-Fnxnce, lequel était
alors désigné sous le nom de « trançais de Paris » et dont les formes
caractéristiques, quoique on en ait dit, ne sauraient se confondre avec
celles de l'idiome normand, ce que nous avons cherché à démontrer ailleurs
(1).
Quant à présent, qu'il nous suffise de faire remarquer que, de tous les
idiotismes normands, l'un de ceux que l'on pour- rait presque appeler
fondamental, et qui différencie le dia- lecte normand de tous ceuk qui, avec
lui, ont apporté leur contingent dans la formation de la langue d'oïl,
consiste dans la substitution deVe à l'o devant i.
Or, l'une des premières preuves que nous voulons donner de l'étroite afiinité
existant entre l'anglais et le normand sera précisément empruntée par nous à
cette particularité dialectale, dont les traces, comme nous allons le voir, abon-
dent dans la langue anglaise.
L'e et Vi de certains radicaux latins, formant ai eu dialecte de
l'Ile-de-France, donnent ei en dialecte de Normandie.
La diphthongue ei, propre à ce dernier dialecte, est passée du plus grand
nombre de mots normands où elle se rencontre, dans les mots anglais
correspondants. Si elle fait quelquefois défaut en anglais moderne, il est
rare qu'on ne la retrouve pas en vieil anglais.
Nous allons donnei- la nomenclature des mois normands
(1) V. p. v-x de rintroductiou à notre
Dictionnaire de palois normand.
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(delwedd C0014) (tudalen a12)
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^ XII —
et anglais de cette catégorie, connus df uou.s, eu indiquant sous deux
paragraplies distincts ceux où. tantôt l'e, tantôt ^^ des radicaux lutins
donne naissance à la diphthongue dont il s'agit.
E latin.
FRANÇAIS.
A. poicipeie aperceveb-
to appereeive *
(Il
apercevoir
Avenam aveine
avene '
avoine
/ aveii- (f.) Ilabeic \
\ aveir (.*.)
to liabere', to
ave ',
avoir, posséder
to hâve
aveer ', avère '
avoir, bien
Concipcre eoneeveii
to conceive
concevoir
Congem conrei
conrey '
coni'oi (2), troupe
Ciedentem créant
creaunt '
croyant
Crescere creislre
to crease '
croître
Ciescentem creissant
erescent , cressenl
( Slierw. )
croissant
Crescere * ""^^''^
to crease *, to crese '
croître
( creist
crest •
croit
A<crescere accreisire
to accrease *
accroître
Dccrescere decreistre
to deerease
décroître
Increscere encreistre
to increase
augmenter
Excrescentiafli , for-
me fictive faite
sur excrescere excreissance
excrescence
excroissance
Cuiiensem (bas. lat.) curteis
curleis *
courtois
d'où curteisie
courlesy, couiteousy
(Sherw)
courtoisie
Decipere deceivre
to deceive
décevoir
Ueplieare despleier, despleer
to displa^-, to displaye
(Palsg.)
déployer
Dcbere deveir
devere ' (3j
devoir (1) Les mots suivis d'un astérisque
(*), se rencontrent dans le dic- lionnaire d'Halliwell: les autres mots,
appartenant aussi au vieil anglais et recueillis soit dans la grammaire de
Palsgrave, soit dans le dictionnaire de Cotgrave, soit enfin dans celui de
Sherwood, sont indiqués par les abréviations suivantes, mises entre
parenthèses: (Falsg.), (Cofg.), (Sherw.).
(2) Conroi est la forme usitée en dialecte de l'Ile-de-France:
Ils fuient dusc' à lor conroi.
Partonop, v. 3305-
(3) C'est le verbe employé substantivement; le sens du mot est ce que l'on
est obligé de faire.
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(delwedd C0015) (tudalen a13)
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— XIII
Speres
Foriam
Ileredem
La m po tram
Legem
Legalem
Manoro Me, le, se
Medianiim Moveie Commovere R emovere
l'alafrodum (bas lat.) Pereiiim iiiL) Pensum Percipeie l'ectorale Potere (bas
lat.) Prœdam Recipere Regem Regalem
Regalimen. forme lictive faite sur regalem Telam
Teisiam (bas lai.) Très Vélum Velare Verum
t'speir
feire
heir
lamprée
lei
leial, loai
d'oii leauiO
maneir
mei. Lei, sei
meien mou\eir commoveir remouveir
palfroi, palefreid
peiié
peis, peise
perceveir
peitrail
pouveir
preie
receveir
rei
real, reial
reaime, reialme
telle
tcise
treis
veile
veiler
veire
espeyre *
feire *, fair
lieir
lamprey
ley *, lay *
lia le •
Icaute '
maner '
mec (Slier\v)-e-le*,
the (Slier\v.),lhee-
e-self me an lo move to commo\e lo remove, lo re-
mown ' palfrey perry peise * to perceivo peitrell * power
praye (Palsg.) to receive ray * real *, rialle *
realm
telere '
teise *
tliree
veil
to veil
veir *, \'air '
espou'
foii'e
lioii-, héritier
lamproie
loi
loyal
loyauté
manoir
moi, toi, soi moyen ,
mouvoir émouvoir
déplacer
palefroi
poirier
poids
percevoir
poitrail
pouvoir
proie
recevoir
roi
royal
royaume
toile
toise
trois
voile
voiler
voire, vraiment.
I latin.
Bibere beivre Cupitare fréiiuenl.
de cupere coveiler
Cupidum coveitus
Cupiditiam (bas lat.) covetise
Distiictum Strictum
destreit étreit
d'oii étreitement étreitesse
bewe *, beverage boire, boisson
to covet convoiter
covetous convoi! eux covetise (Palsg.), co-
veitise *, coveting convoitise
distraite *, strait détroit
streit *, strait étioit
straitly étroitement
straitness état de ce qui est étroit
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(delwedd C0016) (tudalen a14)
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— XIV
Fidem
,fci
fay ', f.-yo '. iaiili
ioi
Frigere
îreidir
to freeze
froidir
Refrigeseerc
refieidir
to refreid '
refroidir
Frigidum
effroi
afraye ', affraic*
efîi'oi
Licero
Icisir
leisurc.leyseri Palsg)
loisir
Piper
peivre
pepper
poivre
Pi ru m
peire
père (du Guez), pear
poire
Piraiium (hjis lat.)
peiricr
peiye *, pear-tree
poiiler
Pisum
peis
peese (du Guez),peas
pois
Piceni
pciz
pays '
poix
Picait"
peier
to peck •
ixjisser
TDiam
toil, teilleul
teil
tilleul
Viam
veie
waye (Palsg.), way
voie
Cum via
convei
eonvey *
convoi, escorte
Cum viaic
conveier
10 eonvey
transporler.eonvoy
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(delwedd C0017) (tudalen a15)
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IV.
Beaucoup d'autres formes de l'ancien dialecte
normand, conservées par le patois, se retrouvent encore dans l'an- glais;
nous allons les signaler.
Constatons d'abord la parité d'un certain nombre de terminaisons.
Tantôt le dialecte normand donne à l'e bref désiuentiel, tant du participe
passé des verbes de la première conju- gaison que de quelques subst. et adj.,
le son de l'e ouvert, tantôt il remplace cette désinence par é.
Blâmé, été, nommé, inquiété, etc., se prononcent en patois normand, blàmè,
été, nommé, inquiété, etc. Cette pro- nonciation reproduit, d^ns la langue
parlée par nos cam- pagnards, la terminaison ed (1), que l'on rencontre dans
les plus anciens tnonuments du ditilecte normand:
Altre qui blasmed ait ested par serment nomed.
Lois de Guil.,K.
Pur quel nias inquieted et travailled e que sel ressucited?
L/'.s Bois, p. 110.
Blancandrins at tut premereins parled. . . Par tel amur as les vus desevered.
CI, ans. <!,■ Bol., p. 12 el KiS.
(1) Le d final de cette désinence ne se
faisait pas sentir dans la prononciation, pas plus que le ( qui lui a été
substitué: ces lettres étaient là seulement pour indiquer le son allongé de
\'e. % — w —
Tantes dolors ut por tei enduredes, E tantes fains e tantes seiz passedes.
Ah'.r., str. 80.
Al rei ad sovent enveied E as evesques ben maundel
Soun pleisir, E eug à li lor volented; Mes il ne ount gueres exspleited
De lor désir.
Vie de S. T/ium. de Cant.,\i. 023, c. 2.
Et par espurgement en aveit à chef tr'ed; N'en vont entre en pied, n'en
respuns, n'en retred. i ' Vie lie S. Thom. le mail.,\>. 31.
L'on retrouve cette forme au part. i)as. des verbes anglais: parted,
meditated, spitted, afflicted, etc., etc.
Existe aussi, concurremment avec la terminaison ed, celle et, par laquelle on
se rapprochait davantage, pour beaucoup de mots, des suffixes latins atum,
atara^ ateni.
Tiret sa barbe cum home qui est iret.
C/iatiif. lie liai., p. 201.
Dès icel ure qu'il fut net,
Dès que Jhesu l'eut couronet. . .
Vie de S. T/iuui. de Cant., v. 1303.
Cette règle de transformation existe en idiome normand, aussi bien pour les
substantifs que pour les verbes; c'est ainsi que honitatem,polestatem,
civitatern, etc., ont donné bonlet, podestet, cilet.
Espeire el seignur e fai bontet.
Lib. psnliii., p. 1(3.
En terre 1' mettent par vive podestet; Florent li poples de Rome la citet.
Ale.r..xtY. lis.
Les mêmes terminaisons se rencontrent en anglais sous les deux formes ed, et;
par exemple, dans l'adj. spiriled, vif, e-spiégle, en patois normand
esj^ritet, et dans le substantif »îûrr/fe<, en normand ancien et moderne
marchet (1).
Le patois lui-même adopte généralement, dans ses formes écrites, la
terminaison et:
L' vent érage et la née a quiet (et la neige est tombée ).
Ni mes;/ueni. , p. 102.
(1) Li reis Marsilies de nos a fait marchet.
C/ians. de HoL, p. 98.
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(delwedd C0018) (tudalen a16)
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— XVI —
Ten grant nom sera portet Loin dans la postéritet.
Ri iii<:<J <■!:<., p. 20.
J' vous dis en véritet qu' bien des prophètes et des justes ont souhaitet
d" vée chu qu'où véyiz.
MET., 5. Matli., ch. xiii. V. 17.
Pour exprimer le son ouvert de Ve Lref désinentiel fran- «;ais, l'ancien
dialecte normand usait, indépendamment de ed et de et. d'une troisième
variante ei.
Si en creust vustre clartei, Pur l'or ki a mult grant biautei.
Marie, Fable, 1.
Dieu li dist: seufîres toy maufey; Ne soies pas si eschaufey.
L'Ail.Loeiirii' X. D..p. 11.
Le patois normand du X VIP. siècle indiquait aussi quel- quefois, de la même
manière, la désinence dont il s'agit:
Ossi, dais qu'os avaiz un rien de santey. Vos vos saulais de tout, par trop
de libertey.
L. Pet.. Muse norm., p. 13.
J'aperchus qui disait toute la véritey.
L. Fet,., Muse norm., p. 82.
Notons eu passant que Va du. radical latin, qui, en dia- lecte de
l'Ile-de-France, se change en e bref et qui, en idiome normand, prend le son
de Ve ouvert, est conservé en provençal. C'est même là une des différences
caracté- ristiques existant entre la langue d'oïl et la langue, d'oc. Ainsi,
par exemple, abhaluru , minare . pratuni, qui ont donné au j)roveuçal ahhal^
raenar, pral. et au dialecte de Paris abhé, mener, pré, ont formé en idiome
de Normandie abhei, meneir, prei.
Là où l'abbei... les voudra meneir... deivent fener le prei le rei.
Lir. <//'.■< .Juré."
île S.
Ouen de Rouen, i' xv V.
L'e final, avons-nous dit, du part. pas. de quelques verbes de la prem. conj.
et de bon nomljre de subst. et d'adj. est aussi quelquefois remplacé par i,
en dialecte normand.
C'est ainsi, d'abord, quant aux verbes, que l'on dit, dé-
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(delwedd C0019) (tudalen a17)
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— XVII —
pouilU, soulagi, ménagi, pinchi^ etc., pour dépouillé, soulajfé, ménagé,
pincé (1).
Quant aucun despouilli se sent...
L'Advocacje iV. D.,i^. 29.
Ah! de qui poids m' v'ià soulagi!
Tii/nofijer's., p. I(j5.
J'ai si bien fait et ménagi, Que finalement me v'ià pinchi.
Ih. , p. TCi.
A ces formes correspondent exactement celles que l'on rencontre dans
l'anglais musky , privy, rosy , plungy", tinty, etc., dit pour musqué,
piivé, rosé, plongé, teinté.
Le dialecte normand substitue t, non seulement à Ve bref des terminaisons
françaises, mais aussi dans beaucoup de celles qui ont une assonance
identique, telles que er, à l'inflnitif de certains verbes de la prem. conj.,
et ai au prétérit des mêmes verbes. Ainsi, par exemple, arracher, j'arrachai,
que l'on prononce en français armc/ié, /ar- raché, forment en patois normand
arrachi, farrachi. Nous ne nous occuperons ici que de la forme de l'infinitif,
la seule dont nous ayons retrouvé trace dans l'anglais (2).
Deivent aveir à mengir... (3).
Lk\ des Jui'. de S. Ouen de Rouen, f°69 v".
Faut cherchi forche dans la prière.
Rimes jers., p. 184.:.
(1) Le mot couvi pour couvé, est un vestige laissé par le normand dans lé
français de la forme dialectale qui nous occupe. Comme" part, pas.,
couvi ne saurait se rattaclier à un verbe couvir: le radical cubare n'ayant
pu donner que la forme actuelle couver.
(2) La seconde forme relative au prétérit est non moins fréquente en idiome
normand; nous n'en citerons que deux exemples, em- pruntés l'un à l'ancien
dialecte, l'autre au patois:
Je devanci en maûrted (j'avançai en matiiiité).
Lib. psalm., p. 193.
Je regardy un butel.
La Friquasgée, p. 22-
(3) Le patois normand fait généralement muet Vr final, quand cette lettre est
précédée d'un i; mangir doit donc se prononcer wa«ffi, comme dans l'exemple
suivant:
Il en sont tonos enn'yés, et r'fnsent, d'en mangi.
liinicn (jiteni , p, H7.
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(delwedd C0020) (tudalen a18)
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— WIII —
Cette tonne dialectale se retrouve dans l'anglais moderne to accompany, to
sully , etc., accompagner, souiller, et en patois accompagni , souilli , et
dans le vieil angl. io conseyly', conseiller, to calencjij\ disputer, en
patois conseilli, calengi; to mullij\ meuler, forme normande de beugler.
Nous avons dit que le même changement de terminaison était encore à noter en
un certain nombre de substantifs et d'adjectifs. Dans plusieurs mots de cette
catégorie, en effet, le dialecte normand remplace aussi, par i, Ve bref
désinentiel du français. C'est ainsi, par exemple, qu'aux formes françaises
clergé, duché, congé, aisé, ce dialecte substitue celles clergie (1),
cluchie, congie, aisi (2) ou aesi, formes que l'on retrouve dans l'anglais
clergy, duchy (cluchie Sherw.), congie\ easy.
Sadoch od tut le clergie furent od David e portèrent l'arche.
Les Rois, p. 175.
Item, les lettres de Madame d'Alençon se adreceront aus commissaires du
bailliage de Caen et partout là où elle a terre en la dite duchie.
Ch. lie 1347, citée par M. Delislo dans les Actes novm. de la Cli. des '■ornptes, p. 358.
L'en lui doibt querre mariage, Au congie de sa signeurie,
Coût, de Nurm. en v., p. 81.
A corriger n'est chose aisie.
P. GuiNG., I, 331.
Item , pour faire en haute prison as debteurs sur icelle le tuel (tuyau)
d'une chambre aesie (3), descendant illec, jusques au bas du gardin...
Compte de 1345, cilé par M. Delisle, loc. cit., p. 330.
(1) Clergi ou Cliergi se disent encore
aujourd'hui en Normandie pour clergé.
(2) Aisi pour aisé, est toujours usité en patois normand.
I n'y a rien d'pus aisi.
La Nouv. antiaie (Jersey, 1868), p. 18.
(3) Chambre aisée se disait, dans l'ancienne langue, pour lieux d'aisances:
Si Fun des voisins a en son héritage un puits, et l'autre voisin veut faire
au sien latrines ou chambre aisée, sera tenu de faire, entre ledit puits et
latrines, un lonlremur.
Coiit. f/éti., I, 112.
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(delwedd C0021) (tudalen a19)
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Un autre mot de la inèiiie famille, que l'on rencontre
aussi Lien dans l'ancien dialecte qu'en patois, est pitié, dit l)0ur pitié;
en angl. mod. pity, en v. angl. pitié (Sherw. ).
Cest petit livre vous présente, Et Dieu par sa pitié consente Qu'en tel grâce
le recuillez, Qu'en vos oraisons l'accuillez...
Le Tonihcl de CIi(u-t roi^r, cilc dans les Petits Poèmes <lu Mont-
S.-M(r/i.,i).(i.
Il est seur qu'a n'a dans l'ùme *
Ne chéritai ne piti.
Piincs gucrn., p. 31.
Notons encore le mot de patois i^ac/ii, auquel correspond, avec le même sens,
l'adj. angl. washy et qui est dit pour vachié, part, passé du verbe normand
vachier, mouiller, souiller.
La substitution de Vi normand à Ve bref français se remarque encore en
beaucoup de mots, tels qwQpéchi, cafi, etc., qui se disent pour péché,
café...
Tu veux me mettre en péchi.
Rimes jers., p. 86.
Grâces au thé et au cafi.
Bimcs (I liera. , p. 3.
Ainsi s'expliquent les désinences d'une multitude de mots anglais, d'origine
normande, tels que honesty , nobi- lity, poverty, plenty, privity, safety,
etc., etc.
L'on vient de voir combien certaines désinences mascu- lines du normand se
rapprochent de celles qu'on trouve dans les mots anglais correspondants. Il
nous reste maintenant à examiner quelques terminaisons féminines, communes
aux deux langues.
A la désinence féminine ée, le dialecte normand substitue, tantôt eie
[anneie, chanteie, pour année, chantée), tantôt ie (boiichie, juquie, pour
bouchée, juchée).
La terminaison ée en français, comme celle eie en normand , correspond
généralement aux désinences latines atam. De spatham , cliurnatani ,
sponsatain, levatam sont dérivés , en français, épée, journée, épousée,
levée, et en normand épeie, journeie, épouseiC; leveie.
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(delwedd C0022) (tudalen a20)
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— \.\ —
Un altre le fert od une espeie, Si ad le corone desevereie.
Vie lie S. Thom. dk CanL, v. 1075. .
Tant on alei par lor jorneies, Que venu sunt en lor contreies.
Glii.l. de s. Paiu, Rum. du Moiit-S.-MicJt.,\. 712.
Ces formes subsistent en patois:
Et ramène ma nef toute briseye au port.
D. Feu., Mksc- novm., p. 97,
V'ià déjà Burns, vis-à-vis d' mé,
Sus m'n ais d' chim'neie... Et dame Iragne en fait sen ni,
La d'vergondeie!
Ri m l's jers. , p. 68.
L'anglais a emprunté ces terminaisons à l'idiome normand en un certain nombre
de mots. L'on remarquera toutefois que les mots anglais se rapprochent des
mots normands plutôt par l'assonance que par la forme écrite. Ainsi , jour
liée (voyage) , noblée (noblesse), assez, se trouvent en ancien dialecte
normand sous les formes jorneie, nohleiz, asseiz, et en anglais sous celles
journey, nohley' , asseth'. De même, allée, cheminée, fumée, jplommée,
poupée, qu'on prononce alleie , chimneie , fumeie, plommeie, poupeie, sont
devenus en anglais aZZei/ (Sherw.), chimney, fumet, plummet, puppet.
Il arrive encore parfois, avons-nous dit, que Ve pénulr "tième de la
terminaison française ée est remplacé par é en dialecte normand. Cette
particularité , comme dans le cas précédent , est commune au participe passé
féminin des verbes de la première conjugaison et à certains substantifs. De
séchée, arrachée, par exemple, il fait séchie, érachie; de même qu'il
remplace cognée, araignée, par cognie, airagnie.
Dous lias de grapes secchies,
Les Rois, p. 115.
Toute plante s'ra érachie,
MET., S. Math., eh. xv, v. 13.
Cognies à trenchier bois,
Gun.L. DE S. P.Mii, Rom. du Mont-S.-Mi(h.,\. 232.
Les éragnies y servaiet de notaire,
1). Feiî., Miisi' norm , p. 154.
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(delwedd C0023) (tudalen a21)
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— \xr —
Ces archaïsmes ont laissé d'assez noiiibreiises traces, p:irticuliéreiiient
dans le vieil anglais. Ainsi, l'on trouve'dans Sherwood galie pour cjalée,
ancienne dénomination d'une espèce de navire, appelé depuis galère; armie,
pour armée; gelhj, ])om- gelée; uieinie (en angl. mod. meimj, en pat! norm.
maignie), maisgnée (1), suite, serviteurs, familiers, compagnons. L'on
rencontre de même dans Halliwell , c/iemr/i/e, pour chevauchée, en dial.
norm. chevauchie (2); lynye, pour lignée, en même dialecte lignie (8);
souldie pour soudée, solde; caucij, pour. chaussée, en ]iat. norm.,"
cauchie; purye, pour purée. Nous avons rencontré un mot de cette classe, dans
lequel la terminaison normande ordi- naire est identique à celle anglaise;
c'est le mot compagny, compagnie, anciennement compagnée (i), en anglais Com-
pany.
Nous parleron... de mess' Gadifïer et de la compagny.
Le Canarien, p. )3.
La terminaison ine de certains mots français devient souvent eine dons les
mots normands correspondants. L'on dit, par exemple, aveleine, babeine,
chopeine, etc., pour aveline, habine, chopine..., ou encore c/ia^ref/^e,
coqueine, cdleine, etc., pour chagrine, coquine, câline...
L'un meut de la fareiue,
L'autre du sable fin. ^
Ane. eh ans. norm., citée Reo. de la Norm., VI, 24.
Du requit i s'n allaient, s'ion lus routeine, Couvrant en tous sens.
Rimes Jersr, p. 112.
L'anglais a quelquefois emprunté cette terminaison au normand. Courtine,
platine, fouine, mine, qui, en pit. norm. forment courteine, plaleine,
foueine, m eine sont
(1) lE Rou a josté ses maisgnées.
Bén., C'/iron. rie Norm., v. 4794.
(2) Devers la blanche chevauchie...
Pet. poèmes du Mont S. Mich., p. 9.
(3) Mauldite en soit trestoute la lignye.
Cil ans. norm. du XV^ s., Rcc. Gasté, p. 122,
(4) Je pi-ins congé de la compagnée.
Jnurn. <lu sire de GouberviUe,\>. 35.
b
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(delwedd C0024) (tudalen a22)
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— XXI! —
deveuurf en angl. mod. curtain, en v. angl. curtaine (Sherw.), et curten
(Palsg.); plate n ,■ foine (Gotg., v^ Fouïnne ): mien. — De même , les vieux
mots norm. martine, morine , germine , guastine ont donné à l'angl. marten,
murrain (en v. angl. moreyné'), germaine*, vrasseyrC. ^
Les mots anglais trihutary, adversary, notary, lumi- nary , etc., ne sont
nullement des corruptions des mots français cori-espondants tributaire,
adversaii'e, notaire, luminaire..., ce sont les anciens mots normands
tributarie, adversarie, notarié, luminarie..., mots que l'on trouve écrits
ainsi en v. angl. (v. le Diction, de Sherwood et la Qram, de Palsgrave). La
même observation s'ap- plique aux mots anglais ayant leur désinence en ory,
tels que glory, victory , ivory, memory, story, etc., qui ne sont pas
davantage empruntés au français gloire, victoire, ivoire, mémoire, histoire,
mais qui, représentant les an- ciennes formes normandes glorie, victorie,
ivorie, rnemorie, historié, formes que l'on retrouve inaltérées dans le V.
angl. (v. ih.). La justification de cette double remarque se trouve au
glossaire, sous chacun des mots qui viennent d'être indiqués.
La terminaison ance est une terminaison très commune en idiome normand. On la
rencontre dans un certain nombre de substantifs aujourd'hui exclus du
français, tels que acordance, accord; anuyance, ennui; apurtenance,
dépendance; desevrance, séparation; nuisance, dommage; Xtenance ,
pénitenoe-j^ semblance , ressemblance; suste- «ance, subsistance, mots que
l'on retrouve, avec semblables acceptions, dans l'anglais moderne accordance,
anoyance, appurtenance , disseverance , nuisance, penance, semblance,
sustenance. — D'autres mots de la même catégorie, fournis aussi par le
dialecte normand, comme distance, contradiction; doutance, crainte;
entendance. attention; fiance, confiance, existent de même, en ces divers
sens, dans le vieil anglais destaunce, ■doutance, entendance^ fiaunce.
Le patois moderne a conservé l'usage de anuyance, doutance, fiance, nuisance
, semhlance.
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(delwedd C0025) (tudalen a23)
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Les désinences anglaises al, qui correspondent
le plus souvent aux sulïixes latins alem, par exemple dans niortal^ natural,
universal, temporal^ etc., sont les anciennes désinences normandes des mômes
mots.
Au moment où l'anglo-normand commença à vivre
de sa vie propre, il se particularisa par des modifications dé», diverse
nature, modifications qu'il convient de signaler.
I 1. — L'une de celles qui appellent tout d'abord plus spécialement
l'attention , se révèle dans une tendance presque constante à l'abréviation.
Le fait va ressortir de l'examen auquel nous allons nous livrer des divers
modes de retranchement pouvant affecter la forme des mots, suivant que ces
retranchements sont faits au commencement, au milieu ou à la fin de ces mots.
Occupons-nous d'abord du retranchement initial.
Les verbes normands abaier, abeter, acater, acclamper, s'accouver, adouber,
afoler^ afondrer, ahnquer, amoiter, arouffer, attaquer, ont formé en anglais
to hay, ta balt , to cater, to clamp, to coioer, to dub , to foil, to
founder, to hook, to moiste, to ruflie, to tuck. — D même, les substantifs
at)ai, abet, ahuge, assurance, aïoeit^ etc., lui ont donné bay, bait, huge,
surance, wait (1).
Les mots restés français: amender, abeille, avantage, aventure, aventurer,
avenJuiHer , aparail appareil), attrouper, avant-coureur, avant-garde, avisé,
habitacle, ont encore pour représentants en anglais to mend, bee,
(1) Le vieil anglais, comparé à l'anglais
moderne, nous fournit aussi un certain nombre d'aphérèses semblables. L'on
trouve dans Halliwell grement pour agreemeni, chesoun pour achesoun* , to
noi/ntc pour to anoint , greahle pour agreeable, potecary pour apotliecary ,
postle pour apostle , liance pour ailiance, prentis pour apprentice , quein
tance pour acquaintance , turney pour attorney, to tend pour to atteint} dans
Palsgrave (Gramm., p. 284); mende pour amende, mendement pour amendement
(ib., p. 244); postiime pour apostume (ib., p. 257); reruges pour arrerars
(ib., p. 262 1; lemliyke polir alemhir (p. 2:i8). — Dans Chaucer, tentif pour
attentive.
I
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(delwedd C0026) (tudalen a24)
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— XXIV —
vantage, venture , to venture , venlurer , par aille , to troop, van-courier,
van-guard, ivise, hittacle.
Le français lui-même a quelquefois suivi ce mode de transformation, quand,
par exemple, de ablatum, adamantem, apotheca, il a tiré blé, diamant,
boutique.
De émeute, ementir, esclairer, esclat, efforcihle, étente, étrat, étraquer,
évrédin , l'angl. a formé mute, to mute, to clear, claie, forcihle, tenter,
track, to track, wreeden\
C'est ainsi encore que defensable, deforain, deramer, despendre, desporter,
destreit ont laissé en anglais fensable\ foreign, to rame", to spend, to
sport, strait, et que isnel (vif) a donné snelV.
Mais l'une des aphérèses que l'on rencontre le plus fré- quemment est celle
de Ve devant se , sp, si, st. Ainsi du normand escouer (excutire) ,
eslaissier [eœlaxare) , es- pandre (expandere), espenir {expœnire), espleier
{expli- care), esquacher {exquassare) , esti-ange [extraneus), estraier
{extra ire), esti-eper [exstirpare) , etc., l'anglais a fait to sketc', to
slacken, to span*, to spen, to splaye*, to squash, strange, to stray, to
strep*.
De même, elingue, mot que Gotgrave signale comme normand (en anc. dial.
eslingue); elinguer (en anc. dial. eslinguer) et esUngur lui ont fourni sling
, to sling slinger.
La même aphérèse peut encore être notée dans les mots normands suivants, que
nous rapprochons des mots anglais correspondants: écoucher, to scutch'; —
énacs, snahs; — épignoche, spigot; — épouti, spotty; — écoreur, scorer; —
escanteler, to scantle; — escauder, to scald; — escharir, to scare; —
escharcement, scarcely; — escherdons, sherdeV; — eschevi, showy; — eschis,
shy*; — escorre, to score; — escort, s cor te*; — s'escourier, to scour; —
escrier, to screech; — esculurger, to scotcl; — esguaré, sware*; — eslaver,
to sleave; — esliger, to slight; — esmier, to smite; — esneier, to sny";
— esparnier, to spare; — estran, strand; — estuer, to stoio; — esture,
stoure*; — esturdi, sturdy; — estuveir, stover'; — Qii\xz,stout, stut'; étumher,
to stumhle.
Il est encore d'autres mots normand^, tels que équelle
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(delwedd C0027) (tudalen a25)
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— XXV —
(scala), espalde {sphathula), espuille (spoliii^n), estaulii* {stahilire),
étorer, en vieux dialecte estorer (slaurare), étouble {stipula), étrain, en
v. dial. estrain (stramen)^ étreit, en v. dial. estreit (strictus), etc.,
lesquels ont pour correspondants en anglais scale, spalde", spoil, to
stull, to store, stubble, straw, strait... Bien que les mots normands ne
tiennent pas d'aussi près aux radicaux latins que les mots anglais, nous
pensons que ceux-ci ont dû être em pruntés directement aux premiers, par la
tendance générale de l'anglais à l'aphérèse de l'e devant se, *p, si, st,
ten- dance établie par les citations antérieures, et surtout à raison de ce
fait primordial que les mots anglais d'ancienne formation, d'origine latine,
ont dû entrer dans cette langue par l'intermédiaire du dialecte normand,
ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Nous inclinons à penser qu'il peut en être de même en ce qui touche quelques
autres mots de la même famille , d'origine diiïérente, communs aux deux
langues, comme ecale (scale ); — eschale (schaîe*); — escremie (skirtnish);
— escremir {to skimish); — espeler {ta spell); — espie (spt/);— espiet
[spear); — espuer ispur), etc. Ces mots ont-ils été empruntés directement par
l'anglais et par le normand aux langues germaniques, auxquelles ils se
rattachent? ou ont-ils été pris par le normand à l'anglais? ou enfin ne
serait- ce pas plutôt le normand qui les aurait donnés à l'anglais? Cette
dernière hypothèse paraît celle à laquelle s'arrêterait plus volontiers M.
Littré. S'expliquant , au mot estrif^ sur l'origine des mots anglais strife, to
strive, mots de même origine que ceux dont il vient d'être parlé et qui ont
pour correspondants en patois normand étrive, étriver, ce savant dit en effet
que l'anglais strife vient du français.
Comparés au français, l'anglais et le normand ont quel- quefois des aphérèses
identiques. Tels sont rober, dérober ( to rob); — loasten, dévaster ( to
loaste ); — rière^ arrière, {rear); — rere gvarde , arrière-garde
(reretcard); — rohdir, s'arrondii- {to round): — tifer, attifer (to tife'); —
sample, exemple {saniple); — censier, encensoir {censer);
— pendre, dépendre {to pend'); — semblance, ressemblance {seniblance); —
ster, rester {to stay); • — s tôle,
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(delwedd C0028) (tudalen a26)
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étok' ( stole): — speces^ aromates {spices.^ Cotg.): —
spose , spuse, épouse {spouse); — speriz, esprit, souttle {spirit); —
squarrie, éqiierre (square), etc.
Les retranchements dont nous nous sommes occupé jus- qu'ici portent sur une
voyelle ou sur une syllabe initiales. Il existe aussi des aphérèses de
consonnes; nous pouvons si- gnaler, entre autres, celle de Vu, d'abord dans
apron, dérivé du normand napron, puis dans le préfixe négatif ou privatif un,
que la langue anglaise ajoute aux adjectifs ou aux participes, quelquefois
même aux verbes. Ce préfixe représente en eflfet la particule normande
négative nun , dite pour non. L'on trouve dans Marie de France les locutions
nun estaules, instable, et nun poeir, impuissance (v. le Gloss. à ces deux
locutions), lesquelles correspondent, la première à l'anglais moderne
unsteady , et la seconde au vieil anglais unpoiceir'. C'est ainsi encore que
de non parlahle , dit pour « impartageable », de non sustinent , dit pour «
qui ne peut se soutenir », locutions empruntées à la langue de Tancien droit
normand , les jurisconsultes anglais ont fait unpiartable (Slierw. ) et
unsustained (v. aussi ces locutions au Gloss.) (1). Une autre aphérèse de
consonne, celle du^, se rencontre encore dans deux mots identiques , le mot
de patois sautier et le vieil anglais sauter , dit pour psautier, du \a,i.
psalterium. Cette aphérèse est semblable à celle qui est dans tisane^ dérivé du
lat. plisanam.
L'anglais se différencie encore quelquefois du norjuand , avons-nous dit ,
par le retranchement rnédial, soit de plusieurs lettres, soit d'une seule.
(I) L'on rencontre, en dialecte normand, à une
époque bien anté- rieure, certains mots dans lesquels, comme en anglais, la
particule négative fait corps aVec ces mots:
Tim gi-ant nnnsaver (ignorance)
Vie de s. Auban, v. 1662.
No cstrangera de biens icels chi vunt ennunnuisance.
Lih. p«a(m., p. )20-
Le sane nonnuisant condemnei'iin(.
/(>., p. 138. De eonlraii! e de nunpvanz (paralytiques) l'ar lui guarirent
ne sei (juanz.
Vie de s. Gile, v. )aa|). (I) L'on rencontre, en dialecte normand, à une
époque bien anté- rieure, certains mots dans lesquels, comme en anglais, la
particule négative fait corps aVec ces mots:
Tim gi-ant nnnsaver (ignorance)
Vie de s. Auban, v. 1662.
No cstrangera de biens icels chi vunt ennunnuisance.
Lih. p«a(m., p. )20-
Le sane nonnuisant condemnei'iin(.
/(>., p. 138. De eonlraii! e de nunpvanz (paralytiques) l'ar lui guarirent
ne sei (juanz.
Vie de s. Gile, v. )aa|).
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(delwedd C0029) (tudalen a27)
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Nous trouvons des exemples de la [)rci)uèi'e classe de ces
syncopes dans buteiler, couronne, guarnemenl, qui, en anglais, se contractent
en butler, croion, garment.
Quant à la seconde, ayant pour objet des lettres isolées, elle se rencontre
beaucoup plus fréquemment. Nous allons l'examiner, en nous occupant d'abord
des voyelles.
A. — Jaianl est la forme la plus ancienne de géant; elle est normande. On la
retrouve, comme forme française, dans Cotgrave; Tanglais moderne l'a adoptée,
en supprimant le premier a. Il en est de même du verbe resailh\ qui, dans
Halliwell, est devenu ta resile.
i Le normand a fait la même syncope quand de coni'para- iionem, orationem,
venationern, il a tiré comparison, orison, venison, formes qu'il a
introduites dans la langue anglaise.
E. — Lorsque, dans la langue parlée, l'e médial était complètement muet en
normand , comme dans baréter, cadeler, carteler, desparpeler, genterise,
gueredon. gue- redoner, palefrei, paleter, partener, pieté, poidetier,
talevas, vadeler , venteler, etc., l'anglais le supprima, dans la langue
écrite, et en fit to barter, to caddie*^ ta cartle*, to desparple*, gentry,
guerdon , to guerdon, pal- frey, to palter , partner, pyte*, en angl. mod.
pity , poulter, talvace*, to wadle', to loentle*.
En contact avec une autre voyelle, l'e disparaît aussi très généralement,
soit que cette voyelle le précède; comme dans braiel, hoese, rnoehles,
espuer, icever, en angl. brail^ hose*, mobles*, spur, to îcowe*; soit qu'elle
vienne après, connne dans beneiçon, enseigne, esneier, fameiller, geir,
soldeier, en angl. benison, ensign, to stiy*, to faniile', to gie', soldier.
I. — L'observation qui vient d'être faite, en ce qui touche la chute de l'e,
quand il se trouve associé à une autre voyelle, reçoit, relativement à F*,
])lacé dans les mêmes conditions, une application peut-être plus étendue.
Ainsi, devant e, Yi disparaît: l*" dans les désinences des mots algier,
almosnier , bernier, carpenlier, rcnsicr.
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(delwedd C0030) (tudalen a28)
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— XXVIII —
gavdinier. gartier, gestiei\ hussier, markié, plouvier , saucier, sautier,
solier, sommier, tablier, terrien, les- quels forment en anglais algere*,
alrnoner, berner', car- pe ater , censer , gardener , en v. angl.
garthynere" , garter, jester, usher, rnarliet, plover, saucer, sauter*,
soler*, summer, tablere', terrene*; — 2" et dans le corps de' certains
niot^;, tels que afierir, fieble, fieffer, fiertre, devenus en angl. to
affere\ feble", en angl. mod. feeble, to feffe\ fertre*.
Venant après une autre voyelle, Vi est pareillement syn- copé: afaitement,
afatemeat"; amaisnement, amazement; bataille, baiale*; curaille, cor a
lie'; hairi, hare, • ustraige, utrage*; ventaille, ventaV; apareiller, to
apparel; pa- reiller, to parele': cameil, camel; paveillon, paveloun*;
provoire, proicor'; recoillir, to recolde*; roiller, to rail; douillard,
dullard*; luisern, lucern*; reconuisance, reco- nusaunce*; ruiler, to rule.
Certains mots anglais et normands, comparés aux mots français correspondants,
renferment pareille syncope de Vi. Nous citerons, entre autres: cel, ciel
{celé*); chosir, clioisir (to choose): èglenter, églentier (eglentere*);
lorer, laurier (lorer); matere, matière (tnatter)-. pertusied, pertuisé
(pertused): porter, portier (porter); primer, premier (primer); senglers ,
sanglier (singlere*); me- dalle, médaille (medal); coral, corail [coral).
0. — Cette lettre, précédée ou suivie d'une autre voyelle, est généi-alement
syncopée; ainsi elle disparait de flageol, violet, voit, dans l'anglais
ffagelV, rillet, will.
A l'exemple du normand, l'anglais syncope le second o de apostolus dans le
dérivé apostle.
Un autre radical latin idolum , ayant donné au dialecte normand le substantif
i/cZZe, idole, l'anglais a emprunté le mot à ce dialecte pour en faire un
adjectif (idle), auquel il a donné le sens d'impuissant, vain, inutile.
L'o des mots français pitoyable, voyage, qui disparait dans le normand viage,
pitiable, disparaît aussi dans l'angl. vyage (Palsg.), pitiable.
U. — Cette lettre, servant à former une diphtongue,
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(delwedd C0031) (tudalen a29)
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— XXIX
est supprimée dans le passage du normand à l'anglais, savoir:
1° Dans les désinences en eur: boisdeur, hoister*; cha- lengeur, challenger;
discompteur, discounter; écoreur, scorer; gardeur, guarder; laveur, laver;
lécheur, licher; tricheur, tricher^ etc.
2° Et dans le corps de quelques autres mots, tels que: est tourné, attorney;
counni, cony; croutte, croft; fourke, forh: goule, gole*: gourer, io gore;
houlette, holette*, dim. de hole; jouxter, to jot*; mouveir, to move;
plouvier, plover; rousine, rosine (Shirw.), rosin; souil, soil; soûlas,
solace'; sousir, to son"; suil, sill; caufFe, to caffe (Du Ct.).
Pareille syncope est commune à l'anglais et au normand, comparés au français,
dans: coper, couper {ta cop'); cors, cours {cors'); cortine, courtine {cortine');
cosin, cousin (cosin); covent, couvent {covent'); covertur, couverture
(coverture'); covrir, couvrir {to cover); descovrir, découvrir {to discover)
\ hoe, houe {hoe); moe, moue {moe Gotg.) (1); inavais, mauvais {maveis) \
molle, moule {mole"); rnossu, moussu [rnossy]; pit, puits [pitt Sherw.);
pomon, poumon {pomon*); reprover, reprouver (toreprove); soverein, souyer-Ain
(sovereign); torment, tourmente (torment'), etc.
Outre les syncopes de voyelles dont on vient de parler, il se rencontre , dans
le passage du normand à l'anglais , quelques syncopes de consonnes, que nous
pourrions noter aussi; mais elles n'offrent pas un caractère de généralité,
tel qu'il nous semble utile d'en faire mention. Nous nous bornerons à en
signaler une seule, celle du g. Le g du normand daingner, deigner,
desdeignos, guaignerre, iragne, maignie, purluigner , seigner , etc., ne se
retrouve plus dans l'anglais to deine' , deyner , disdelnous' , gainer,
irain, rnisny, lopurloin, to seine'...
L'anglais et le normand offrent des exemples d'une syn- cope semblable, par
rapport aux radicaux latins de cer-
(1) Le normand yoe, qui se dit pour joue, est
représenté en anglais parloir, mâctioire, Ijouche.
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(delwedd C0032) (tudalen a30)
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— XXX —
tains mots, tels que: esloiniei-, to esloyae, de elongare; sinifier, to
siyiify , de significare; sinal, sinald* , de sig- num, etc.
Il nous reste maintenant à parler du retranchement final qu'ont subi certains
mots normands, dans leur passage à l'anglais.
La classe de mots la plus nombreuse parmi ceux qui nous offrent des exemples
de ce retranchement, est assu- rément celle des verbes.
Les apocopes, se rencontrant dans les verbes de la première conjugaison, vont
d'abord nous occuper.
Les désinences er de bouler, canter^ carier, cherer, corapoter, congeer,
delaier, forsgeter, forjuger, laier, mailler, pij^er, raier, severer ne se
retrouvent plus dans les verbes anglais correspondants: lo bowl , to canf, to
carry, to cheer, to compost, to congé', to delay, to forget (Sherw. ), to
forejudge, to lay, to mail, to pip, to ray, to sever.
Il en est de même de la terminaison ier, dans braceier, castier, cheveier,
s'escourier, fessier, palrneier, perillier, verbes représentés en anglais par
to brace* , to cast\ to cheve*, to scour, to f.ess*, to palm, to i'>eril.
Enfin, la désinence ter de craventer , desbarster dispa- raît aussi dans to
craven, to debar.
Les verbes de la seconde conjugaison fournissent aussi des exemples de
semblables apocopes. Se catir^ crépir, cueillir^ fleurtir , folir, laidir ,
refreidir , tollir, ne forment plus en anglais que to quaf, to creept, to
cull, to flirt, to fool, to lay, to refreid*, to toll.
Il en est de même de ceux de la troisième conjugaison , tels que plaindre,
cornplaindre^ espandre, redembre, qui donnent en anglais ib plain*, to
complain, to span*, to ivdeern.
Les verbes îréquenta.tiîs galvauder, sipoter, tacoter, tatiner, verseiller se
retrouvent en anglais sous leurs formes simples to galve*, to sip, to tacli.,
to tattle, to verse.
Pareille i-emarque peut être faite en ce qui touche les substantifs brachet,
capet, floquet, pipet, touillet, gou- nelle, teilleul, tropel, colin, nunein,
orphanin, papin.
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(delwedd C0033) (tudalen a31)
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— XXXI —
pecun, tangon, fraraure, frapaille^ plateau (madrier), tournoir, miserette,
mots desquels on rencontre aussi les formes simples dans l'anglais hrache,
cap, floch, pipe, tholc, goion, teil, trop, cot, nun, orphan , pap , pekke* ,
tang\ frame., frape", plat*, loiirn*, mice.
Quelquefois la consonne finale seule disparait , comme dans hlaune , tref,
que l'on retrouve en anglais sous les formes hlaun*, tree.
Enfin , comparés au français , le normand et l'anglais offrent parfois des
exemples d'apocopes semblables , co , plain, plaint, precep. queri, qui se
disent en normand pour cou, plaine, plainte, précepte, quérir, sont
représentés en anglais par crf, lolain, plaint, presepe*, to query.
§ 2. — Nous avons dit que quand l'anglais avait modifié Ih forme d'un certain
nombre de mots empruntés par lui au dialecte normand , ces modifications
avaient eu le plus souvent pour but de les simplifier par le retranchement
d'une ou de plusieurs lettres.
Cependant le contraire est arrivé aussi , c'est-à-dire que l'anglais a
parfois ajouté de nouvelles lettres , soit au commencement, soit au milieu,
soit à la fin de quelques mots, qu'il prenait au normand.
Les additions initiales sont assez rares; nous ])Ouvons citer, entre autres,
apprinze, enteeche que le vieil anglais a substitués k prinse, teche (1).
Comparés à leurs radicaux latins, certains mots, communs aux deux langues,
renferment quelquefois des prosthèses identiques. Tel est l'adjectif
especial; tels encore espiritueir , esiation*, en dialecte normand espiritel,
esta- cion. D'autres mots se rencontrent dans l'une et l'autre langue ,
offrant encore des exemples de prosthèses sem- lilables comme enchacer,
encharger, dits pour chasser, charger; en v. angl. to enchace, to encharge.
(1) Outre les deux vocables patois dont il est ici question, il se rencontre
en anglais d'autres mots que cette langue a empruntés au fiançais, en les
modifiant par semblable prosthèse; nous pouvons indiquer, entre autres,
aventaile fait sur le fr. cenlail; to avayle (Palsg.), sur valoir; avauntarye
' sur vanterie; lo avenge, sur venger; Lo avoid, sur voider, vider (v. voider
au gloss.).
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(delwedd C0034) (tudalen a32)
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— XXXII —
Les additions médiates sont beaucoup plus communes;, nous allons indiquer
d'abord celles qui sont formées avec des voyelles, puis celles qui le sont
par des consonnes.
A. — Quand l'anglais introduit un a dans le corps d'un mot , c'est toujours
pour associer cette lettre à une autre voyelle, qui le précède ou qui le
suit, et former ainsi une diphthongue.
L'a ajouté après o, dans bort, costeer, groner, motte, 7'eproce, a donné
board, to coast , togroan^ moat, re- proach. Intercalé après e, dans brèque,
démener, prê- cheur, quête, snêquer, trésoriser, il a formé breach, to
demean", preacher, queate", to sneak, to treasure. Enfin, ajouté
devant i dans germine, il a donné germaine' .
E. — La remarque que nous venons de faire touchant l'association de Va à une
autre voyellç, pour former une diplithongue, s'applique aussi parfois à Ve,
placé dans semblable position. C'est ainsi, par exemple, que l'anglais
substitue escutcheon, to sleave', feasible, to greaten, li- geance",
lineage, piteous, people, etc., à écuchon, eslaver, faisible, gratter,
ligance, linage, pitous, pople.
Nous avons fait remarquer plus haut que souvent Ve complètement muet de
certains mots normands, était omis en anglais. Nous avons à signaler ici une
particularité en sens contraire, c'est-à-dire que l'anglais introduit parfois
Ve muet, là où cette lettre fait défaut en normand. Ainsi, entre autres, les
mots bevrage, délivrer, feivros, flon, for- juger, librarie, maistrie,
sevrable sont devenus en anglais beverage, delicerer, feverons", félon
(Sherw.), to fore- judge, liberarye', maisterie\ severable.
D'autres fois les deux langues conservent Ve des radi- caux latins, omis en
français: prêter, prier {toprey. Palsg.j, to pray; preiere, prière, preiere';
preiser, priser, to preise', topraise; veinai, vrai, veray*; etc.
I. — L'épenthèse de Vi n'a jamais lieu que devant ou après une autre voyelle.
Ainsi , cette lettre prend place: devant o dans stanchion, faslpion, pillion,
dérivés de étanchon, fachon, pillon; — devant e, dans grievous.
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(delwedd C0035) (tudalen a33)
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— XXXIII —
dérivé de greoos; après a, dana gaignage\ plaii*,prayell\ purveyance, repair,
vermaill\ substitués à gagnage*^ plate, prael, purveance ^ répare, vermalz; —
après o, dans caroigne*, to défaille*, to proigne", to despoile*, dits
Ytouv car o g ne, defoler, progner, despolier; — enfin après M, dans tojuice
dit Y>onY juser.
Le normand et l'anglais, dans leur rapport avec le français, offrent quelques
exemples de semblable épenthèse de l'i, comme dans chief, brief, mots communs
aux deux langues, et dans reclaimer, en angl. to reclaini.
0. — L'intercalation de Vo , beaucoup plus rare que celles de Va, de Vé et de
l'i, n'a lieu, comme celles-ci, que quand cette voyelle doit être jointe à
une autre, comme dans ro«fZ, dit pour rade; to enfeoff; pour eyifeffer, etc.
L'anglais a conservé l'ancien adjectif normand voide, vide.
M. — L'épenthèse de Vu est des plus fréquentes dans l' anglo-normand, particulièrement
aux XIIP et XIV^ siècles; elle ne se produit jamais qu'après a ou après o.
On la rencontre, en vieil anglais, appliquée à des mots normands exclus du
français, savoir: après a, dans creaunt, destaunce, feraunt, fiaunce, gaup,
manauntie, oUfautit, suffraunt y etc. qui représentent créant, distance,
ferant, fiance^ gap, manantie, olifan, suffrant; et après o, dans to
attourne, floundre, mourdant , rouncie , vavasour , etc., substitués à
ator^ner, flondre, mordant, roussi, vavasor.
L'épenthèse de Vu existe de même en anglais moderne. Rare après a (1), elle
est des plus communes après o, comme dans account, to aniount , hound,
council, to confouyid, discount, doutif, to encounter, journey, to round,
tovouch, etc., dérives du normand aconte, amonter, bonde, concile, confondre,
discotnpte, dolif, encontrer, jornée, roudir, vocher.
Le normand et l'anglais renferment une épen thèse semblable, par rapport au
français, dans arrouser, arroser,
(1) Nous pouvons citer, entre autres, paunch,
qui représente le normand panclie, panse.
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(delwedd C0036) (tudalen a34)
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— XXXIV —
lo arroioze*; pouche, poche, pouch; pour trait, portrait, pourtray; router^
rôter, to roiote (Palsg.).
Les intercations de consonnes sont beaucoup moins communes que celles de
voyelles; elles se rencontrent généralement dans les terminaisons.
L'une des épenthèses de ce genre que l'on trouve plus fréquemment est celle
du d. Elle a lieu, tantôt devant g, dans to sledge" , judger, forejudge,
pledge, to pledge, pledger, prevyledge (Palsg.) dérivés de esleger, jugerre,
forjuger, plege, piéger^ pleige, privilège; — tantôt devant l, dans medle*,
dit pour raêle^ nèlle: niedler (Du G.); usité pour mélier, néflier.
Il convient aussi de noter:
L'épenthése de Ye dans to sturahle, gamble\ tumhle, to tuinble, cockle,
handle, tojiffle', to herple', tojostle, dits pour éturaher. gcvnibe, tumhe^
tumber, coque, hante, jifer, herper, joster; — dans vault, to fault, joie,
culvertage', substitués à vaute, fauter, joe, cuvertage. Temple, dit pour
tempe, forme aussi bien pour l'anglais que pour le normand, comparés au
français, une épenthèse du genre de celles qui nous occupe.
Celle de Vn dans straitness, grcindness, lashness*, round- ness dits pour
etreitesse, grandece, lassetece, roundesce et dans rustines', whinger",
substitués à rustie, loigre.
Celle de Ys, dans duystre*, eskrye', escutcJion, palasins*, plaise, dits pour
duitre, ecri, écuchon, palaïns, pjlaie.
Et celle du t dans latchet, pitcher, to smite, niusty, dits pour lachet,
pichet, esniier, musi.
Les additions finales faites par l'anglais aux mots que cette langue a
empruntés au normand, sont peu nombreuses. Ces paragoges ont pour objet, soit
une seule lettre, qui est toujours une consonne, soit une syllabe. C'est
ainsi, par exemple, que sinald", fend, pang, song, helm, inaist',
refuyt*, etc., .sont substitués à sinal, fen, pan, sun, hel, mais, refui; et
que cantle*, fleyle (Palsg.), senene*, har- riage' , guaranter , etc., sont
dits pour cant, fiée, séné, haria, guarani, etc.
§ 3. — Dans le passage du normand à l'anglais, se ren
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(delwedd C0037) (tudalen a35)
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contrent diverses transpositions de lettres,
({ue nous allons indiquer.
La métathèse la plus fréquente porte sur Ye et sur l'r, qui se permutent, en
particulier dans les terminaisons d'un certain nombre de mots.
Cambre, U7nbre, canapé, calandre, murdre, nunihre, tendre, wigre , faitre,
avre , cuivre (carquois), etc., forment en anglais caniber*, umber^ canker\
calander, mur- der, mimber, tonder (en angl. mod. tinder), lohinger",
father, aver*, guiver.
Cette métathèse n'est pas particulière aux désinences des substantifs, elle
s'étend aussi à celles des verbes. On la trouve, par exemple, en ce qui
touche les verbes encumbrer, remembrer, pelfrer^ gendrer, atemprer,
encontrer, mi- nistrer, mustrer, sewitrer, desevrer, recovrer, etc., dans
l'anglais to encumber , to remember , to pilfer, to gender, to aitemper', to
encounter , to minister, to muster (Sherw.), to ioitter', to dissever, to
recover (1).
La même transposition est quelquefois à noter dans le corps de quelques mots,
tels que to countervail , to countertvaite*, entirdit*, qui se rattachent au
normand contrevaleir, contreguaiter, entredit.
Une métathèse semblable, commune à l'anglais et au normand, se rencontre dans
enterprendre, entreprendre, to enterprise; enterprenant , enterprising;
enterprise, entreprise, enterprise; entertenir^ entretenir, to entertain;
entertien, entretien, enter tain*; pauver té , pauvreté, poverty; pernable;
prenable, pernable, dans le mot composé mainperyiable; pimperaelle,
pimprenelle, pim- pernel; j)Over^ pauvre, poicer*.
Nous venons de voir re normand se changer fréquemment en er anglais. Par une
interversion semblable, on trouve er normand devenir re anglais. Il existe,
du moins, un exemple de cette métathèse, dans l'adjectif chier, qui se
^1) La mutation dont il s'agit se rencontre
quelquefois, mais exceptionnellement dans le dialecte normand même; on la
trouve, par exemple, dans rendere, dit pour rendre, forme qui corresporid à
l'angl. lo render (v. rendere au gloss.).
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(delwedd C0038) (tudalen a36)
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— XX.WI —
dit en noniiuiid pour paré et que l'on retrouve avec le même sens en anglais,
sous la forme thire*.
L'i des mots cemetière, lettuaire , maillot^ meine, remasilles, ruiste,
tropier se permute avec une autre lettre dans les dérivés anglais cemetery,
lectuary* , maliote', mien, remissails' , rustye', tropery'.
L'o et Vu de deux mots de la même famille: costume, coutume (taxe
municipale), ei costumier, coutumier (collecteur de cette taxe), se permutent
en passant dans l'anglais custom, customer (Sherw.), en angl. mod. customary.
Il y a transposition de Vu et de Ve dans l'angl. burneV , dérivé de brunete.
Enfin, Ve des substantifs candele, chapitel, chatel, colp, estultie, fuie,
rigolisse, gloe est pareillement transposée dans l'anglais candie, chapitle',
castle , dope*, stoutly, flock, licorice, log.
Après avoir examiné les retranchements , les additions et les transpositions
de lettres, il reste maintenant à étu- dier les substitutions de lettres.
§ 4. — Certaines lettres d'un grand nombre de mots normands ont été
remplacées par d'autres dans l'anglais , quand ces mots y ont été introduits.
Nous allons passer en revue quelques-uns des mots dans lesquels existent les
substitutions dont il s'agit, en nous occupant d'abord de ceux où ces
substitutions ont pour objet des voyelles ou des diphthongues; nous parlerons
ensuite de ceux où des consonnes en remplacent d'autres.
A pour e, o, tie; ay, ey pour i. — L'e initial de certains mots normands,
tels que effreer, effrei, effriter, enimi, engrès , essart se change en a
dans l'anglais to affray\ afraid , to affright , aniid , angry, assart. Il en
est de même, lorsque cette lettre sert à former, soit la première syllabe de
quelques mots, comme frérie, grenous, guerpir, se merveiller , pérousine ,
persone , personier , plesse, plesser,plessis,réque,veloper, vépe,etc.,
représentés en an- glais par frary", granous', to loarp, to
marvel,parosy n.ne' , parson, parcener, plash, to plash, plashing, rachle',
to
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(delwedd C0039) (tudalen a37)
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— XXXVII —
loatlop, wasp; soit à la dernière syllabe de quelques autres comiwe alter ,
culverz , deen, seel , devenus en anglais altai', culvard\ dean, seal.
D'autres mots, communs au normand et à l'anglais, oflrent, comparés aux mots
français correspondants, semblable substitution de lettres. Tels sont
charcher, chercher, to sharche; manace, menace, manace; manacer, mena- cer,
to mayiace;;uortoZ, mortel, mortal; natural, naturel, naturnl; corporal,
corporel, corporal; éternal, éternel, eternal; Personal , '^Qv&ownQl ,
personal; temporal , tem- porel, temporal; perpetualment , perpétuellement,
per- petually; paternal, paternel, paternal; sarmon, sermon, s ar monde';
pari , i^éri, par y s t', etc.
A est encore substitué: tantôt ^ o dans ta parforce (Palsg.), to ray, dits
pour por/brcer, roier; tantôt à tie dans garb', gargate', dits pour guerhe,
guergat.
Entin, de Vi normand l'anglais fait ay, ey dans di, jour, day; dui, deux,
twey .
E pour a-, i, o, u; ea pour ai, i, ie; en pour a. — L'e anglais prend la
place de Va normand dans hovert', breech, haret', creeping ^ fen, uieiv ,
perclose*, tower, perfite', to querkeic', trade , dits pour bouvard, brague,
barat, cra- plin, fannes, mauve , parclose , touar, parfit, enqiier- caner,
trada.
Comparés au français, le normand et l'anglais offrent aussi des substitutions
identiques, dans consecrer, consa- crer, to consecrate; dertre, dartre,
dertre'; erchevesqe, archevêque, erchevesqe'; hereng , harang, herring; ker-
nels, harnais, hernays'; jeloux, jaloux, geloux; jelousie, jalousie, gelousy
(Palsg.); merque , marque, merhe'; perfum, per fumer, per fumeur , parfum,
parfumer, par- fumeur, perfume, to per fume, perfumer; se per jurer, se
parjurer, to perjure; quenelle, cannelle (robinet), hennel (Sherw.);
refrechir , rafraîchir, to refresch; terier, tarière, terrier'; etc.
La substitution de l'e anglais à Vi normand se remarque dans to enstore', to
gander, gardening , level , hâte, to ravel, to schenche', seed', surquedrye
(Sherw.), trege-
c
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(delwedd C0040) (tudalen a38)
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— XXX VI II —
tour\ etc., qui correspondent à instaurer, gandlr, gar- dinage, livel , hati
, raoiler, chincher, sied , surquidie , tres'giteor.
L'on trouve aussi ee remplaçant i normand , dans peewW (pivit) et dans to
iveep (viper ).
Les deux langues , dans leur rapport avec le français , renferment une
substitution semblable dans affermer, affirmer, afferming , affirmation (
Palsg. ); confermer , confirmer, to conferrne (id.); elluminer, illuminer, to
el- lumine' \ entencion , intention, entencioun*; letanie , litanie, letany
(Sherw.); previlège, privilège, prevyledge (Palsg.); treble, triple, treble.
E est encore substitué, savoir: à o dans latten, paillet, reprevinge',
correspondant au normand, laton , laiton; paillât, petite paillasse;
reprovier^ reproche; et à m dans slinger, dit pour eslingur, frondeur.
La diphthongue normande ai est remplacée en anglais par ea dans faitiz, joli,
featisK:^ faiture, figure, feature; paisant, paysan, peasant; plaisir, gré.
pleasure; plait, excuse, pZe«; relais, dispense, release; haiter, animer, to
heat; retraire, retirer, to retreat; sairae, graisse, seame. — Ea est aussi
substitué parfois à i, ^■e; picot, dindon, peacoch; tricherre, traître, treacher;
riére, arrière, rear.
Enfin en prend la place de a dans atalenter, plaire, to entalente* et dans
aticer, exciter, to entice.
I pour a, e, o, u; y pour e bref, e muet, ie, ain, in; ing pour ie, ent, ier,
etc.; ish pour ir.
L'i de crédible, defensible est substitué à Va des adjectifs normands
correspondants, credable, defensable.
De toutes les substitutions de lettres qui nous occupent, la plus commune est
celle de l'i anglais à Ve normand.
La première à signaler dans cette catégorie se rapporte à l'e initial devant
m et devant n. C'est ainsi que de ernboiez, emparler, empeirement, endenture,
endéver, en- duner, engrutir, enque, etc., l'anglais a tiré imbowed", to
iniparle*, impairing, indenture (Sherw.) , to indever, to indioyne', to
ingroton*. ink.
II en est de même de Ve devant Vs, quand il est précédé,
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(delwedd C0041) (tudalen a39)
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— X.XXIX —
soit d'un d initial , comme dans desavancir, descheveler, desdeuig , desevrer
, desJœUer , desporter, destourber, destreindre, etc., qui forment en anglais
to disavaunce* , tu dishevel, dlsdaui, io dissever, to dishearten . to dis-
port, to dislurh , to dis train...; soit d'une m initiale, comme dans
ineschaaite, mescreant, mescunseiller, meservir, rnesestance, rnesprision,
etc., dont l'anglais a l'ait mischief, miscreant^ to miscounsel, to
tnisserve., iiiiseysete\ 7nisprision.
La môme substitution de lettres est encore à noter: 1" à la première
syllabe de beaucoup d'autres mots, tels que cremer, fermer, frestel.,
guencher, pelfrer, senglc. sen- glers, speces, trepeil, vesiez, etc., qui
forment en anglais to crim", to fir/n., fristele*, to loinch, to pilfer,
single, singlere*, spices (Cotg.), tripping (Sherw.), icise; 2*^ dans le
corps de quelques autres comme harhecan, escremie, escremir, hardeinent , oes
, relenquir , requerre , etc., représentés en anglais par barbican",
shirmish, to skirmish, hardiment, oys*., to relinquish, to require.
L'e normand venant après a se change toujours en i dans l'anglais: flael.,
grael, paenime, etc., sont ainsi devenus flail, grail, painini.
I est substitué, savoir: à o dans hronie, tondre, loubo, dont l'anglais a
fait brini", tinder, loobg , et à u dans cuniruver, rancher, mossu, dont
il a formé to contrive, to miche% mossy. Le normand et l'anglais font, par
rapport au français, une substitution semblable à celle-ci, dans manifacture,
manufacture, manifacture (Sherw.), et dans riban, ruban, ribband.
Y remplace dans les désinences, savoir: 1° l'e bref d'un grand nombre de
mots, tels que fealté, honesté, nobilité, pauverté, plenté^ ptHvité, sauveté,
etc., dont l'anglais a fait fealty, honesty, nohility, poverty, plenty,
privity, safety; 2'^ Ve muet d'un plus petit nombre comnie pione, haingre,
potence; etc., mots auxquels il a sn])siiiné piony, htcngry*, potency.
lia même lettre est encore substituée à sa diphtliongue ie, dans les
désinences de carpenterie, dinderie, improperie, ivoi ie, navie, progenie,
robe)'ie, sorcerie, studie, testi-
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(delwedd C0042) (tudalen a40)
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— XL —
monte, etc. En vieil anglais, tous ces mots conservaient la désinence
normande ie.
L'y remplace aussi ain, in dans quelques terminaisons: boschain, boisé,
hosky-. potin, mastic de vitrier, putty.
La désinence ie, à laquelle nous venons de voir que l'anglais a quelquefois
substitué y, est encore remplacée souvent en cette langue par ing. C'est
ainsi que départie, drinkerie, girie, juglerie, rebundie, tremblerie, etc.,
sont devenus en anglais departing, drinking, jeering, jug- gling, rebounding
(Sherw.), trembling.
La même terminaison anglaise ing se rencontre aussi: 1° pour ent dans
batemens, coups, beating; devinemenz, divination, devining*; empeirement,
dommage, impai- ring; rnaintenement, soutien, maintaining (Sherw^. );
parlement, séparation, parting; recevement , protection, receiving, etc.; 2°
pour ier, dans desirier, désir, desiring; reprovier, réprimande, reprevinge':
3° pour âge, dans gardinage, jardinage, gardening \ k" pour ance, dans
re- dutance, révérence, redouting*: S" pour ard, dans vipard, qui pousse
des cris aigus, loipping*; 6° pour eil, dans trepeil, chute, irijiping; 7°
pour et, dans frisquet, sémillant, frisking: S^ pour is, dans plessis,
clôtui'e formée de brandies entrelacées, plasJting: 9" pour uin , dans
raguin, revêche, raging; 10" enfin, })Our ure, dans engravure, gravure,
engraving.
La terminaison anglaise ish est substituée à la termi- naison normande ir
dans un grand nombre de verbes, tels que blandir, caresser, to blandish;
blesrnir , défi- gurer, to blemish; burnir, brunir, to burnish; cornplir,
accomplir, to complish; guarir, défendre, to guarish*; menuir, diminuer, to
niinish*; relenquir, délaisser, to relinqui.sh; replenir, remplir, to
replenish, etc.
pour a, e, i, u, ew. — L'anglais remplace par o, savoir: 1" l'a, dans
falde, prarnise, trauage', -dont il fait fold, promise, trouage; 2" l'e
dans eschevi, grève, treuler , verm, auxquels il substitue showy, grove, to
trowl, worm 3° Yi, dans vicot, dont il fait woodcock; 4° Vu dans carbun,
falcun, rnultun, urcel, fuie, sun, espuille, custtime.
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(delwedd C0043) (tudalen a41)
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— XLI —
bulter, curaiUe, surclle, despruver, ivurie, onurance, pasturel, qui
deviennent ainsi carbon, falcon, multon*, orceV, folk., song, spoil, custom,
to boit, coralle*, sorell, to disprove, ivory, honora nce*, ptastorel; 5°
enfin la diphthongue eu dans deul, teneure, qui forment dole^ ténor.
Les deux langues ont des mots communs différant du français par une même
substitution de lettres; celle de l'o à l'e, dans provost, socours, sojour,
somondre^ mots que l'on retrouve dans l'anglais provost, socour, sojourn (en
V. angi. sojour), to sommon (Palsg.), dits pour prévôt, secours, séjour,
semondre.
U pour 0. — Cette substitution se rencontre dans corle, plomméq, potin,
sorfait, torve, trosel, qui forment en an- glais curl, plummet^putly, surf
et", turf, trussel.
La même substitution est commune au normand et à l'an- glais par rapport au
français, dans un certain nombre de mots, où Vu est suivi de m ou de n. Tels
sont consummer, consiimmation, consumption, corrumpre, diinjon, function,
fiindement, lunibris, lumhriz, numbrer, plunger, presumptif, presumption,
triumpher, trumperie, trum- peter, trumpette, trunc, tunibe (tombeau), tumbe
(chute), tumbré (tombereau), umbre, volunté, mots que l'on retrouve dans
l'anglais to consummate, consummation, consumption, to corrumpe* , dungeon,
function, fundemenV, lumbric, lumbar, to nuniber, to plunge, presumptive,
presuniption, to triuniph, trunipery, to trumpet, trurapet, trunk, tumbe
(Palsg.), tumble, tunibrel, umber, volunte*.
Semblable remarque peut encore s'appliquer à umage, mot normand, dit pour
hommage, et qui est donné, en ce sens, par Halliwell.
Arrivé aux substitutions de consonnes, nous allons nous occuper, en premier
lieu, de deux substitutions que l'on a souvent considérées, bien à tort,
ainsi qu'on va le voir, comme étant particulières à l'idiome picard, comparé au
français; nous voulons parler de celle du c dur ou h au ch, et de celle du c
doux ou de 1'^ au ch.
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(delwedd C0044) (tudalen a42)
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— XLIl —
C dur oti K puur ch. — L'anglais a fait cette substitution quand du normand
chaitivetet, charole, charoler, chatel, escharir, eschars, guincher,
guincheux il a formé caitiflre*. carol^ io carol, cattle, to scare, scare, to
loink, îvinker.
Mais elle est commune, dans un bien plus grand nombre de cas encore,, au
normand et à l'anglais, comparés au fran- çais. On la rencontre dans acater,
acheter, to cater; camher, chambre, camher*; cameil, chameau, camel;
candelle, chandelle, candie; eantet, chanteau, cantlet, cantel; capet.
chapeau, cap; capon, chapon, capon; car- &M/?, charbon, carbon; çare,
char, car; carogne^ charogne, caroigne; carpentier, charpentier, carpenter;
carpenterie, charpenterie, carpentry; cartre, chartre, cartre'; cat, chat,
cai; caton, chaton, catkin; caudelée, cha-xidesiVi, candie: caudron,
chaudron, caudron (Palsg.); caulfer, chauffer, to caffe (Duq.); cax, chaux,
calx; cïogwe, cloche, cloli'; coquet, cochet, coherel; croquet, crochet,
crooked; fourgue, fourche, fork: laquer, lâcher, to sloken; léque, lèche
(petit morceau de lard), lehe\- léquer, lécher, to lick; perque , perche,
perk': perquer , percher (c'est-à-dire mesurer avec une perche), to peerk;
planque, planche, plank; pouque, sac, poche, poke; pouquette, poche de
vêtement, pocket; quen, chien, kenet', \)Qi\i chien; kennel, chenil.
Quelquefois aussi l'anglais substitue le k au c doux ou à Vss du normand
comme dans ceper, geôlier, keeper; jar- rosse, gesse vulgaire, jarrock*.
CH pour c doux ou ss. — Cette substitution est à noter dans to emblaunchen,
verbe qui dérive du normand emblancir, devenir blanc.
Très souvent aussi on la rencontre, commune an normand et à l'anglais, dans
leurs rapports avec le français: cherfeuil, cerfeuil, chervil; cherise,
ceri&e, cherry; chibot,ciho\ÛQ,chibbolt{^h.ev\^.); chive, cive, chive;
étanchon. étançon, stanchion; /"ac/io/i, façon, fashion; lachet, lacet,
lachet (Palsg.), latchet; panche, panse, panche (Palsg.), paunch; percher,
perce, to perche'; perichable, périssable, perishahle; pinche, pince. pèwcA
(Sherw.); pincher, pincer,
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(delwedd C0045) (tudalen a43)
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— XLIII —
to pinch; pinchie, pincée, pinch: piachn i, pinson, finch; vèche, vesce,
vetch (l). '
Il arrive encore, mais plus rarement, que l'anglais substitue le ch au c dur
normand: c'est ainsi, par exemple, que de carnel, charnier, il a fait charnel.
Les deux langues ont conservé une substitution identique, les différenciant
l'une et l'autre du français, dans champaigne, campagne, champaign et dans
chanel, canal, channel.
C doux ou ss pour ch. — Au normand aticher, cauchie, chiroine, se drechier,
guincheur, mincher, retracher, tracher, l'anglais substitue to enfice, caucy\
slrotne\ to dress, loincer, to mince, to retrace, to trace.
Les deux langues, rapprochées du français, offrent des exemples de
substitutions semblables, dans hisse, biche, biss'; cercher, chercher, to
sèurch ,\recercher, rechercher, to research; cérugien, chirurgien, surgian
(Palsg.), sur- geon.
C pour g. — Dans gode, graspei, grégir, segure, l'anglais remplace le g par
c:. cod, craspie*, to crease, secure. Il a en commun avec le normand, par
rapport au français, une substitution semblable danserai, gras, crasse*;
encraissé, engraissé, incrassated; vacabond, vagabond, vacabonde (Palsg.).
D pour b, c, g, t. — Toutes substitutions se rencontrant à la terminaison
d'un certain nombre de mots: d pour b, dans nober, incliner et relever la
tête en sommeillant, to node: — d pour c, dans errance, erreur, errande*;
foncer, couler à fond, to founder; — d pour g, dans bringé, mou- cheté,
brinded; — d pour i, dans bout, bourgeon, 6w(ï; bouter, pousser des
bourgeons, to bud; brant, espèce d'épée, brand"; bort, planche, board;
flotte, grande quantité, flode*; glatir, aboyer, to gladish'; gort, ffux,
gord*; recort, témoignage, record^; recréant ise, lâcheté, recrean-
(1) 11 est d'autres formes similaires, telles que
pitnishable,establislunetit, truncheon (tronçon), etc., desquelles le patois
normand n'use plus aujourd'hui et qui subsistent en anglais. 11 nous paraît
certain que ces formes sont d'origine normande.
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(delwedd C0046) (tudalen a44)
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dise*; regart, attention, regard; semblant,
physionomie, semhlande*; warter, prendre garde, to xcard\
F pour p, V. — De ces deux substitutions, la première existe dans pinchon,
pinson, finch, et dans por, pour for, et la seconde dans chievetagne ou
chevetaine, capitaine, chieftaln; étrive, querelle, strif; niveler, perdre
son temps à des riens, nifle', frivolité; sauveté, salut, safety; torve,
tourbe, turf; vileinie, infamie, fileinie'.
G pour d, ch, n, t. — G prend la place, savoir: de d, dans espreyidre,
s'enflammer, to sprang; de ch, dans nache, fesse, nage*; de n dans tarane,
gnome, feu follet, tarage'; de t dans amont, à travers, among.
Une autre substitution, commune au normand et à l'an- glais, comparés au
français, — substitution que l'on a dit être propre à l'idiome picard et qui
n'est pas plus de son domaine exclusif que ne l'est celle du c dur au ch ou
celle du ch au c doux, desquelles il est parlé plus haut, — est celle du g
pour j; on la rencontre notamment dans ga^nbe, jambe, g amble'; gardin,
jardin, garden; les dérivés gar- dinage, gardinier, jardinage, jardinier,
gardening, gar- dener; gartier, jarretière, garter; gaverlot, javelot,
gaveloh'-; guerbe, gerbe, garb'.
De même encore, l'ancien dialecte normand conservait au g dans beaucoup
d'autres mots, tels qu'interroger, abroger, déroger, fustiger, etc., le son
dur que cette lettre a encore aujourd'hui en patois dans manger, par exemple,
que l'on prononce quelquefois 'tnanguer, comme dans l'ancien dia- lecte (1).
Il est à remarquer d'ailleurs que l'ancienne pro- nonciation normande
dHnterroger , abroger, déî'oger, fustiger (2), prononciation, qui se rattache
à celle des
(1) Tôt uni, toi prennent, toi manguent.
BÉN., Chron. de Norm.. v. 2669(j.
(2) Lequel syndic seroit interrogué au nom de la communauté...
Terrien, Comment, du, dr. norm., p. 524.
.l'ay retrenché... comme estant abrogué, par l'article...
Id., ib., p. 525.
Il semble estre tacitement dérogué à cest article... Il avoit esté fustigué
par sentence de justice...
Id., ib., p. 543.
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(delwedd C0047) (tudalen a45)
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- XLV —
radicaux latins interrogare, ahrogare, derogare, fusti- gare, s'est continuée
dans l'anglais to interrogate, to ahro- gate^ to derogate, to fustigate.
H, en anglais, est substitué à m dans harlot*. dit pour ^narlou, et à s, dans
his, dit pour sis.
L pour n, r, s, t. — L'anglais et le normand mettent 1'^ à la place de Vn
dans marie, marne, mari et dans marier., marner, to mari. L'Z, dans l'anglais
lintel, tn trail (Sherw.), irestle, turtle, remplace Yr normand dans les mots
correspondants linter (linteau), traire (tirer), tralstre (tréteau), turtre
(tourterelle). Pareille substitution se rencontre en patois dans chlisier,
dit pour cerisier, et dans angola, dit pour angora. Le normand et l'anglais,
comparés au français, font aussi cette substitution, dans title., titre, dans
fortelesce (en v. angl. fortelacé), forte- resse, et dans marhle pour marhre.
Enfin VI prend encore la place de 1'^ dans soutiV, dit pour soutis, caché,
dissimulé, et celle du t dans cantel, morsel, pannel, teîvel, tumbrel, qui
forment en patois cantet (chanteau), morcet (morceau), pannet (espèce de
selle en bois), tuet (*tuyau), tumhret (tombereau). C'est ainsi que, d'après le
même eri'ement, le français a fait sachet du vieux mot sachet.
M pour n.— Cette substitution ne se rencontre que dans la terminaison de
certains mots, tel que lian, mehain, ran, randon, en anglais, lyam', mayhaim,
ram, random. Il en est de même, pour le normand et l'anglais, par rapport au
français, dans venim, {venhne') dits pour venin.
P pour ô, V. — L'anglais fait la première de ces substitutions dans hecquer,
becqueter, to pech; boudins., intestins, puddings*; buter, pousser, to put;
combler, exciter, to C07npel; turbentine, térébenthine, turpentine; — et la
seconde, dans sovine, qu'il remplace par sapine, sur le dos.
T pour c, f, n, x. — T représente c dans cumblet, culbute, tumbling (Cotg.)
et dans cist, ce, cet, this; f, dans souef, doux, swet; n dans flanchet,
épaule de mouton, flatchef, et ~. dans sasier, rassasier, to sate.
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(delwedd C0048) (tudalen a46)
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— XLVI —
V pour f. — Les mots normands cherfeuil. cerfeuil; ententif, attentif;
inocetif, injurieux, forment en anglais chervil. intentive, invective.
W pour g. — Cette substitution est assurément l'une des plus remarquables
parmi celles qui se sont produites dans le passage du normand à l'anglais.
Elle a lieu le plus communément quand ces lettres sont initiales, comme dans
gaive^ abandonné, waived; garantisun, autorité, loarrantise*;
gardeur,])Yotecienr,icarder; garwal, loup-garou, loere-toolf; garenne,
vivier, pêcherie, warren; gast . dévastation, loaste; gastelle , gâteau,
îoasteV; gaudine, bosquet, icood; gore, truie, whore; guairnentei,
gémisseme-nt, weynient*; guainienter, se désoler, to tcaymente*: gnaite,
sentinelle, tcaite''; guarani, caution, loarrantor: guarantir, préserver, to
ivarrant; guarantise, protection, warrantize*; guarde, sauvegarde, loard*;
guardein, gardien, wardein*; guarder, défendre, to loard; guarer, protéger,
to tcarrant; guarnir, a.\eriiY, to ivarn; guarnit, fortifié, icarned';
guaste, épuisé, icaste; ' guaster, ruiner, to waste; guastine, solitude,
icasteyn'; guencher, se détourner, to winch; guerpir, abandonner, to toarp,
to tcerp'; guicheux, vicieux (en parlant du cheval), icincer; guile, ruse,
wile; guimple, guimpe, iciraple; guimblet, vrille, icimble; guincher,
clignoter des yeux, to wink; guincheux, celui qmguinche' (y. le mot
précédent), winker; guivere, espèce de serpent, loivere*.
Quelquefois la même substitution se rencontre dans le corps des mots. Tels
sont: aguait, embtiche, aicait*; aguditer, observer, to aivait; regarder,
gratifier, to reivard; reguard, récompense, retvard; rere guarde,
arrière-garde, rereicard.
Parfois aussi elle est couiuiune au normand et à l'an- glais, comparés au
français. Dans quelques-uns de ces cas, toutefois, le normand remplace le tv
anglais par v; wage, gage, icage'; vaiter, guetter, to loait; tcarrant,
garant, îcarrant; vaule, gaule, wale; vêpe, guêpe, wasp; icindas, guindeau,
icyndace (Palsg.).
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(delwedd C0049) (tudalen a47)
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— XLVII —
EU normand pour u français. — Avant de clore la série des subsUtutions de
lettres, nous allons dire un mot de celle-ci, que l'on rencontre dans les
plus anciens monuments du dialecte normand, substitution que le patois mo
derne a conservée en un grand nombre de mots.
L'on dit encore aujourd'hui en Normandie je creus, je feumes, je peumes^
etc., pour je crus, nous fûmes, nous pûmes; feumier, alleumer, eheumer, etc.,
pour fumier, allumer, écumer; leune, prenne, hreume, etc., pour lune, pi'une,
brume. Il subsiste trace de cette substitution dans l'anglais moderne rheume,
rheuniatism; le vieil anglais en fournit quelques autres exemples, tels que
aseioryd, nieio, seuremeat, seuretee, etc., dits i)our assuré, mu, sûrement,
sûreté.
Ces formes ont été longtemps admises en français. Ban- nies aujourd'liui de-
la langue parlée, dlles se retrouvent encore quelquefois dans la langue
écrite, en un certain nombre de mots, tels qne j'eus, tu eus, il eut, etc., à
jeun, gageure, etc., que l'on prononce j'us, tu us, il ut, à jun, gajure.
Cette transformation de la diphthongue eu en u se rencontre aussi en anglais,
où se trouvait par exemple le vieux mot normand 7^eule (v. Hall.), dont
l'anglais mo- derne a fait rule.
VI.
En un grand nombre de mots, l'anglais se
rattache encore au dialecte normand, par d'autres rapports de forme, très
caractéristiques; nous n'entreprendrons pas de donner ici une nomenclature,
même abrégée, de ces mots, nous nous bornerons à signaler entre autres:
1" Les substantifs oes, avantage, profit, du lat. opus, en v. angl. oys;
— aukes, tout, toute chose, en angl. aught; — el, autre chose, du lat. allud,
de même en v. angl., en angl. mod. else; — quique chose, quelque chose, en
angl. hicksaiv, colifichet; — en, U7i, en, en v. angl. an, un.
2*^' l'adjectif any, quelque, de même en angl.; — les adj. finite, infinité,
fini, infini, de même aussi en angl.; les adj.
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(delwedd C0050) (tudalen a48)
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— XLVIII —
poss. mis^ tis, sis, mon, ton, son et 7ni, ti, si, mes, tes, ses, en angl.
rny, mon, ma, mes; thy, ton, ta, tes et his, son, sa, ses; — les loc. adj. a
quois, à l'état sauvage, en liberté, en v. angl. aquoy; — en estant, sur
pied, en angl. standing; les adj. num. dut, deux, en v. suigl.' twey, en
angl. mod tioo; treis, trois, en angl, tliree; oit, huit, en angl. eight.
3° Les adverbes itou, étou, aussi, en v. angl. ai-to, en angl. mod. toc; —
nitou, non plus, en angl. ne too, neither; neis, même, en angl. nay; — nen,
pas, point, en v. angl. nan; — pièce, un peu dé temps, quelque temps, en V.
angl. pièce; — asset, assez, en v. angl. asseth; — aviran, autour, à
l'entour, en v. angl. aviroun; — taunt,iani, en V. angl. taunt; — '< à
tant, à taunt, ainsi, en y. angl. ataunt; — avaunt, avant, en v. angl.
avaunt; -rainz, avant, auparaA'^ant. du lat. ante, en v. angl. aince, autre-
fois, anciennement; — arrière, après, ensuite, en v. angl. arere: — si,
tellement, à ce point, en angl. so; — tuteveies, toutefois, néanmoins, en v.
angl. ahcays; — adès, aujourd'hui, présentement, en angl. adays, en v. angl.
aday; — toz dis, toujours, en v. angl. alday; — bel, dou- cement, en V. angl.
bêle; — ben, bien, du lat. bene, en v. angl. ben; — rière, arrière, du lat.
rétro, en angl. rear; la loc. adv. de randon, avec élan, impétuosité, en
angl. at random, à toute volée, etc. — Enfin beaucoup d'adverbes normands
ayant leurs suffixes en ment, tels que: absolutentent, décentement,
différentement, innocentement, prudentement, patientement, précédentement,
récentement, viole^itement, dérivés de absoluta mente, decenfi mente, etc., —
se retrouvent en anglais, conservant aussi le t étymologique: absolutely,
decently, differently, in- nocently, prudently, patiently, precedently,
recently, violently.
4° Les pronoms raei, moi, du lat. me, en v. angl. rnee (Sherw.): tei, toi, du
lat. te, en angl. thee, en v. angl. te (Hal.), et the (Sherw.); sei, soi, du
lat. se, en angl. self; — cist, ce, cet, ces, en v. angl. this; i, il, en angl.
it; — al- quant, chacun, en v. angl. alkones; — alques, quelquesuns, du lat.
aliqui, en.v. angl. alJie, etc.
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(delwedd C0051) (tudalen a49)
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— XLIX —
5° Les prépositions amont, au milieu de, au travers de, en angi. among; —
enimi, parmi, en angl. amid, en v. angl. emiddis; — environ, autour de, de
même en v. angl.; — /"or^, hors, du lat. foris, en angl, forth; — in,
en, de même en angl,; — maw^/re, malgré, en angl. niangre; per, par, de même
en angl.; jpor, pour, en angl. for; salve, sauf, hormis, en angl. save;
saunz^ sans, en v. angl. saiin, etc.
6° Les conjonctions nen, nene^ ni, non plus, en v. angl. nene.
7° La part. nég. yiaie, non, en angl. nay.
8" L'interj. avoi, en avant! en route!, en angl. aioay, en V. angl.
avoy.
VIL
Après avoir signalé quelques-uns des mots
qu'il a pris au normand, nous avons pensé qu'il pourrait être intéressant
d'indiquer, parmi les mots peu nombreux que le français a lui-même empruntés
à l'anglais, ceux qui, en cette langue, paraissent d'origine normande. Nous
avons noté les suivants:
Parlement, comme dénomination collective des deux chambres législatives et
quelquefois seulement de la chambre des députés, est un mpt que nous avons
emprunté à l'Angleterre, il y a environ soixante ans. La forme actuelle du
mot en anglais est pnrliament; l'ancienne forme que l'on trouve dans
Halliwell est parlement, mot normand primitif, qui signifiait conférence,
entretien, entrevue. V. au Glossaire.
Budget. Ce mot anglais a pris place dans le français vers le commencement du
XIX" siècle. Il a, en anglais, non seulement l'acception que nous
connaissons, celle d'état annuel des recettes et des dépenses de l'État, mais
il y conserve aussi le sens propre, qu'il avait primitivement en cette
langue, celui de petit sac. L'anglais budget est une forme diminutive de
Inulge, qui en v. angl. signifie sac,
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(delwedd C0052) (tudalen a50)
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bourse (v. Hal.). Or budge est une corruptioi;i du vieux
mot normand bouge (I), sac. V. Bouge slvl Gloss.
Bill. Donner un bill d'indemnité, c'est-à-dire absoudre quelque mesure ou
quelque décision irrégulièrement prise, est une locution qui, vers la môme
époque que les deux mots précédents, est passée du langage pnrlementaire an-
glais dans celui de nos chambres législatives. Bill dérive du V. fr. bille,
cédule, acception qui a été aussi celle primitive du mot angl. (v. Palsgrave,
Sherwood, Halliwell); du bas-latin billa, mémoire, écrit. C'est pareillement
l'opi- nion de Littré, que bill est un mot d'origine française dans
l'anglais, où il se dit aujourd'hui, en particulier, d'un projet de loi et
quelquefois d'une loi votée. Le diminutif billet était usité en ancien droit
coutumier normand avec le sens de promesse, engagement. L'on use encore
maintenant en patois normand de la locution, donner son billet d'une chose,
pour dire qu'on s'engage à l'exécuter.
Jury est en français un anglicisme. Le. mot anglais re- présente lui-même le
vieux mot novmand jurée (2), assemblée instituée pour donner son opinion,
après serment prêté, dans un débat judiciaire.
Ne doibvent estre reçus en la jurée, ceulx qui sont reprins de parjure... Et
pour ce doibt l'en savoir que Ten doibt semondre aux jurées les plus
prudhorames et les plus loyaux, etc.
Ane. couC. de Norin., ch. lxix.
(Afin) que li puissanz ne face al jion poant et al innocent outrage, il est
establi que par la jurée de xii léaus homes delvisné( voisinage) sera
monstrée, etc.
Marnier, Établis, de I'Éc/mj. de Norm.,Tp.B.
Verdict, déclaration du jury. Le français a pris aussi ce mot à l'anglais,
qui l'a retenu des Normands. Verdict (3),
(1) Nous avons vu précédemment que, dans le passage du normand à l'anglais,
l'épenthèse du d devant g était Iréquente; c'est ainsi par exemple, que du
normand f^lege, jugerre, druger, etc., sont dérivés en anglais pledge,
judger, to drudge.
(2) Ce mot a donné à l'anglais jury, comme meinée (gens de la maison,
domestiques), gelée, etc., lui ont donné meiny, gelly. Eu v. anglais Ton
disait y/(rt>.
Doit summoner (convoquer) un jurie.
LiTTL., Inst., sect. 234.
(3) L'on a dit aussi voir dit, en deux mots:
Sera le message ( messager ) ausdiz religieus ( de Saint-Taurin
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(delwedd C0053) (tudalen a51)
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(lu bas latin veredictum, est encore nn terme de l'ancien
droit coutumier normand, par lequel on désignait le procèsverbal des jurés.
Home poit estre aide sur tiel condition per verdict de xii homes.
LiTTLE TON, Inst., sec(.. 36fi.
Soient les jui'ours espies que ils ne garnissent (avertissent) nuls par signe
encountre qui des parties ils pronuncieront lour verdit.
Brit., Code, ch. xi.ii.
Halliwell, dans son Diction., signale verdite comme étant un terme
anglo-normand.
Covenant est un vocable anglais, adopté par le français, pour désigner, comme
l'on sait, la ligue formée chez les Écossais, en 1638, dans le but de
conserver leur culte,, tel qu'ils le pratiquaient en 1580. C'est l'ancien mot
normand covenant, convention. V. ce mot au Glossaire.
Partenaire, associé avec lequel on joue. Ce mot nous vient de l'anglais
partner, personne qui partage, et part- ner a été pris lui-même pai"
l'anglais au dialecte normand, où partener se rencontre avec le sens de
participant. V. au Glossaire.
Singleton. Cet autre terme de jeu, qui se dit d'une seule carte d'une même
couleur, que l'on a dans son jeu, est une forme diminutive du mot anglais
single, seul, unique. Single, du lat. singulus est, dans la langue anglaise,
un mot d'origine normande. V. sengle au Glossaire.
Confort, avec le sens de bien-être matériel, nous est venu de l'anglais
conifort, mot que cette langue a pris au dia- lecte normand, où, sous les
formes cunfort, confort, il signitie assistance, secours.
Entr'els en unt orgoil e cunfort.
Chans. de Roi. p. 163.
D'homes e granz richesses recovrer grant confort,
Wace, Rom. de Rou, v. 2996.
L'adjectif confortable (1) est aussi, dans la langue fran-
d"Évreux) creu par son liai voir dit
(affirmation). Transaction de tS90, citée dans les Mém. et notes de M. Àug.
Le Prévost, 11, 480.
(1) Ce mot, d'un usage universel, n'a été admis par l'Académie que dans la
dernière édition de son dictionnaire, celle de 1877.
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(delwedd C0054) (tudalen a52)
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— LU —
çaise, d'origine anglaise; il est fort ancien en dialecte normand:
Le saint neis confortable Esperil.
Trad. du verset 13 du Te Deum, dans le Liv. desPs. p. 282.
Festival est en vieux dialecte normand un adjectif qui signifie « de fête ».
V. au Glossaire.
L'anglais a pris cet adjectif au normand et en a fait aussi un substantif,
servant à désigner, soit une fête religieuse, soit des réjouissances
publiques, soit enfin une grande so- lennité musicale. Le français a repris
le mot à l'anglais, avec cette dernière acception; il n'est entré dans la
langue académique qu'en 1877.
Rout. Ce mot, que l'on prononce généralement raout, sert, comme l'on sait, à
indiquer une nombreuse réunion de personnes du grand monde. Il vient de
l'anglais rout, assemblée, mot d'origine normande. Route, en idiome normand,
se disait, en effet, pour troupe, compagnie. V. Route au Glossaire.
Toste est le substantif anglais toast; il se rencontre aussi en français sous
cette dernière forme. Le mot anglais vient du vieux normand tostée, rôtie, en
patois moderne tâfée. Toast a conservé cette acception en anglais; il y si-
gnifie aussi, comme en français, coup bu à la santé de quelqu'un, vœu que
l'on exprime à cette occasion. V. Tôtée au Glossaire.
Mess. Ce mot, admis aujourd'hui en français pour dési- gner une table
d'officiers qui mangent ensemble, est un anglicisme. Le mot anglais mess est
l'ancien normand mis, ration, portion, plat. V. Mis au Glossaire.
Cottage, petite maison de campagne. Ce mot, que l'Aca- démie a admis dans la
septième édition de son dictionnaire, est emprunté à l'anglais. Comme tous
ceux dont nous par- lons, il existait depuis longtemps en ancien dialecte
normand. Nous l'avons rencontré, en effet, dans deux documents normands,
remontant au XIIP siècle.
Tenementum quod pater suus tenebat de ipsis apud Martini ecclesiam, tanquam
cotagium, tam ad campum quam ad villam.
C/t. fie 1219, du cartul. de la Calhédr. de Rouen, citée par M. Delisle dans
'Agric. en Norni. au. mot/, âge, p. 37.
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(delwedd C0054) (tudalen a52)
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— LU —
çaise, d'origine anglaise; il est fort ancien en dialecte normand:
Le saint neis confortable Esperil.
Trad. du verset 13 du Te Deum, dans le Liv. desPs. p. 282.
Festival est en vieux dialecte normand un adjectif qui signifie « de fête ».
V. au Glossaire.
L'anglais a pris cet adjectif au normand et en a fait aussi un substantif,
servant à désigner, soit une fête religieuse, soit des réjouissances
publiques, soit enfin une grande so- lennité musicale. Le français a repris
le mot à l'anglais, avec cette dernière acception; il n'est entré dans la
langue académique qu'en 1877.
Rout. Ce mot, que l'on prononce généralement raout, sert, comme l'on sait, à
indiquer une nombreuse réunion de personnes du grand monde. Il vient de
l'anglais rout, assemblée, mot d'origine normande. Route, en idiome normand,
se disait, en effet, pour troupe, compagnie. V. Route au Glossaire.
Toste est le substantif anglais toast; il se rencontre aussi en français sous
cette dernière forme. Le mot anglais vient du vieux normand tostée, rôtie, en
patois moderne tâfée. Toast a conservé cette acception en anglais; il y si-
gnifie aussi, comme en français, coup bu à la santé de quelqu'un, vœu que
l'on exprime à cette occasion. V. Tôtée au Glossaire.
Mess. Ce mot, admis aujourd'hui en français pour dési- gner une table
d'officiers qui mangent ensemble, est un anglicisme. Le mot anglais mess est
l'ancien normand mis, ration, portion, plat. V. Mis au Glossaire.
Cottage, petite maison de campagne. Ce mot, que l'Aca- démie a admis dans la
septième édition de son dictionnaire, est emprunté à l'anglais. Comme tous
ceux dont nous par- lons, il existait depuis longtemps en ancien dialecte
normand. Nous l'avons rencontré, en effet, dans deux documents normands,
remontant au XIIP siècle.
Tenementum quod pater suus tenebat de ipsis apud Martini ecclesiam, tanquam
cotagium, tam ad campum quam ad villam.
C/t. fie 1219, du cartul. de la Calhédr. de Rouen, citée par M. Delisle dans
'Agric. en Norni. au. mot/, âge, p. 37.
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(delwedd C0055) (tudalen a53)
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Il est à savoir que chacun cotage vaut et
contient autant comme deux bordages, etc.
Liu. desJur. de St.-Ouende Rouen (1291), ^93 v°.
Conversation criminelle. Cette locution anglaise est admise depuis quelque
temps eu français, pour indiquer une intimité coupable. Conversation signifie
ici fréquentation; c'est le sens du mot dans l'ancien dialecte normand,
auquel l'an- glais l'a emprunté. V. Conversation au Glossaire.
Sport. C'est, modifié par l'aphérèse de la première syllabe, le vieux mot
normand desport (1) ou déport, jeu, amusement, plaisir, récréation,
acceptions que sport conserve encore aujourd'hui en anglais. Ce mot, qui
paraît avoir acquis définitivement droit de cité en français, y est em- ployé
dans un sens moins général, que possède aussi l'an- glais, celui d'exercices
eh plein air, tels que courses de chevaux, chasse à courre, canotage, pêche,
tir, etc. V. au Glossaire Desporter.
Fashion, fashionable. L'on sait que ces anglicismes, admis aujourd'hui dans
la langue, servent à désigner, l'un, la mode, le bon ton, les manières du
beau monde, et l'autre, .qui est un dérivé du premier, tout individu
recherché dans sa mise, qui prend à tâche de suivre toujours la mode, et
quelquefois même de la devancer. — L'anglais fashion re- présente le très
ancien vocable normand fachon, façon, manière d'être. V. Fachon au Glossaire.
Gentleman, gentleman rider. Ces deux dénominations anglaises sont aujourd'hui
reçues en français.
La première, gentleman, sert à indiquer, non pas précisément ce que nous
appelons en France un gentilhomme, mais plutôt un homme bien élevé, un homme
de bonne so- ciété, de bon ton. En anglais, l'on a écrit primitivement
gentilman (Palsg.). Gentilman est un mot hybride, com- posé del'adj. geyitil,
qui s'est dit pour de noble extraction (v. Gentil au Gloss.), et du subst.
germanique man,
(1) Cette aphérèse est assez commune dans le passage du normand à l'anglais.
On la rencontre, par exemple, dans ta spend, dépenser; strait, détroit, etc.,
dérivés du normand despendre, destreit, radi- caux qui, du reste, ont donné
au vieil anglais to dispende, dislreite (Hal.).
d
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(delwedd C0056) (tudalen a54)
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— LIV —
homme, mot entré dans la formation d'un certain nombre de vocables anglais et
normands V. Man au Glossaire. Gentil est devenu gentle en anglais par une
contraction très commune dans cette langue, où le vieux mot litel, par
exemple, est devenu little dans l'anglais moderne.
Quant à l'autre dénomination, ^renfZeman rider, cavalier homme du monde, il
est à remarquer que rider, qui en forme le second terme, est le subst. de
l'ancien verbe fran- çais rider, chevaucher, en angl. to ride, dérivé de
l'allem. reiten, aller à cheval. V. Rider au Glossaire.
Performances. Ce mot anglais, depuis quelques années admis en français dans
la langue du turf, sert, dit Littré, à indiquer le tableau des épreuves
subies dans l'hippodrome par un cheval de course. L'acception exacte du mot
anglais est accomplissement, exécution, en d'autres termes, œuvre achevée,
acte complet: il dérive du préfixe per, indiquant un sens superlatif, et de
forraance, vocable emprunté par l'anglais au dialecte normand, où il s'est
dit pour forme, configuration.
S'en eus (certains oiseaux) aveit plusors formances Variétez e dessemblances,
Dulçors i ert e paiz si fine Que nuls n'i demustront haine.
Bén., Chron. de Norm., v. 1429.
Gentry est souvent usité en français avec le sens que le mot possède dans
l'anglais, auquel il est emprunté, c'est- à-dire comme dénomination de la
petite noblesse et de la haute bourgeoisie anglaises. Gentry est, en anglais,
une corruption du vieux mot normand genterise, noblesse, grandeur, élévation
des sentiments. V. Genterise au Glossaire.
Flirter, tenir des propos galants, conter fleurette, est l'an- cien verbe
normand flenreter, que l'on trouve avec ce sens dans Cotgrave et qui subsiste
encore en patois normand, sous la forme fleuretir. L'on a fait en France,
dans ces dernières années, un assez grand usage du verbe flirter,
particulièrement au théâtre. Nous l'avons emprunté à l'an- glais to flirt, et
l'anglais lui-même l'a pris au français parlé en Normandie.
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(delwedd C0057) (tudalen a55)
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Banquettes irlandaises. Tenue de course-;, par
lequel on désigne les petites levées de terre, que doivent franchir les
chevaux lancés sur la piste. Banquette est le diminutif du mot normand
banque, levée de terre, servant de clôture entre deux pièces de terre. Le
mot, dans cette acception, est d'un usage universel en Basse-Normandie.
L'anglais bank, levée de terre, vient de là. La forme diminutive ba)iquette a
été, il y a à peine cinquante ans, importée . dWngleterre en France, où elle
était alors complètement inconnue, et d'où elle était cependant originaire.
V. Banque au Glossaire.
Warrant. Ce mot anglais n'a été introduit en France que depuis peu d'années;
il appartient, comme on le sait, à la langue conmierciaie, et sert à désigner
un récépissé de marchandises conservées dans un entrepôt ou dans un dock,
marchandises dont il constate la valeur. Le mot est dans l'anglais d'origine
normajide. V. au Glossaire.
Chèque. Terme de banque, dont l'Académie a consacré l'usage en France dans la
dernière édition de son diction- naire, publiée en 1877. C'est le mot anglais
check, bon, mandat, dérivé de to check, vérifier, examiner, verbe qui se
rattache lui-même au v. angl. checher (Palsg.), dit par aphérèse pour
exchequer, cour de l'Échiquier, qui contrôle toutes les affaires financières
de l'État. L'Échiquier, comme on le sait, est en Angleterre une institution
d'origine normande. V. au Glossaire Eschekier 2.
Stock. Ce terme de commerce est un anglicisme, par le- quel on indique la
quantité de marchandises restant en magasin, dans les entrepôts ou sur les
marchés d'une place de commerce. C'est l'ancien mot normand estoc, souche,
tronc d'arbre, acception que stock a conservée en anglais. V. Etoc au
Glossaire.
Drainer. Terme d'agriculture anglais, introduit en France à une époque assez
récente. Le mot est usité aujourd'hui en français, comme il l'est en anglais,
aussi bien au figuré qu'au propre. Ainsi, l'on dit, par exemple, que
l'émission d'un emprunt d'État a drainé beaucoup de capitaux sans emploi.
Nous citons au Glossaire un texte normand du
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(delwedd C0058) (tudalen a56)
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XIP siècle dans lequel dreiner est employé au
sens figuré de soutirer (des dons). Ce verbe paraît avoir été emprunté à
l'ancien franco-normand par l'anglais qui l'a conservé et qui aujourd'hui nous
le repasse.
Accise, excise. Ces deux mots anglais, et particulièrement le premier, sont,
depuis longtemps, admis en français comme dtinomination des impositions
indirectes établies en Angleterre sur les boissons. L'anglais moderne n'a
retenu que la forme excise; l'autre est donnée par Halliwell, qui l'écrit
acise. Excise est, croyons-nous, une corruption d.^ accise, qui lui-même en
est une d'assise, asise, vieux mots normands qui se sont dits pour taxe,
impôt. V. ces mots au Glossaire. D'où l'anglais assize^ taxe sur les den-
rées, et assizer, inspecteur des poids et mesures.
Groom dérive du vieux français grome, gromet. V. Duc. v° Groraes.
Reporter. Terme de journalisme. Rédacteur chargé des informations. C'est le
substantif du verbe anglais to re- port, emprunté au dialecte normand, où
reporter signifie raconter. V. Reporter au Glossaire.
Nuisance, dommage, [)réjudice. Ce mot, que le patois normand a conservé,
n'existe plus aujourd'hui dans la langue académique. Cependant quelques
écrivains mo- dernes, ne lui trouvant pas d'équivalent en français, l'ont
quelquefois emprunté à la langue anglaise, dans laquelle les Normands l'ont
introduit. V. Nuisance au Glossaire.
Spirite. Individu qui prétend pouvoir se mettre en relation avec les esprits
des morts. Le mot nous est venu d'Amérique; c'est l'anglais spirit, esprit,
spectre, fantôme, et spirit est l'ancien mot normand espirit, modifié par
l'aphérèse de Ve. V. Espirit, sperit, au Glossaire.
Square. .Jardin entouré de grilles, au milieu d'une place publique. Ce mot,
que le dictionnaire de l'Académie (éd. de 1877) introduit dans la langue
officielle, est un mot que, comme les autres dont on vient de parler, nous
empruntons à l'anglais. Il se rencontre en ancien dialecte normand sous la
forme squarrie, avec un sens différent, il est vrai,
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(delwedd C0059) (tudalen a57)
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de celui qui vient d'être indiqué, mais que
renferme aussi l'anglais square, le sens d'équerre. Square^ dans ces deux
acceptions, a un même radical, le préfixe ex et le verbe quadrare, rendre
carré. Le squarrie normand a donné naissance au squatte anglais, dont
l'acception s'est depuis diversifiée. V. Squarrie au Glossaire.
Tunnel. Ce mot a été importé d'Angleterre lors de l'établissement des chemins
de fer en France. L'anglais tunnel (•en v. angl. tonel, Hal.) représente ce
vieux mot tonnel, qui s'est dit pour tonneau et est un diminutif de tonne; il
a été appliqué à la désignation du passage souterrain d'un chemin de fer, par
assimilation de forme avec le tonneau.
. . . N'a suz ciel si graiit tonel Ne peust rom de sanc emplir.
BÉN., Chroii. de IVorm,, v. 2537.
Item, en celier, viij pipes et i gros tonnel de vin d'Argcnces.
Invent, de 1307, cité par M. Delisle clans ses Classes Agric. en Norni. au
moi/, âfje, p. 723.
Rail. Comme le précédent, ce mot a été introduit d'An- gleterre en France,
dés l'origine de nos chemins de fer. En Angleterre même, le mot naturellement
n'a pu prendre place dans la langue, avec le sens particulier qu'on lui donne
maintenant, celui de bande de fer sur laquelle rou- lent les wagons, qu'à
l'époque relativement récente où ce pays nous a précédés dans l'établissement
des voies ferrées. A cette époque, rail s'y disait simplement et s'y dit
encore pour barre, traverse, etc. Or le mot, dans ces acceptions, a été
emprunté par l'anglais au franco-normand. Tel est, en effet, le sens que
reille possédait en Normandie au XI V« siècle. On y trouve aussi, à la même
époque, le dérivé railleis (en angl. railing) , garde-fou, rampe, parapet. V.
Reille et railleis au Glossaire.
Aujourd'hui encore, en patois normand, on donne le nom de railes aux gaules
disposées horizontalement contre les haies pour en soutenir et rapprocher les
branches. V. Railes, ibid.
'^ Railway, accepté aussi dans l'usage comme dénomination l de chemin de fer,
est dérivé de rail, mot dont nous venons de parler, et de loay, en v. angl.
loaye (Palsg.), (]ui n'est
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(delwedd C0060) (tudalen a58)
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I
autre que le norm. reie, voie (v, Veie),
littéralement chemin établi sur des barres.
Stopper, arrêter, en parlant d'un train de chemin de fer, d'un bateau à
vapeur, d'une machine. Ce mot, qui a été définitivement admis dans la langue
par l'Académie (v. son Diction., éd. de 1877), nous vient aussi d'Angleterre;
il re- présente le verbe to stop, dérivé du v. norm. estoper, venu lui-même
du bas-làtin stappare, que l'on trouve dans la loi des Alamans. Estoper, en
dialecte normand, signifie tout à la fois arrêter et boucher (1), double
acception que possède l'anglais to stop.
Quelques autres mots ont encore été empruntés à l'an- glais par la langue
française, à laquelle il se relient par leur origine: nous citerons, entre
autres, dandy, con~ stable ('2),- express, humour, pudding, jockei/,
touriste, etc.
Ne trouvons-nous pas dans les faits que nous venons d'exposer la réalisation
de la prophétie qu'un poète normand faisait il y a prés de trois cents ans,
quand il disait:
Car, si l'usage veut, plusieurs mots reviendront Après un long exil.
Vauq. de La Fresn., Art. poéC, I, p. 15.
Il me reste quelques remarques à faire concernant le mot Shakespeare: Elles
ont été intégralement communiquées par moi, le 6 août 1884, à M. Motheré,
i)rofesseur d'an- glais au Lycée Charlemagne, sur sa demande.
Le nom du plus grand poète dramatique de l'Angleterre, Shakspeare, se
rattache lui-même à deux mots anglais.
(1; Quand virent si lur veie tôles parz estopée.
S. Thoni. le niart., p. 189.
Son nés estope isnelement.
Mir. de laB. M. V., v. 356.
(2) Constable est une contraction faite par l'anglais de notre ancien mot
cunesttahle (v. ce mol au Glossaire), conestable, connélable: le texte
suivant semble indiquer que les Anglais nous ont emprunté, non seulement le
mot, mais encore la fonction même qu'il indique.
Le dit Lotart ala querre deux sergenz et les mena, ensemble le connestable de
la rue où il demeuioit pour le temps, en la maison de la dite Jelianne.
Lettre de rémission de 13GI, Duc, v" Cornes.
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(delwedd C0061) (tudalen a59)
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— LIS —
d'origine normande: le verbe to shake et le substantif spear et signifie
littéralement celui qui tire l'épée. En effet, to sJiake est le vieux verbe
normand saquer, conservé par le patois, et qui signifie tirer brusquement (v.
Sa- quer au Gloss.), et spear, lance, harpon, est une corruption de l'ancien
mot normand spée, dont l'acception est la même que celle de son radical latin
spatha, longue épée à l'usage des peuples du Nord, arme que l'on appelait
aussi bran ou hranc. V. Spée, ib.
L'on rencontre actuellement en Normandie, surtout dans le département de la
Manche, un nom de famille se rap- prochant par la forme du nom du poète
anglais, et qui offre un sens identique au sien; nous voulons parler du nom
Saquespée. Ce nom se retrouve souvent aussi dans les anciennes chartes
normandes, éci'it tantôt en deux mots sous la forme Sache-Espée, tantôt en un
seul, sous celle que nous venons de signaler, Saquespée. 'h'mventaire des
chartes recueillies aux Archives du Calvados, publié par M. Léchaudé d'Anisy,
t. VII et VIII des Mém. de la Soc. des Antiq. de Norm., année 1834, relate
notamment: 1° 1. 1, p. 314, la donation faite en '12'41 par Roger de
Rnpierre, à l'abbaye de Villers-Ganivet, de toute la terre que Thomas
Sache-Espée tenait de lui à Grente ville; 2° même vol., p. 247, une autre
donation, faite en 1250 à l'abbaye de Troarn par Robert, dit Saquespée, de
certaines redevances en grains, à prendre en la paroisse de Touffréville; 3°
même vol., p. 250, deux actes de 1257, par lesquels Robert Saquespée vend à
Troarn diverses rentes en blé et orge; 4" et t. I, p. 205, une vente de
1291, faite par Raoul de Noerville à maître Philippe Saquespée, d'une rente
de 8 s. tournois.
Le même nom se lit encore, écrit, soit en deux mots, soit en un seul, dans
quelques autres anciens documents. Ainsi, un compte de 1346, cité par M. .7
al, dans son Glossaire nautique, fait mention d'un « Robin Saque-Espée, laman
de la galiote Anthoine-Nègre ». Dans le Mémorial de la Chambre des Comptes de
Paris, année 1424, f'^ 176 r°, cité par Ducange, v° Coulter, il est parlé
d'un chanoine portant ce nom: « Fuit tradita .lacobo Saquespée, canonico et
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(delwedd C0062) (tudalen a60)
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coultrei'io ecclesiae B. Quintini in
Viromannia, qusedarn obligatio, etc. »
Notons enfin que le nom Saquespée existe même comme dénomination de lieu.
Dans ce cas, il sert le plus souvent à désigner une gorge ou un défilé, que
la tradition signale comme ayant été anciennement le théâtre d'un combat.
C'est ainsi que dans la Manche il y a, proche Mortain, « le Pertuis de
Saquespée »; il en existe un autre sur le territoire de la commune de
Gérances, même département.
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LISTE
Des prineipaux ouvrages cités dans ce dictionnaire
Les quatre livres des Rois, publiés -par M. Le
Roux de Lincy. Paris, imprim. roy., 1841; vol. in-4».
Le Psautier d'Oxford, p. par M. Francisque Michel, sous le titre: « Libri
psalmorum, versio antiqua gallica, e cod. ms. in bibl. « Bodleiana asservato.
» Oxford, 1860; vol. in-S».
Le Psautier de Cambridge, p. par le même, sous le titre: « Le « Livre des
Psaumes, ancienne traduction française, publiée pour « la première fois
d'après les mss. de Cambridge et de Paris. » Paris, imprim. nation., 1876;
vol. in-4».
Les Lois de Guillaume, p. par Houard dans ses Anciennes Loix des François,
II, 76. Rouen, Le Boucher, 1779.
La Chanson de Roland, p. par Génin. Paris, imprim. nation,, 1«50 -, vol.
in-8'.
La Vie de Saint Alexis, p. par MM. Gaston Paris et L. Pannier. Paris, Franck,
1872; vol. in-8°.
L'Épître farcie pour la fête de Saint Etienne, p. par M. G. Pai'is {Jahrbuch,
IV. 313).
Le Roman du Mont-Saint-Michel par Guillaume de Saint-Pair, p. par M. Francisque
Michel. Caen, Hardel, 1856; vol. in-8''.
Li Cumpoz Philipe de Thaiin, p. par M. Ed. MoU. Strasbourg, 1873; vol. in-12.
Le Bestiaire divin de Guillaume de Normandie, p. par la Soc. des Antiq. de
Norm.
La Vie de Saint Thomas de Canterbury, p. par M. Francisque Michel, III. 461
de la Chron. de Benoît, avec var. ib., p. 619.
Le Roman de Rou de Wace, p. par Pluquet. Rouen, Ed. Frère, 1827; 2 vol.
in-S».
La Chronique ascendante des ducs de Normandie, du même, dans les Mém. de la
Soc. des Antiq. de Normandie.
Le Roman de Brut, du même, p. par M. Le Roux de Lincy. Rouen, Ed. Frère,
1836; 2 vol. in-8».
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La Conception Notre-Dame, du même, p. par MM.
Mancel et Trébutien. Caen, Mancel, 1842; vol. in-B".
La Chronique des ducs de Normandie, de Benoît de Sainte-More, p. par M.
Francisque Michel. Paris, imprim. roy., 1836-1844; 3 vol. in-4°.
Le Roman de Troie, du même, p. par M. Joly dans les Mém. de la Soc. des
Anliq. de Normandie.
La Chron. de Jordan Fantosme, p. par M. Francisque Michel, III. 531 delà
Chron. de Benoît.
Chroniques anglo-normandes, recueil d'extraits et d'écrits relatifs à
l'histoire de Normandie et d'Angleterre pendant les XI« et Xlle s., p. par M.
Francisque Michel. Rouen, 1836-1840; 3 vol. in-S».
La Vie de S. Gile, par Guillaume de Benerville, p. par MM. G. Paris et A.
Bos. Paris, Didot, 1881; vol. in-8».
La Vie de S. Thomas le Martyr, de Garnier, p. par M. Hippeau. Paris, 1859;
vol. in-12.
La Vie de S. Grégoire le Grand, traduite du latin par frère Angier, religieux
de Sainte-Frideswid, p. par M. Paul Meyer (Romania, t. XII).
Histoire de Guillaume Le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent
d'Angleterre. Extr. de ce poëme p. par M. Meyer {Romania, t. XI).
La Vie de S. Auban, poëme anglo-norm., p. par M. Robert Atkinson. Londres,
John Murray, 1876; vol. in-4''.
Les Chansons de messire Raoul de Ferrières, p. par M. Ti'ébutien. Caen,
Poisson, 1847; petit in-18.
Le Sermun de Guichard de Beaulieu, p. pour la première fois, d'après le ms.
de la Biblioth. du roi. Paris, Techener, 1834; pla- quette in-8».
Hugues de Lincoln, ballade anglo-normande, p. par M. Fran- cisque ]\Iichel.
Paris, Silvestre, 1834.
Miracle de la B.M.V. Troisième appendice, p. par le même, t. III, de la
Chron. de Benoît.
Le lai d'Ignaurès de Jean Renaut, trouvère normand, suivi des lais de Melion
et du Trot, p. par MM. Monmerquê et Francisque Michel. Paris, Silvestre,
1832; vol. in-8°.
Les Poésies de Marie de France, p. par Roquefort. Paris, Ma- rescq, 1832; 2
vol. in-12.
Miracle de N. D. de Rob. le Diable, ouvrage publié par plus, membres de la
Soc. des Ant. de Normandie. Rouen, Ed. Frère, 1836; vol. in-B^
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(delwedd C0065) (tudalen a63)
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lAlIt
Adam, drame anglo-normand, p. par M. Victor Luzarche. Tours, J. Bouserez,
185i; vol. in-S".
Établissements et coutumes, assises et arrêts de l'Échiquier de Normandie au
XIIP s. (1207-1245), p. par M. Marnier. Paris, Te- chener, 1839; vol. in-12.
Les Établissements de Rouen; études sur l'histoire des institutions
municipales de Rouen, Falaise, Pont-Âudemer, etc., pa M. A. Giry. Paris,
Vieweg, 1883-1885; 2 vol. in-8».
Inventaire de nombreuses chartes normandes, conservées aux archives du
Calvados, p. par M. Léchaudé d'Anisy, t. VII et VIII des Mém. de la Soc. des
Ant. de Norm., années 1834 et 1835.
Les Cours royales des îles normandes, par M. Julien Havet. Paris, Champion,
1878; vol. in-8".
Le Coutumier de Normandie en vers, de Richard Dourbault, p. par Houard, à la
fin du t. IV de son Dictionnaire de la Coutume de Normandie. Rouen, Le
Boucher, 1782.
Le Traité de Britton, p. par le même, dans ses Coutumes anglo- normandes, IV.
1. Rouen, Le Boucher, 1776.
The Myrror of Justice, de Hornes, p. par le même, ib., IV. 462.
Le Coutumier de la vicomte de l'Eau de Rouen, publié par M.Ch. de
Beaurepaire. Évreux, Hérissey, 1856; vol. in-S".
Le livre des Jurés de S. Ouen, ms. in-f" de la Riblioth. de Rouen.
Fleta, traité de législation anglaise de la fin du XIII« s., p. par Houard,
t. III de ses Ane. loix des François. Rouen, Le Boucher, 1776.
Sentences rendues par les commissaires enquêteurs réformateurs, envoyés dans
la Baillie de Caen A^ers l'an 1300, p. par M. de Formeville en 1852, dans les
Mém. de la Soc. des Ant. de Norm.
Chronique normande du XIV' s. p. par MM. A. et E. Mohnier. Paris, Renouard,
1882; vol. in-8'>.
Petit traité de médecine du XI V« s., écrit en dial. norm., p. par M.
Boucherie. Montpellier, 1875.
L'Advocacie Notre-Dame, p. par M. Chassant. Paris, Aubry, 1855; vol. in-18.
L'Histoire de Foulques Fitz Warin, p. par MM. Moland et d'Héri- cault dans
leurs \ouvelles françaises en prose du XIV' s. Paris, Jannet; vol. in-12.
Les Actes normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois
(1328-1350), p. par M. Léopold Delisle. Rouen, Le Brament, 1871; vol. in-8».
Études sur la condition des classes agricole? et l'état dp l'agri-
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(delwedd C0066) (tudalen a64)
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culture en Normandie au moyen âge, par le
même. Évreux, Hé- rissey, 1851; vol. in-8°.
Notes et documents concernant l'état des campagnes en Normandie dans les
derniers temps du moyen âge, par M. Ch. de Beaurepaire. Évreux, Huet, 1865:
vol. in-8°.
Extraits de plusieurs petits poëmes, écrits à la fin du XIV» s. par un prieur
du Mont S. Michel. Caeu, Mancel, 1837; vol. in-8».
Les Institutes de Littleton, p. par Houard, t. I, des Anciennes loix des
Françoh. Rouen, Le Boucher, 1779.
Le Canarien, livre de la conquête et conversion des Canaries (1402-14-22),
par Jean de Bethencourt, gentilhomme Cauchois, p. par M. Gravier. Rouea, Métérie,
1874; vol. in-8°.
La Chronique Normande de P. Cochon, notaire apostolique à Rouen, p. par M.
Ch. de Beaurepaire. Rouen, Le Brument, 1870; vol. in-8'>.
Extraits de la même chronique, p. par M. Vallet de Viriville. Paris,
Delahays, 1859.
La Chronique de la Pucelle, p. par le même. Paris, Delahays, 1859.
Le Jardin salutaire, de Jean Joret, p. par M. Luthereau. Paris, Derache,
1841.
Chansons normandes du XV» s., p. par M. Gasté. Caen, Le Gost- Clérisse, 1866;
vol. in-18.
Les Œuvres complètes de Gringore, p. par MM. Ch. d'Héricault et de
Montaiglon. Paris, Jannet, 1858; 2 vol. in-18.
Les Œuvres de maistre Alain Ghartier, p. par André du Chesne. Paris, Samuel
Thiboust, 1617; vol. in-4''.
Le Livre de Chasse du Grand Séneschal de Normandye et les dits du bon chien
SouLUard, par Jacques de Brezé, p. par M. Pi- chon. Paris, Aubry, 1858; vol.
in-18.
Les Pâtes ouaintes, pièce satyrique du XV« s., p. par M. Bonnin. Évreux,
Ancelle, 1843; vol. in-8*.
Le Cartulaire de l'évêché de Lisieux, ms. du XV^ s., de la Biblioth. de
Lisieux.
Chronique du Mont Saint-Michel (1343-1468), p. par M. Siméon Luce. Paris,
Didot, 1879-1883; 2 vol. in-8».
La farce de maistre Pierre Pathelin, suivie du Nouveau Pathelin^ du Testament
de PatheUn, de la Condamnacion de Bancquet, etc., p. par M. P. Lacroi.x.
Paris, Delahaye, 1859; vol. in-18.
Comptes de dépenses de la construction du château de Gaille«i, p. par M. A.
Deville. Paris, impr. nat., 1850; voL in-4*.
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(delwedd C0067) (tudalen a65)
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Les Vaux de Vire d'Olivier Basselin, suivis
d'anciennes chansons normandes, p. par L. Dubois. Caen, 1821; vol. in-12.
Les Vaux de Vire de Jean Le Houx, p. par M. Gasté. Caen, Le Gost-Clérisse,
1875.
Le Grand Goustumier du pays et duché de Normendie, p. par Guil. Le Rouillé.
Rouen, Nicolas Le Roux, 1539; vol. in-f».
Commentaires du droict civil, tant public que privé, par Guil. Terrien.
Paris, Jacques du Puys, 1.578; vol. in-f».
Journal ms. d'un s. de Gouberville, gentilhomme campagnard du Cotentin, de
1553 à 1562; œuvre analytique comprenant quel- ques extraits, p. par M.
l'abbé Tollemer. Rennes, Oberthur, 1880; vol. in-l8.
Même ms., publié in extenso par la Soc. des Ant. de Normandie, dans ses
Mémoires; voL in-4".
Grant et vrai art de plaine rhétorique par Pierre Fabri. Paris, Pierre
Sergent, 1539; plaquette in-S".
L'esclarcissement de la langue francayse, par Jehan Palsgrave; suivi de la Grammaire
de Giles Du Guez,p. par Génin. Paris, impr. nat., 1852; fort vol. in-4°.
Les Œuvres poétiques de Jacques de Champ-Repus, gentilhomme bas-normand.
Paris, Baehelin Deflorenne, 186'(f; vol. in-12.
Les Recherches et Antiquitez de la duché de Normandie, par Charles de
Bourgueville, sieur du lieu de Bras et de Brucourt. Caen, Jean Le Févre,
1588; petit in-8".
Les Recherches et Antiquitez de la ville et université de Caen et lieux
circonvoisins des plus remarquables. Caen, Jean Lefèvre, 1588; petit in-8».
La Nouvelle fabrique des excellents traits de vérité, par Philippe d'Alcripe,
sieur de Neri en Verbos. Paris, Jannet, 1853; voL in-12.
Documents relatifs à la fondation du Havre, recueillis et publiés par M. de
Merval. Rouen, Métérie, 1875; vol. in-8''.
Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine
normande, pendant les XVP et XVII« s., p. par M. Gosselin. Rouen, Auge, 1876;
vol. in-8°.
Cahier des États de Normandie (1539-16Û9), et documents relatifs à ces
assemblées, recueillis et annotés, par M. Ch. de Beaure- paire. Rouen,
Métérie, 1882; 2 vol. in-8''.
Journal d'un bourgeois de Gisors (1588-1612), p. par M. Le Charpentier.
Paris, Ducher, 1878; vol. in-S».
Les tracas de la Foire du Pré, facétie normande. Rouen, Maury, 1630, réédité
par M. Prosper Blanchemain. Turin, Gay, 1869.
Les diverses poésies de Jean Vauquelin, sieur de La Fresnaie,
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(delwedd C0068) (tudalen a66)
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publiées et annotées par M. Julien Travers.
Caen, Le Blanc- Hardel, 1869; 2 vol. in-8°.
Les Œuvres diverses en prose et en vers du même, p. aussi par M. Travers.
Caen, Le Blanc-Hardel, 1872; vol. in-S».
La prinse du Mont-Saint-Michel, de Vitel, p. par M. Eug. de Beaurepaire.
Avranches, Anfray, 1861.
Origines de quelques coutumes anciennes et de plusieurs façons de parler
triviales, par Moisant de Brieux. Caen, J. Cavelier, 1672; ouvrage réédité
par Le Gost-Clérisse en 1874.
Les Archives de la ville de Ronfleur. Notes historiques et ana- lyses de
documents extraits des Archives communales, par M. Ch. Bréard, 1"
partie. Paris, A, Picard, 1885; vol. in-S".
Histoire de l'Abbaye de Saint-Michel du Tréport, par F. B. Co- quelin,p. par
M. Lormier. Rouen, Métivier, 1879; vol. in-8'.
Journal du corsaire Jean Doublet, de Honfleur, p. par M. Charles Bréard.
Paris, Charavay, 1884; vol. in-8°.
Miracle advenu aux Andelys par l'intercession de Sainte Clotilde.
Réimpression d'un opuscule du XVII' s , faite par les soins de M. Lormier.
Rouen, Lanctin, 1870; plaquette in- 18.
Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l'Histoire du
département de l'Eure, par MM. Léopold Delisle et Louis Passy. Évreux,
Hérissey, 1863-1872; 3 vol. m-S\
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(delwedd C0069) (tudalen 0001)
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, ^'-l^af^trs-- . ■
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES
Tous les mots précédés du signe
-|appartiennent au patois normand (1).
Les mots en italiques, cités entre parenthèses, immé- diatement après chacun
de ceux recueillis dans ce dictionnaire , sont les mots anglais
correspondants.
Ceux de ces mots à la suite desquels ne se trouve aucune indication, sont
admis dans la langue anglaise courante.
Ceux qui en sont exclus ou qui y subsistent encore , mais avec une acception
ou sous une forme différentes, se rencontrent dans les ouvrages suivants,
signalés ainsi:
Halliwell. a clictlonary of archaic and provincial îvords. S*" éd., 4
vol. in-8'% IjOiuli-es, 187i.
Palsg. Palsgrave. Uesclarcisse nient de la langue
francoyse. Londres, 1530. Réimpro.ssioii faito par l'imprimerie nationale,
1852, 1 vol. iu-i".
Du G. riiLEs DU GuEZ. An introductorie for to lern.e, to rede , to pronounce
and to spehe french, Ireioly. Londres, liJSS. Réimpression à la suite de la
Grammaire de Palsorave.
(1) Ces mois sont donnés dans notre
Dictionnaire do ce palois (Cacn, 1887, gr. in-8° de cxlvi-716 pages); quand,
par exception, ils ne s'y rencontrent pas, on a toujours soin d'indiquer en
quel autre Glossaire du même patois il convient de les chcrchor.
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(delwedd C0070) (tudalen 0002)
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SlieiAV. Sherwood. A dictionari/ eafjUsh and
french.
Londres, KiT^, 1 vol. in-f'^.
Cotg. CoTGRAVE. A french and english dictionary.
Londres, 1673, 1 vol. in-f''.
Kel.. après une citation, indique qu'elle est em-
pruntée à l'ouvrage de Robert Kelham intitulé: A dictionary of the norman or
old french language. 4 vol. in-S", Londres, 1779. — Les mots en
italiques, dans ces citations, appartiennent au dialecte normand.
Ch.. après un mot anglais, aujourd'hui inusité, in-
dique que ce mot a été employé par Chaucer, et qu'il n'a pas été recueilli
par Halliwell.
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(delwedd C0071) (tudalen 0003)
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GLOSSAIRE
Aaisier. V. Aise7\
1. Aasmer {fo aim), v. a., viser, ajuster. Du lat. œsdiniare. V. Aasmer %
esme 2 et esmer.
C'est cil à qui l'om rien ne enible , Qui tost aasme e fiert ensemble.
Hkn., Citron, de Norin., v. 23053, var. III, 434.
Ce verbe, sous la forme émer , en anc. dial. esmer, subsiste en pat. norm.,
avec le sens de viser, faire le geste de frapper, acception que Palsgrave et
Gotgrave assignent en effet à esmer.
2. Aasmer {to aim. '), v. a., conjecturer, prétendre. Dérive aussi
d'œstimare. V. aasmer 1, esmer et esme 3.
Tu aasmas felunessement que je serai semblanz à tei.
LU), psalin., p. 07.
-|- Abafoué {ahafelled') , adj., bafoué.
J'te montrerai c'qu'une femme qu'est abafouée, Peut fair', quand à but ouUe a
'té poussée!
Rim.jers., p. 17!).
C'est l'adjectif participial (Vahafouer^ verbe que l'on rencontre aussi en
patois normand.
Si m'n oncle, en s'en v'nant d' la ville , Prend sa p'tite goutte es Rohais ,
A l'abafoue et l'acquille Coumm' un franc babinlonbouais.
Riin. guern., p. 29.
Abai {hay (1), ahay'), s. m., aboi, aboiement. V. le mot suivant.
Mais bien le sai
Que mult poise poi lor abai.
BÉN., Citron, (le Norin., v. 15870.
Vit une bisse od sun foun . . .
Par l'abai des bracez (chiens braques) sailli;
Il tent son arc, si trfiist à li.
Marie, Gugenicr, v. 92.
(1) Voir, quaiiL à rapliûivso do l'tt dans ce
mot . ce qui est dit dans lintioductioii.
-\-
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(delwedd C0072) (tudalen 0004)
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Abaier [to hay (1), ta ahhay'}. v. n., aboyer, du préfixe ad et haiihari.
aboyer. V. Ahai.
Cument, sire, jo sui vils cume cliiens à ces de Juda, cum cil ki est chief
des fols qui abaient vers David.
Les Rois ,^. 129.
Normanz dient qu'Engleiz abaient, Por la parole k'U n'entendent.
Wace, Rom. de Rou, v. 13204.
Abanduner (s') (to abanclune'), v. ré/f. ^ se livrer, se
soumettre.
Franceis murrunt si à nus s'abandunent.
Chans. de Roi., p. 80.
Bel pramist et bel parlast, mais felenessement le purpensed, que par ceo
David à mort s'aljandunast e sa mort vers le rei David n'aturnast.
Les Rois, p. 71.
Abasser (to abase), v. a., avilir, ravaler, abaisser, litté- ralement mettre
en bas. L'on rencontre les formes simi- laires, ahhassare en italien, et
abaxar en espagnol.
Si r mustrai Que corone ne li abasser Ne me vint unques en penser,
Ne jà frai.
Vin de S. Thom. de Cantorb., v. 708.
4- Abaubi [ahohhecl', ahaued'), adj. , ébahi, frappé d'étonnernent ,
littéralement rendu baube f c'est-à-dire bègue (2). Baube. du lat. balbus, se
dit encore aujourd'hui pour bègue en patois normand: bauber s'y dit de même
pour bégayer.
Rogier d'Estuteville ne fud mie lanier. Ne abobed de guerre, ne vilain
chevalier.
Chron. de Jord. Fant., v. 1288.
Abbayence [abeyance) , s. f., vacance , expectative , attente, du préf. ab et
de bayence , subst. fictif du verbe bayer, ouvrir.
Dans les anciens traités sur les coutumes normandes, on disoit qu'un droit
étoit en abbayence, lorsque personne n'en avoit la propriété, et qu'elle
étoit en dépôt aux mains du souverain; telle étoit la propriété d'un
bénéfice.
IloLAUD, Diet. de la coût, de Norm., I, 2.
(1 ) Même observation que celle consignée en
la note de la page 3. (2\ Looys, le fil Clialle le Cliatif. (\\n Loys le
Baiibes fu apelez.
ilfc. de» hnt. de Fr., VUI. 32C.— Chron. de S. Denis, an. 877. %
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(delwedd C0073) (tudalen 0005)
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% Il covient que tiel droit deinui't en
ubeiauce, durant la vie le tenant en taile.
LiTTi.ETON, IiisL. secl. 649.
Abbeie, Abeie (abhei/), s. f., nbbaye, monastère. Du lat. aJihatia. Le mot est
de deux sj^llabes en dialecte normand; il s'est maintenu tel en anglais. S'il
se rencontre quelque- fois de trois syllabes dans les anciennes poésies
normandes, c'est à titre de licence poétique, pour les besoins de la mesure
ou ceux de la rime.
E se alquons meist main en celui qui la mère Yglise requirit, se ceo fust u
abbeie u yglise de religion, rendist ce que il i avereit pris e cent sols de
forfait.
Lois (le Guil., 1.
A nune d'abeie ne volt pur rien desplaire.
Cliron. de Jord. Faut., v. 1139.
Abbuter {to ahut, Slierw.), v. w., aboutir à, confiner à.
La place Raoulin Vimart. .. abbutant d'un costé à une voydc place, d'autre
costé Jehan Perler, d'un boult, etc.
Pi: l'crl). de 1534, cité dans les Dov. relatifs à la fondation du Havre, p.
232.
Actuellement encore en Normandie, on dit, dans le même sens, abouter. Cette
autre forme appartient aussi à l'ancien dialecte:
Un maresc... aboutant d'un bout aus marescz de l'abbé de Fes- camp. . . , et
d'autre, etc.
Charte de 1336, cilée par M. Delislo dans ses Classes ar/rieoles en Nor/n.
au. mot/, àç/e, p. 291.
Aboute d'un bout à Perrot du Manoir et d'autre bout à Pierres du Pont.
Autre de 144(1, du Cai-(ul, jle Lisieux, P 29.
Abeiance. V. Ahhayance.
-f Abet [hait (1), appât; abetenwnf,, provocation, excitation), .y. »i.,
appât, amorce. V. Abéier,, abette , encouragement, incitation, Kel. En ancien
dialecte, abet avait le sens métaphorique de ruse, mauvais tour:
Li deables qui sait tant d'abet.
Mir. de la B. M. V. Duc, Ahhr/uin.
Abéter {to bail (2), amorcer; lo abet, provoquer, exciter, encourager), v.
a., amorcer; mot d'origine scand.; en island. J/eita, attraper. V. Abet,
beter 1.
Oez cume le cuilverz l'abete.
BÉN., C/tron. de Norni., \. 1S3.')2.
{ 1 1 Même ul)sei-\alion que celle consiiniée sous ia note de la page 3. (2)
Mèrne nhservaiidn.
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(delwedd C0074) (tudalen 0006)
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— (j —
Le patois normand de Giiernesey, qui dit héte pour appât, dit de même heter
pour amorcer.
J' balais hier d'un long brin d' verm
Un d' mes haiins (hameçons) au large d'Herm.
Met., Divtioii. franco-nonn., p. (i6.
Abeyance. V. Ahhayanee.
Abilité {ahility), s. /"., capacité, pouvoir. Du lat. habilitatem.
Il m'est force que vous révèle Partie de mon abilité; Gens pleins de vice et
de cautelle, Fais sembler cens de dignité.
P. GniNG., I, 109.
Doibt justice avoir regard (lorsqu'elle applique la loi à des mi- neurs ayant
plus de 14 ans ), faisant la condamnation, à l'abilité de leur sens.
Le Rouillé, Gr. Coiii. de Norm., î° xcvij i-°.
Abillements {abilinients ', habiliments), s. m. pi., équi- pages, toutes
choses nécessaires pour certaines entreprises ou opérations.
Et si y gaigneront grossez finances et des canons, bombardes et autres
abillements de guerre.
I'. Cocnox, Chroii. norm., p. 2!Jf), éd. de BoMurcp.
L'an dessus dit (1544), le sire de Secalles, acompaigné de bien viii mille
Anglois et aultres, mistle siège devant le Mont S. Michiel, où il amena les
plus divers abillements qui eussent esté de tout le temps de ceste guerre.
CIn-ijii. i/u Monr S. Miili., p. 3.5.
Abiller {to abill'}, v. n., mettre en état.
Comment led. seigneur fit abiller le chastiau de Richerocque.
<» Li^ ('aïKAVÙ.'ii (titio du cliap. l\xi\ I, p. 141.
Abiteor. V. Ain (ère.
-f-Abiter [tu ahycle, Palsg.) , v. «., liabiter, demeurer. loger.
Cil qui à Roem abitoent... Virent les multitudines granz.
Ben., Chron. <lc Norm., v. 3081.
E vinc ici à cest hermite Ki en suu celé roche abite.
Vir ,1c s. Gile, V. IH'K
+ Abitere, Abiteor [ahider, Slierw.), s. m., habitant. Du lat. hahiialor.
Chantez al Seignur, abitere de Sion.
Liv. des P.^., IX, 11.
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(delwedd C0075) (tudalen 0007)
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Duiic a li dux coiiiandé Que trestot li
abiteor... Scient niaadé^ nul n'i reniaigne.
BÉN., Chrun. de Nuriii., v. ISIS.
-{-Abominer {to ahominate)^ v. a., détester, avoir eu abomination. Du lat.
aboniinari.
Telle viande abominad l'aneme d'els.
Li/i. ])■•<'(/ III., \>. un.
Les anges abhominent et desdaignent ordure desordonnée.
Al. Cii.Miï., l'b'sp., p. 3.54.
D'argent je n' m'en s'cie guère, et m'n esprit abomine L'ieil brillant qui
crastille, en trachant les frumines.
Biinca (jucriu, p. IIU.
-f- Abot {cibocle^ part, de to abide (1), maintenir; ahood', resté, demeuré),
s. m. , espèce d'entrave que l'on met au pied des chevaux, laissés dans les
pâtures.
La Lisabeau, la Lisabeau A pilvaude, a clabaude; Au pid mettaiz li quiqu'
abot; I faut qu' no l'enhalaude.
MÉï., DicU'jii. l'rr(nco-narm.,\). 203.
D"où le verbe normand ahoter , entraver, mettre un abot.
Le '2 juin 45.56, Symonnet fut à la forest et plusieurs compa- gnons, et
prindrent la blancbe Nasille (nom d'une jument), son poulain noyr d'antan et
ung poulain abboté, qui estoyt échappé l'autre jour.
Jotirii. </i( .s. </<' (iouhrrr/llc. p. 389.
-f Abouter. V. Abhuter.
Abrieger {to abrygge', to abridge), v. a., réduire, dimi- nuer, contraindre,
gêner. Du lat. abbreviare. Brevis, l'un des radicaux de ce verbe, a donné au
normand, et par suite à l'anglais, le subst. et l'adj. brief, dans lesquels
se retrouve aussi l'i substitué à l'e. V. Brief 1 et 2.
Jo vei ma gent destruire e mal qui nous abriege.
Chroii. (le J(jr(l. FiaiU., v. 12<)8.
Absconser. V. Ascons.
Absolu [absoliUe '), adj. , absous. Du lat. absolutus .
(Il Le mémo verbe, sdus la {onnc nlii/f/i/ ,
l'^i iloiuié par ilalliwell avec le MIS (l'ai-rêler, leteuii', eonlenir,
assujeldr, attaehor.
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(delwedd C0076) (tudalen 0008)
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— 8 -
El tens seint Patriz par licence Pristrent li plusur pénitence; Quant ils
esteient bien absolu, Si vindrent là où liers fu.
Marie, Purg. v. 351.
Le mot subsiste, en patois normand du Lieuvin,
dans la dénomination du jeudi de la semaine sainte; ce jour là se tient à
Lisieux une foire que les cultivateurs des environs appellent « la faire du
jeudi absolu ». c'est-à-dire du jour où l'on donne aux communiants
l'aljsolution générale de leurs péchés.
Absolute [ahsolvte') adj., absolu. La persistance dut étymologique est à
remarquer, aussi bien dans ce mot que dans le suivant.
Le plait n'en sera plus délayé, s'il n'est ainsy que celuy qui appelle le
garant s'arreste à garantie absolute ou à contribution.
Or,/. ,lu Piu-l. de Norm. de 1515.
Mais s'il s'arrestoit à garentie trenchée et absolute... il ne seroit puis
après receu à prendre la défense.
Terrien, Comment, du dr. norm.,ip. 371.
+ Absolutement [ahsolutely) , adv. , ab.solument. Du lat. ahsoluta inente. V.
le mot précédent.
Se (l'héritier) en icelle succession se boute absolutement, il sera debleur
redevable et responsif de toutes les debtes que le defunct debvoit.
Ord. (la Pari, de Xorm., Ae 1515.
Et dient que le texte ne s'entent point qu'il ne puisse tant abso- lutement
vendre son héritage s'il luy plaist, ait nécessité ou non. Le Rouillé , Gr.
Coût, de Xorm., i° xlvij v".
V. les formes similaires déceatemeat, diffère atement^ indifférenternent ,
innoce atement, prudeniement , patientement , précédenfement , violentement,
etc., dans toutes lesquelles, en normand comme en anglais, subsiste ce t
étymologique , comme il subsiste en français dans présentement, lentement,
etc.
Abuisser (ta iihuy '), r. a., llécbir, incliner le corps.
A la planche (passerelle) vint, sus monta; Ne sai dire s'il abaissa, U
esgrilla, u meshanea, Mais il chaï, si se neia.
Wace, Bom. de Rou, v. 5532.
garrons à pié passa par devant eus, qui s'abuissa d'un piet et à (avec)
l'autre se retint.
Ane. chron. de Nvrm., cilée eu uoie, 1. III, p. 83 de la Ckron.dc Benoit de
Sainte More.
Abundance (ahundance), s. /".,
aboiidRiice, pros})ôrité. Du lat. ahundantia. En espag. abundancia, en
})i'ov. hahun- dancia, en ital. ahlnindanzia.
D'eus i ont si faite abundance E si très grant multepliance, Qu'en clous
poples se devisèrent.
BÉN., Citron, de Norin., v.;^85, p. 16.
Abusion (cibusion'), s. f. , abus, fraude, tromperie. Du lat. abutione)//,. %
Je ne vueil avoir que la grâce Du Créateur, il me suffist, Sans penser au
mondain profist, Où il n'y a que abusion. Le Mi.<t. (le la Coiieept., dans
la Coneejit. N.-D. de Wace, p. IDO.
Et qui n'y vouldra concéder On congnoistra l'abusion.
r. GiuNG., I, 235.
Abuter. V. AbbiUer.
-f- Acater (to acale, Gh.) , v. «., acheter. — Acat, achat; acatour,
acheteur. Kel. Du lat. ad captare.
Dist qu'andeus les acatereit Ou anbedeus il les lairreit.
Makie . Fahle .55.
S' aulcun (mari) terre acate, qui doie
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(delwedd C0077) (tudalen 0009)
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Venir à sa femme par voie
D' éraige (d'héritage), et dont el fu prochaine
A révoquer la vente plaine
L'acat au mari demourra.
Coat. de Nonn. envers, \>. 133.
Il te faoudra étout un gigot d' mouton;
Tu pourras l'acater du bouanhomme Denison.
Rimes /ers. , p. II).
Accepteur (acceptor) , adj.^ qu' fait acception de, qui a une préférence
pour.
Dieu n'est accepteiu' de personne; et, quand il lui plaist, il jette les
Iléaux de son ire autant sur les grands que sur les moindres, et n'y a aucun
qui puisse résistera sa volonté.
DE BnAS, Reeh. et aiit. de la ville de Caen, p. 1-5!).
+ Acclamper {clamp, crampon; to clamp (1), emboîter) r. a., attache)', tixcr.
Cot;.4rave donne le mot, avec la même aoco[)tion, comme normand.
(1) Même observation que celle consignée en
noie pa^ie 3.
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(delwedd C0078) (tudalen 0010)
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-^10 —
Accoiser (lo acoye, Palsg.), v. a., calmer, litléralement rendre coi
(tranquille).
En sorte qu'il me faut malgré moy reposer, Pour essayer un peu mes esprits
accoiser.
Champ-Repus, Œuv. poét., p. 16.
Une autre forme normande de ce verbe, beaucoup plu.s ancienne, est aquiser.
Franceis se taisent; as les vus (les voici) aquisez.
Chans. dn Roi. p. 23.
Accompaigner. V. Acumpaigner.
Accordance. V. Acorclance.
Accoustumance {accustomlng, Cotg. ), s. /"., coutume, haljitade.
Mais plusieurs font accoustumance De terre fayre relevance.
Coût, ili' S or m. en v.. p. 85.
Et la court ordinaire augmente dans Paris
Ce malheur, tellement que, par accoutumance,
Beaucoup ont fait vertu de cette sotte usance.
V.\UQ. DE L.A FUE^jX., Sut., p. 167.
-|- Accouver -s') (to coicer (1), v. réfl., .s'accroupir, du lat. accuhare.
-\- Accreitre. V. AcreUre.
-\- Acertainer [ta acertain. Sherw.; to assertayne, Palsg.; lo ascertain), v.
«., affirmer, assurer.
Tu quiers chose que nul ne puet trouver, et veulx estre acertené de ce que
Dieu a laissé doubteux.
Al. Cm w.r., /'E-'-p., p. 377.
Hz s'en retournèrent hastivement devers le roy et luy acertai- nérent que
ledit Belfort et son ost passoient au susdit passage.
CoLsi.NOT, Chi-on. (le la Put-elle, p. 329.
Achaisoner. V. Acoisone7\
Achateor {achatour), s. m., acheteur.
Se l'en doute du verai pris, l'en aura leserement du vendeeur et de
l'achateor.
Mai;n., Établiss. ilel'Eeldq. de Norin.,^. 106
Se rattache à achater, ancienne forme normande de ce verbe: d'où le fr.
achat.
(\) Même oli;>ervaiion (jue celle consignée
en note page 3.
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(delwedd C0079) (tudalen 0011)
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— 11 —
Quant David out la place achatée, un altel i levad.
Les Floi)<. p. 21f).
Les fermiers sont tenus à achater, paier et planter sur les terres derny-cent
de jeunes pommiers.
B'iil </e 15il, cite par M. Ch. de Beauiiei>aiue dans ses Notes et doc.
sur In Norrn. p. 83.
Cette forme est restée en usage à Guernesey:
De ses deniers assez li bailla Por achater de la vi taille.
MET., Dict. //: tioiiiu., p. 498.
Achesoun, Achaison, Acheisun (achesoun), s. /"., rnison, cause, motif. —
Acheson, achaysson, occasion. Kel. V. Acoisoner, occasiim, enchaison.
Li firent les eus à tort crever, Sanz actiesoun.
Vie <le S. Thom. de Cant., v. 1259, \i\\:
Sainte Amertruz li leus out non, Ceo truis, puis, par ceste achaison.
BÉN. CItroti. lie Nonn., v. 3071.
ïut sul es acheisun de cest grant mal.plener.
Vie de S. Aub((n,y. \(A2.
Achie. V. Haschée.
Achiever {to achieve)., v. a., accomplir, exécuter, littéralement mener à
cJùef (au but).
E dit li reis Willame: « Si Deu nus volt aidier,
Cest conseil est metable (convenable), si l' l'einies achiever.
("liron.de JoriL Faut ., v. ()21.
Quant il entreprint l'emprise, qui (qu'il), se Dieu plaist, achievra et (qui)
viendra à son honneur et proufît.
Le Canarien, p. 'S\.
Achois {ache, douleur, mal; aches', convulsions), s. m., convulsion. V.
Haschée.
Il (un agonisant) avoyt desja heu ung des achoys de la mort. Journ. dus. de
Goubereille, p. 832.
Aclore {to acloye*) v. a., couvrir, envahir.
En mi le munde siet la terre; Que rOccéan aclot e serre.
Hén., C/iron. <(e Norm.. v. 35.
La terre e le ciel tôt ardra Nule chose ne remaindra. La mer que tôt le mond
aclot, Et ses eves e tôt li flot Repaireront tôt à nient, Si cum fu al
comencement.
Adn.n^ p. S3
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(delwedd C0080) (tudalen 0012)
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— 12 —
Acoiilir, Acuillir {to accoil'), v. a., hâter, presser.
Lors s'en retorna Rou, siglant vers Normendie; Amont Saine a sa veie (course)
à Roem acoillie.
Wace. nom. de Rou, v. U2(j.
Sa voie acoilt par le boscage.
ViedeS.Gile,\Aih~i.
Devers Dol en Bretaigne ad la veie acuillie.
Chron. de Jord. Fant., v. 206.
Acointer. V. Acuinfer.
Acointier (to acquaint, Sherw.), t\ a., communiquer.
Baut ( Bathilde) pooit dez or mez desduit (plaisir) d'ome acointier
(c'est-à-dire était nubile).
Wace, Rom. <(e Rou, v. 4308.
Acoisoner, Achaisoner (acoijsinr/', accusé), i\ a., accuser. Du Las lat.
occasionare, achaisonare, v. Duc. — Achaisoner, achesson/ier, accuser. Kel.
Eissi senz cupe achaisonanz
Fu li quens Tiebauz mauveiUanz.
BÉN., Citron, de jXorm., y. 20559.
Rois, g'ai amé un tien vassal, Yéez le là, seignor Lanval. Acoisonez fu en ta
cort, Ne voeus mie que mal li tort.
Marie, Lanval, v. G09.
Acompaingner. V. Acumpaigaer.
-\- Aconnaître [to acknoivledge), v. a., reconnaître. Du lat. aclcognoscere.
Le pat. norm. n'use généralement de ce verbe que dans la locution « se faire
aconnaître ». V. Conusant.
Je leur fis aconnoistre qu'il n'y avoit pas d'autres moyens de me dégager.
Jonrn. de J. Doublet, p. 58.
Aconseiller {lo accounsayV), v. a., conseiller.
Saluz vus mande e amistez, Prie ke vus l'aconseillez.
VirdcS. GiU; V. 32()1.
Aconsuir. V. Consuir.
Aconte, Acunt iaccount), s. m., compte. V. Acunter.
A conte li rend des évesqués E des riches abeiez e des citez Que en sa garde
out.
Vie de S. Thom. de CanC, v.559.
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(delwedd C0081) (tudalen 0013)
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— 13 —
D'acuntes, de tut el, de tute sergauatise
Et quite et franc del tut le demaunde l'iglise.
5'. Thom. leMiirt., p. 1!).
Aconter. V. Acunter.
Acontrer [acountre, rencontre), v. «., rencontrer.
Uns lous alout par le chemin, Qui l'acontra; si '1 mist souvin, Estrenglei
l'a, pois le menja.
Gl'Ill. de St-Pair, Eoin. du. Mont S. Aijic/i., v. 93.
Acordance, Accordance (accordance), s. f., accord, con- formité.
Mais neporquant en Deu est ma sperance D'icest mesfait char tôt iert
acordance.
A'/am, p. 43.
Est ordonné que quant doléance sera vu desja aura esté prinse pour sortir en
l'eschiquier des accordances des jugemens, les parties se présenteront, etc.
On/on. (le UEcli. de Noriu. de 1469.
Acorer {to acore), v. n., éprouver de la douleur, défaillir sous le poids du
chagrin.
Aveir en ont eu et pris
Tel, dont li cors de moi acore.
P)ÉN., Roman de Troie, v. 20G20.
Par poi li quers ne li acore.
In., Citron, de Norin., v. 3.5511.
Acostumier [accustomed, accoutumé), adj., coutumier.
Tut en riant li dit: Amis, Gis consaus sereit trop hastis D'otrier vus ceste
prière, Jeo n'en sui mie acostumière.
Maiue, Gageiner,v. 511.
Acouardir {to accoioardise, Cotg.), v. a., rendre couard, affoler par la
peur. V. Couarder.
Aux aises trop s'affetardissent, Dont les cueurs s'en acouardissent.
Ai.. Chaut., Le Lhi. de.s i/tt((!,re J)tniir.-<, p. (i(il.
Ce thébain monstricide, Hercule vertueux, En bref s'acoûardit, devenu
amoureux.
Champ-Repus, (Jiur. poét., p. 15.
Acourager. V. Acuragier.
Acoustoméement {accus tomably), adt\, linjjitncllcinont, d'une façon
coutunriére.
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(delwedd C0082) (tudalen 0014)
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— 14 -
Tant par ert pide e aumosiiiers... Qe sanz chaitis et sans prisons... As
quels il sostenoit la vie. . . Acoustuméement peûst A sa table demeinement...
Vif fh' s. Gré(,., V. 1317.
Acquitance. V. Aquilance.
Acquiter {to acquit), v. a., dégager, décharger, justifier.
Quant est-il de haulx hommes et de nobles dames, exilez de leur pays... pour
leur loyauté aquiter et garder.
Al. Ciiart. Le Quadriloçje, p. 424.
4- Acre iacré)^ s. ra.^ mesure agraire normande, restée en usage en
Angleterre depuis Guillaume le Conquérant, ain.si que dans les anciennes îles
normandes de .Jersey et de Guernesey. Cotgrave dit lui-même que Fticre est
une mesure normande. V. Perque 2, bande.
Acred se dit encore en Angleterre pour propriétaire fon- cier.
+ Acreitre {to accrease*), v. a., accroître. Du lai. accres- cere. Acres fre,
accroître. Kel. V. creître % âécreître.
Purquei volez ajuster pecchied à altre et acreistre les anciens mesfaiz?
Lf^s Rois, p. 398.
Molt par est fols ci qui sacreit
Plus sor autre que il ne deit.
GuiLL. DE s. Pair. Roik. du Mon! S. Mùl,., v. 2983.
Clie qui pu accret note désastre.
D. Feu., Muse iiorm.. p. 93.
Acrocher {to accroche'), v. a., rassembler, réunir.
Le baston pastoral Luy est baillé, selon le sens moral, Pour acrocher ses
ouailles esgarées.
P. GrtiNG., I, m.
Acteur [aclor. Cotg.) s. m., auteur. Du lat. actor, celui qui fait.
Gringore, donnant son acrostiche, le fait précéder de cet avertissement: (I
Le surnom de l'acteur sera trouvé par les premières a lettres de ce couplet
(1). t
Œuv. I, 141.-
(1 ) Au XVI^ s., le siiinom était ce ijuc l'on
appelle aTijourd'luii le nom de famille; le nom vrai était celui que l'on
recevait au baptême. Gringore était ainsi le surnom du poêle, et son nom
était Pierre. V. à ce sujet nos jt,Cuifes philoloyi'jues il'onoin'd.oluf/if
nortnan'le. Introduction, xvij.
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(delwedd C0083) (tudalen 0015)
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— 15 —
Comment mélancholie vient assaillir l'acteur et des maux qu'elle fait aux
esprits où elle habite.
Al. Cii.vin ., l'Esp., p. 2C)3, tiire du Clia]). i.
1. Acuillir (accueillir). V. Aquillir.
2. Acuillir (hâter). V. Acoillir.
Acuinter, Acointer [to ocquaint)^ v. a., avertir, informer, apprendre. Du
bas-lat. adcogaitare^ rendre connu.
Nuls n'est ki rien me vuille acuinter.
Lca Rois, p. 8G.
Si vus quiderunt engigner. De ço vus vuil bien acointer.
Marie, Piiri/., v. 743.
Acumpaigner (s'), s'acompaingner (to accompany, Sherw.), V. a., s'associer,
former société avec quelqu'un. L'anglais moderne tu accompany signifie
simplement accompagner.
Mult s'entremet de grant folie Q'à plus fort de lui s'acumpaigne.
Makie, faille 12.
Joachim à la teste ala, • ses voisins s'acompaingna. Por Dieu proir et por
ourer, Ala s'offrende présenter.
Wace, La Concept. N. D., p. 12.
Ce verbe a été usité aussi comme verbe actif:
Plusieurs des gens de guerre accompaignez avecques eux.
Al. Chaut., Hisc. </r C/>. VU, p. 78.
Acunte. V. Aconte.
Acunter, Aconter (to account), v. a., rendre compte de, faire compte de,
exposer, raconter. V. Aconte.
Vint as Franceis, tut lur ad acuntet.
C/iotis. tic Roi., p. 8il.
Ne savez acunter le blanc ne le vermeil, Tant i a gunfanuns cuntremunt le
soleil.
Ciivo». lie Jortl. Fnnt., v. 1358.
Ne vos i sai el (autre chose) aconter.
BÉN., Chroii. tir .\t>rnt.. v. .")l(i:.
Acuragier, Acourager {to accorage')., v. a., encourager.
Li pople de Israël fud acuragiez de faire le servise Deu.
Lt:-<R,>i.%Y. 21.
L'omme, qui est vertueux et acouragé, mesprise son riz et sa moe et ne doute
riens ses menaces.
Al. CHAin-.. l.fVtirittl, y. 3!)1.
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(delwedd C0084) (tudalen 0016)
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— 16 —
D"où l'adv. acoragiemenl, d'une laçuu eucoiirageante:
Ne quit qu'ovre fust emprise Plus très acoragiement
Bé\., Citron, ilf Xorm., v 27628.
-|- Acurer {to accurse).,v. a., maudire.
C'est merveille cum tu viz ore, Que tuz li poeples ne t'acure.
BÉN., Chroii. (le Nor-in., v. 3685.
Le verbe a été employé nentralement, avec le sens de s'affliger.
Jo n'ai pas trait m'espée, ne jo ne lui curt sure, Ne autrui baillerai la
croiz, ki qui akure.
.S'. Th. lie Cant. p. .58.
Acuséeur (accuser), s. m., accusateur.
Il doit respondre mot à mot et recorder toutes paroles à l'accuséeur.
Marmer, Eldblig. (le l'Edn(j. de ^iorni., p. 45.
Acustumer [lo accustom)., v. a., accoutumer.
Ne fud pas à tels armes acustumez.
Les Eoig, p. Ofi.
Addressement. V. Adresce.
Addresser. V. Aclrecer^adrescer.
Adès {aday, odays), adv., anjourd'luii, maintenant, présentement. Adet se
rencontre en patois normand, avec le sens de complètement, entièrement,
toujours, sens que le mot possède aus.si quelquefois dans l'ancien dialecte.
Pense de tei, fai te confés, Sace ta fin apresme adès.
Vie (le S. Gïle, v. 3095.
Ne doublez pas que tant s'en repent Ou'adès la terme à l'ueil li pent Quant
on l'en parle.
Miracle de -V. D. de RoherC le Didhle, p. H.
Adetid, Adetis Ho addict^ vouer à; addlcted^ adonné, Sherw.j, «dj., voué, consacré.
Se rattache au lat. addictus^ engagé, lié. Vouloir faire dériver adetid,
adetis, comme on l'a fait, de l'adj. addililius, nous semble une erreur; le
sens du mot s'y oppose. Addititius signifie, en effet, qui s'ajoute,
complémentaire; tandis que l'acception de addietus est en rapport exact avec
celle des mots qui nous occu- pent, comme l'établissent les textes suivants:
.
Sire Deus puissanz des hoz banis et des champiuns cumbatanz;
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(delwedd C0085) (tudalen 0017)
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— 17 —
si fust tun plaisir que veisses ma miserie e ma afflictiun, e tei membrast de
mei la tue ancele, que par ta pitied eusse fiz, dur- reiz le à tun servise, e
rasur ne 11 muiiterad le chief, mais tu dis à tei iert adetid. [Domine
exercituuw , si respiciens videris afflictionem famulœ tuœ et recurdatus mei
fueris, nec oblitus ancillœ tuœ, dederisqiœ servœ tuœ sexum virilem, dabo eum
Doinino om- nibus diebus vitœ ejusj.
Les HoLi, p. 3.
A ton servise est adetiz
E si seies seurs e fiz
Que le rei t'aura bien veillant.
ïuz jors mais dès or en avant.
Bén., Cliron. (h' N(tr/)t. v. 65(>5.
Adjection (adjection), s. f., addition, jonction d'une chose à une autre. Du
lut. adjecHoneui, addition, aui^nientation.
Si un tuteur (était condamné) en son propre nom, c'est-à-dire sans adjection
de ceste qualité de tuteur... il faudroit se pourvoir par proposition
d'erreur.
Terrien, Comment tliidr. norin.,]>. ~,\'i.
Adjournement {adjoumment), s. m., exploit introductif d'instance. Terme de
droit. V. Adjourner.
Si l'adjournement n'est fait en (à) personne, il conviendra deux défauts
deuëment prins.
Ordun. de VÉchiq. de Norm. do 1 i(j2.
La première, principale et plus substantiale partie de l'ordre ju- diciaire,
est adjournement, lequel a prins naissance et première introduction de droit
divin. .
Ofihin. <lu Pari, de Norm. de 151.5.
Adjourner {to adjourn, Sherw.), v. a., citer en justice. V. Adjournement.
Le donateur et ceux qui de luy auront cause... ne peuvent estre... adjournez.
Union, (la Pari, de ÎSorm. de 1541.
Si nostre hostesse nous faisoit adjourner Nous luy diron qu'il laisse passer
Quasimodo,
Et ho!
Chans. norm. du XV' s. Rec. Gasté, p. 75.
Adjue {to adjute'.iiiidev; du kit. adjutare, qui a le même sens), 5.
/"., aide. Dérive aussi du lat. adjuta, part. pas. fém. de adjuvare.
Si quereit adjue et soceors A ne sai quels enchanteors.
Vie de S. Grég., v. 2423
Adjuster [la adjust), v, a., arrêter, régler, fixer, déterminer.
2
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(delwedd C0086) (tudalen 0018)
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— 18 —
On adjusta les comptes, où il y eut une contestation de trois livres dix
sols, dont ils eurent un procès qui a coûté plus de mil livres en frais.
Juurn.de J. Doublet,'^. 235.
Admirai {admirai), s. m., amiral. V. le mot suivant.
Trois banères des armes de monseigneur l'admirai.
Déch. de 1340, cilée par M. Delisle dans les Actes norm. de In C/i. des
comptes, p. 261.
En cel an (1386)... en fut chief (delà flotte) Jaquez de Montour, avec
l'admirai d'Espaigne.
C/iron. du Mont S. Micliel, p. 17.
Admiralité (admirality), -s. /"., amirauté. V. Admirai.
Le principal siège de l'Admiralité de France est posé en ceste province (la
Normandie).
DE Bi:a:<, Revli. et ant. de lu ville de Cnen, p. 63.
Raoul Godefré, par cy devant procureur en l'Admiraleté.
Jnarn. du s. de Goubercille, p. 38, éd. A. de N.
Admonestement {admonishinent), s. m., admonestation, avertissement,
exhortation. V. Admonester.
Lors voisent les jureurs à conseil et soient gardez par loyal
garde, que leur vérité ne soit corrompue par mauvais admoneste-
raentz.
.4 ne. coût, de Norm., ch. 95.
Admonester [to admonish), v. a., avertir, inviter. Du bas- lat. admonestare,
corruption du lat. adrnonere. Adiuo- nester, en français, signilie faire une
remontrance, infliger un blâme. V. Admonestement.
Nous avons fait admonester plusieurs genzdebiende nous venir
trouver.
DE Br.\s, Rech.et ant. de la ville de Cuen,^. 11.
Jehan Gohel, sergent du Teil, vinst céans me admonester de payer à la recepte
du domaine des rentes deubs à cause des fîefïes faictes par Trexot.
Journ. du s. deGouberv. (28 juillet 1559), p. 509, éd. des Ant. de Norm.
Admortir, Amortir {to amortize; to amortisen), v. a., tomber en main morte.
Terme de droit féodal. Les biens amortis, non seulement étaient inaliénables,
mais ils étaient encore exempts de toutes charges publiques. V. le mot
suivant.
Les églises peuvent bien acquérir en leurs fiefz amortis, sans le
consentement du prince.
Le Rouillé, Gr. coût, de Norm., i° lij v°.
Ledit sieur (le roi François I") vouloit qu'ilz (les prélats et les
corporations religieuses) jouyssent et usassent plainement et pai-
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(delwedd C0087) (tudalen 0019)
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— 19 —
siblement de leurs franchises et exemptions des choses deuement admorties.
'rEuiviEN, Continent, du <(r. norin., p. 111.
Admortissement, Amortissement {amortizement)., s. «?., condition des biens
tombés en main morte, appartenant à des corps ecclésiastiques, 'soit
séculiers, soit réguliers, et non aliénables ni soumis aux charges publiques.
Ternne de droit féodal. V. Admorllr.
Ledit roy François, par ses lettres du 4 de juillet 1542, déclara que si les
archevesques, évesques, abbez, chapitre et clergé de Normandie nestoyent
tenus ne chargez, par le moyen de leurs admortissements, de contribuer et
envoyer au ban et arrière-ban...
Tekhien, Cuinincnt. t/a <h-. norni., p 111.
Les héritages que tiennent les abbayes et aultres gens d'église, par raison
de leurs églises, qu'on leur laisse tenir par longue possession qu'ilz ont
eue ou par amortissement du prince...
Le Rouillé. Qv. voii!. iIh .\'oriii., 1" lij r".
AdnuUer (to adnuV), v. a., annuler.
Ne suffiroit pas possession pour destruire et adnuUer le contenu es Chartres.
lu., ib., 1° cxxx v°.
Adober, Adouber {to dub (1); to aduhbe, Palsg.), v. a., armer chevalier. De
l'anc. allem. duhhan, frapper; à cause du coup donné au chevalier en
l'armant.
Cil qui del mur pierres jetoient, A grant dolor se desfendoient; De novel
erent adobé.
Wace. Roui, de Brut, v. G414.
Quand il fu venus en aé A chevalier l'unt adoubé.
M.\niE, Yucncc, v. ^li'J.
Adoler. V. Adouler.
Adornement (adomment), s. m., ornement, parure.
Des vertuz les beaux adornemens.
J. JoREi', Le Jard. salai., p. 182.
-f- Adouler, Aduler, Adoler {to addolorate),,v. a., affliger, chagriner. —
AfZo^e?", se lamenter, Kel. V. Deul., duler.
Unques mais en ma vie ne fui si adulez.
Cliron. de Jurd. Fant., v. 129.
11 en eirent si adolé,
Que rien en haut n'i ont chanté.
GuiL. de S.-P.mr, Rant. du Muni S. Mic/i., v. 1305.
(1) Voir, en ce qui louche l'aphéiise de Wt il.-ius uu certain nombre de
verbes, ce qui est dit en l'Introduction.
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(delwedd C0088) (tudalen 0020)
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■ — 20 — Triste, ploreuse et adoulée.
Pet. poùiûes du Mont S. Mich., p. 11.
EX l'héron du Grand-Marais S'adoul'ra au pid d'un saux.
Rimes guern., p. 170.
Adrecer, Addresser ito addresse, Gotg.), v. a., diriger, porter vers,
littéralement mettre à droit (chemin).
Et adreceras le juste [et diriges justwn] .
Lib. psalin., p. 7.
Ils eurent vent contraire et addressèrent leur voye en Espaigne et arrivèrent
au port de Vivieres.
Le Canarien, p. 5.
Adresce, Addressement, Adressement {address\ Sherw.; adressing, Gotg.j,
direction.
A vous vieng, dame, à vous m'adresce, Oui des pécheurs estes l'adresce, Et
confort des desconfortez.
Miracle deN. D. de Rob. le Diable, p. 56.
De l'aulne et du poix (poids) appartient au duc l'addressement.
Ane. Coût, de Norm. ch. xvi .
Le prince est la loy vive, l'ame et l'esperit des loix, qui leur donne povoir
et vertu, et, par son sens et adressement, les vivifie.
Al. Chart., VE.-<p., p. 318.
Adresce, addressement, adressement sont les substantifs du verbe adrecer,
addresser, cité plus haut.
Adrescer {to address?), v. a., préparer, machiner, combiner. Adrescer,
arranger. Kel.
Hoc purra, s'il vout, ses mesfez adrescer.
S. Tlwm. le Mart.,'p. 47.
Le verbe a été employé g.ussi comme verbe réfléchi, avec le sens de se
préparer, se disposer.
Del lut li a sa fei raentie; S'il ne s'adresce, il le desfie.
Wace, Rom. de Rou, v. 12350.
Adressement, v. Adresce.
Adulcer, Adulcier(^o adulce'), v. a., adoucir, rendre plus traitable. Du
bas-lat. addulcire, du lat. ad, à, et dulcis, doux, V Dulz.
A lor preière e à mes diz Seit adulcez sis esperiz.
BÉN., Chron. de Norm., v. 8798.
Le verbe a été usité aussi comme verbe réfléchi.
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(delwedd C0089) (tudalen 0021)
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— 21 —
Al supleiement des messages (messagers) S'est adulciez li proz, li sages.
BÉN., Chron. deNorm., v. 2863.
Aduler. V. Aclouler.
Aduner {adunation\ réunion), v. a., réunir. Du Uit. aclu- nare, rassembler.
Aduné sunt sur mei flaels (congregata sunt super me /lagellaj
Lib. psnlin., ]}. 41.
Adurer {toadure), v. a., consumer, brûler. Du lat. adu- rare.
Car mal n'en ist mes tôt dis bien adurez.
Poés. anglo-norm. ciliée par M. Meyer, Bull, de la Soc. dns anv, textes
(1880), p. 54.
La peine, l'ennuy et l'ardure,
Qui aspreraent en mon cueur dure
Et longuement jà a duré,
Par ce que je suis aduré.
En desplaisir et en tristesse.
Al. Chaut., Dhd. de l'am. et de sa dame, p. 7!ll.
Advancer. V. Avancer \. Adventure, V. Aventure.
Adversarie [adversary), s, ni.., adversaire, ennemi, Salomun fud adversarie à
ces de Israël.
Les Bois, p. 278.
Cunfundut seient... li adversarie de la meie aneme.
Lie. des Ps., LXX, 13.
Advertir {to advert), v. a., faire attention à, regarder, considérer. Du lat.
axlverlere, remarquer.
Geste croix fut desmolie, comme toutes autres, l'an des troubles pour la
rebgion (1562), par les protestants, sans bien advertir aux maux qu'ils
faisoient.
DE BuA.<, Reeli. l'i antiq. de la ville <le Caon.V- H.
Tellement que, le tout bien entendu et meurement adverty, il ne s'y trouverra
aucune répugnance (opposition).
Teruien, Comment, du dr. nor/n.. p. 31(i.
Advisement (advisement'), s. m., considération, raison, examen. V. Adviser.
C'est ung honteux vengement, Et se bon advisement Et piteux consentement N'y
mettent amendement Vous en souffrerez tourment Au jugement.
Al. Chart., Le lai/ delà Prdx, p. 546.
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(delwedd C0090) (tudalen 0022)
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— 22 —
Adviser (to advise), v. n., réfléchir, délibérer. Du lat. ad et viser e,
voir, examiner. Adviser ne s'est dit en français pour aviser qu'au XVP s. V.
Advisernent.
Après avoir, sur ce, fait auscUts depputez (des États) plusieurs
remonstrances... et que sur icelles s'estant rassemblez pour y adviser, ils
ont dit ne pouvoir faire plus grandes offres.
Cati. des Et. de Norm. de 1604. p. 48.
Advocacie {advocacie'), s. f., procès, débat en justice. Du hafi-lsit.
advocacia. corruption du lat. advocatio, plaidoirie, défense.
« L'Advocacie Nostre Dame ' est le titre d'un poème normand du XIV® s., dans
lequel il est rendu compte d'un prétendu procès porté devant Jésus-Christ par
la Vierge Marie, plaidant contre le diable. L'œuvre du trouvère est ainsi
terminée:
Pour cela, qu'en vaut le celer, Doit l'en livret apeler L'Advocacie Nostre
Dame, Quer el deffent le cors et l'ame De tuyt cil qui la veut amer Et à son
besoing reclamer.
Avocasserie, employé dans un sens diffèrent, et qui se dit pour mauvaise
chicane ou, par dénigrement, pour désigner la profession d'avocat, a été
admis par l'Académie dans la dernière édition de son dictionnaire.
AdTOultrise. V. Avulterie.
Advouson {advoivson), s. >/?., patronage, droit de présenter un
ecclésiastique à un bénéfice vacant. Terme d'ancien droit canon. Du lai.
advocationem , assistance, défense. V. Avoer., avoerie, avoez.
Tout patronage ou advouson... non seulemeat donnoit la faculté de présenter à
l'Église un ministre, mais de plus celle de soutenir les droits de l'Église
en justice el de juger les vassaux de l'Église. HoLARD. Z)('c'??o/!. de la
Coût, de Norm.. III, 433.
En tiel case covient que le patron eit fee simple en l'advowson, car s'il
n'ad estate en l'avowson, fors que par terme de vie...
LiTTLETON, Inst., sect. 528.
Aé. V. Eded.
Aegre (eager), adj., impatient, empressé, ardent. Du lat. acer, vif,
attentif. .
Il en sunt plus aegre de li turmenter.
Vie de S. Aubnn,v. 1624.
Aeisé {eased), adj., tranquillisé.
Meis jo ne sui pru aeisé.
Vie de S. Gile, v. 2547.
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(delwedd C0091) (tudalen 0023)
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— 23 -
Aeiscr. Y. Aiser.
Aesement, aisément (1) {easemenf, esement')^ s. m,, commodité, facilité. V.
Aiser.
A Mortemer se herbergièrent, Pur l'aesement des ostelz.
Waie, R,j,ii. <le Rnii, v. OOflO.
Es concordes et telles manières de fins, appartiennent à la justice à
ordonner des amendes, selon l'aisement des personnes et selon leurs
dessertes.
Ane. Cou t. lie Nonn ., ch. 8r>.
Aesmal [amell, Cotg.), s. m., émail. Kn bas lat. smaltum, de l'anc. haut
allem. snielzan, sniaUjan, foudre.
A robe d'or batûe et nusches d'aesmal.
Vled<3 S.Au.Ixin. v. 20.
Aestreindre (s') (astreyngcV, serré), v. réfl., se réunir, se rassembler. Du
lat. adstri7igere, resserrer.
Engleiz par place se aestreignent, Gels veient ke il ateignent, Et plus si il
poent s'esvertuent, Homes abatent, chevals tuent.
Wace, Ho/n. 'le Rou. v. 13tlO().
Afaire, Affaire, Afere {affere),s.f., mine, air, contenance; conduite;
caractère, état, condition.
Kl sui jo? e de que afaire, e de quel lignage, que jo seie gendre le rei?
Les Rois, p. 71.
Mult iert de grant affaire ("2) dan Humfrei de Boiin.
C/iron. lie Jord. Faut., v. 801.
A la pucele irai parler E tut m un afere mustrer. E ele me dira sun voler, E
jol ferai à mun poer.
Mauie, Elid.uc. V. (il."..
Afaitement (afatement'). s. m., manières, bonnes ma- nières, courtoisie. V.
Afailié.
Si ert de grant afaitement.
Wa(_-e, Rom. lie Rriir, v.:.'70ti.
(1 Aisément a été rejeté du français par
l'Académie. V. la 7' édition de son dictionnaire.
(2) (' Vers la fln de la seconde race, écrit Lacnrnc, la noblesse fut
attachée à la possession des fiefs; d'où peut-être l'expression homnin de
orand affaire, c'est-à-dire de grande condition, de grande naissance. "
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(delwedd C0092) (tudalen 0024)
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— 24 —
Cist sont bons afailemenz
E toz les bons enseignemenz,
Dunt hante riens est enseignée
Ne aprise e afaitié -
BÉN., Chron. de Norm., v. 7996.
Afaiter {affayted\ préparé, disposé), v. a., préparer, dis- poser. Du lat.
affectare, chercher, entreprendre.
Âfaited ad mes mains à batailles
Les Bois, p. 24.
Mi dei afaitèrent le saltier (Uigiti mei aptaverunt psalterium).
Liv. des Ps., CLI, 2, p. 292.
Afaitié, Aflfaité [affayted'), adj., instruit, bien appris, bienveillant. V.
Faitiz, afaitement.
Pur lui r'aveir unt pris messages (messagers) Afaitiez, corteis e sages.
BÉN.. Chron. de Norm., v. 4075.
Il fuist auxi piteouse... sage et bien affaité.
Brut d'Anylet., cité par M. Mever, Bull, de la Soc. des anc. textes, p. 187.
Afeblied, Afebleiez [affeehled'), adj., affaibli.
Li miens oilz est afeblied de afflictiun.
Liv. des Ps., LXXXVII, 9.
Respont Osmont: Mult sui iriez Dunt si estes afebleiez De jeunier ne de
veillier.
BÉN., Chron. de Norm, v. 14039.
Afere. V . A faire. Aferir. V. Afierir.
Afermer, Affermer {aff'ermid\ assuré; affermyng, affirmation, Palsg.), V. a.,
alRrmer, assurer. En prov. a/ftJr/««^r, en ital. affermare. L'on trouve Yi de
firmare, confirmare, pareillement changé en e dsins fermer et dans l'anc,
verbe confermer qui s'est dit pour confirmer. V. Confermer.
Par serement cen afermei.
Marie, Fable 4.
Si l'aferme lezechiel.
^4 dam, p. 71.
Confessons avoir eu et receu de Pierre Baille, receveur général de Normandie,
pour la parpaye de soixante douze livres tournois, à quoy montent vingt
quatre jours... que nous affermons en nostre conscience avoir vacquez en
certain voyage par nous fait à Va- loingnes et ou pays de Costentin.
Cliron. du Mont S. Alivh., pièces div. (XV' s.), II, 127.
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(delwedd C0093) (tudalen 0025)
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— 25 —
Affaicter {to afaiten"), v. (2., apprivoiser, dresser. Afifaicter un
oiseau, Cotg. Du lat. ajfeclare^ capter, attirer à soi.
Une colombe qu'il avoit affaictée à manger des pois emmiellez en ses
oreilles, vint à l'heure de sa prédication seoir sur son es- paule, portant
son bec à l'oreille du trompeur.
Al. Chaut., l'Etip. p. 350.
Affaire. "V. A faire.
Affaiter, Affaitié. V. Afalter, Afaitié.
Affecté [affected], adj., disposé. Du lat. affectatûs., vivement désireux. V.
Affection.
Les sieurs ecclésiastiques de ce temps là estoyent si bien zélez et affectez
en l'augmentation et manutention de ceste Université (de Caen), que bon
nombre des sieurs évesques et abbez de ceste province y firent bastir de
belles et amples maisons, pour y faire instruire et enseigner aucuns de leurs
religieux et escoliers.
UE Bras, Hcc/i . cr. iinrii/. de lu ville de Vaen, p. 222.
Affection {Affection., Cotg.), s. /'., disposition, volonté. V. Affecté. Du
lat. affectioneni, volonté.
Ayant une parfaite affection à la manutention et augmentation
de ceste ville.
lu., il)., p. 6t.
Les juges d'appel infirmoyent les sentences dont estoit appelé pardevant eux,
pour l'affection qu'ils avoient de retenir à eux la cognoissance des
matières.
Terrien, L'onunoiU du dr. norm., \>. ()3.
Affectueusement {affectuouslif)^ ado., avec passion, avec colère, avec
emportement.
Le dit Bertin disant ainsi: « Je veut bien que Gadiffer de la Salle sache que
si fut ausi ioune que moy, je l'alasse tuer; . . . si me monte ung pou à la
teste, je l'yré faire noyer en l'ille de Louppes. » C'estoit bien
affectueusement parlé contre celui qui onquez ne lui avoit fait fors que
amour et plaisir.
Le Ci(nnrieii p. 27.
Affermer. V. Afermer.
Affiancer. V. A fiancer.
Affiaunce, Affiance (affyaum-e': affiance, Sherw.j, *-. /'., foi, confiance.
— Affiaunce, confiance. Kel. V. Affer, fiance, afiance.
ïouz ceaux k'en luy ount affiaunce. l'nés.anglo-norm., recueillie par M.
Meyer, Bull, de In Sac. de.-< nnc. textes (1880), p. 77.
Les Canares le crurent parmy la seureté et affiance que eulx avoient dud.
sieur de Bethencourt et de sa compagnye.
Le Canarien, p. 22.
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(delwedd C0094) (tudalen 0026)
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— 26 —
Afficher. V. Afichier.
1. Affier (io afflancé), v. a., fiancer. V. A^er, 1 et 2.
Le pape Boniface... envoia à Paris le légat Mêlas (pour) qu'il dist au roy,
de par le sainct père, que il rendist au conte de Flan- dres sa fille, et lui
laissast marier à son vouloir où il l'avoit affiée.
Chron. norin. du XIV's., p. 2.
Mon dit seigneur le duc leur fait savoir. . . estre en sa compai- gnie et
avec luy aller devers très haulte et très puissante la prin- cesse afîyée et
qui, au plaisir Dieu, sera en bref la femme et espouse du roy.
Chron. du MontS. Mi<-li., pièces div. (XV s.), II, ITT
2. Affier (se fier à). V. Afier \.
3. Affier (affirmer) V. A fier ±
Affin {afpn.ecl), s. ni., allié. Du lat. afjinls.
Or avez vous de vos circunvoisins Prins les terres, voire par pillerie; Par
quoy n'aurez au l^esoing plus d'affins, Pour soubstenir la vostre seigneurie.
P. GiîiNG.. 1, 149.
Salut vous fays et révérence Car je sais par expérience Qu'estes nostre amy
et affin. Le Mi-st, d(^ la Coiv-ppr. dans La Convfjjt. \. D. <li- W'acc,
p. 1T.5.
Affiner. V. Afiner.
Affliz, Afliz {aflight').^ cidj., gêné, embarrassé, dans la
{leiiie, atïligé.
Xe sui pas onquor si affliz, Que jà mis escuz seit guenchiz.
V,v.s.,Rvm.dp Troie, v. 17027.
Se fu culchez e endormi Mult deshaitiez e mult afliz.
II)., Chron. de Norm. v. 1361.
Affliz, afliz, représentent le part. pas. de afflire, aflire., foinies
primitives du verbe affliger.
.\fflisis les pueples (afflixisti plèbes).
LU. de.-iPs.. XLIII, 1.
Affoler. V. Afoler.
Affondrer. V. Afondrer.
AfEre. V. Avre.
+ Affi^ei [afraye*, affraie\ affright), s. m., effroi. — Affrai, affrei,
effroi, terreur. Kkl.— A /fr?.?, dans la locution
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(delwedd C0095) (tudalen 0027)
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— 27 -
a les affres de la mort », ne serait il pas une autre forme du subst. ajfrei?
V. Afraier.
Afifunder. V. Afondrer.
Afiancer, Afiancier {to afpance, Sherw.), v. a., assurer, confirmer, rendre
stable. V. Affiaimce^ fiance, afier \.
Tote eissi fu l'ovre apaissée E de deus pars afiancée, A tenir perpetuaument.
BÉN., Cliron. ili' Morin., v. 28898.
Use il la cuvenance me volt afiancier
Ke fist le cunestable de Werc avant-ier. . .
Cliron. lie Jonl. Fant., v. 542.
Afiancer s'est dit aussi pour donner confiance:
S'en volt ostages, e vos f en enveiez U dis u vint; pur li afiancer, Enveium
i les lils de nos muillers.
C/ians. (le HoL, p. (i.
Aficher {to a/fichc), v. a., assurer, aiïirmer. Du lat. a/p- gere^ fixer. V.
Afier 2.
E Richart li jure et afiche. . . Ne n'iert Tuilliéres abatu, Se Drewes ne li
est rendu.
Wace, Rom. de Rou., v. 6845.
Car vos puis bien dire e aficher Cor i a terres e pais A dolor e à honte mis.
BÉN., Cliron. ilr .\orn>.,\-. hOm.
Afîchier, Afficher (to afficc), v. «., placer, fixer, alïermir. Même radical
que le mot précédent.
Et il pout à la terre ses dous piez aiiciiier.
.S-. Thom. le Mo.rl.. p. 100.
Baillizes sont perches mises et affichées debout pour signifier le chemin
propre aux navires du dict havre.
Doe.xitr la fond. <l(i H<irre, p. Wi.
-\- 1. Afier {to afye', to affie'), v. n., mettre sa confiance en, se fiera.
V. A/fier, aftez, afifiaunce, afiancer.
Bons chose est afier el Segnor.
Lih.jisalm.,^. 180.
Ne devez en nul lieu en sun cors afier.
Chron. lie Jonl. Fant., v. 1103.
A été usité aussi comme verbe réfléchi:
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(delwedd C0096) (tudalen 0028)
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— 28 —
E tant s'afie en sa prowesce Qu'il meismes se hurte et blesce.
Marie, Fable 76.
Des toutes choses est plus seines as justices que soy trop affier en leur
propre sen.
Britton-, Code, ch. 99, p. 389.
Est-i possibr! v'ià qui m'afige, de vrai!
Rimes jers., p. 112.
-2. Afier, Affier {to affie, Slierw.), v. a., affirmer, assurer. V. A
fiancer, affier.
Fantosme dit, e bien li vus afie, Ne se pensast à nul jor de sa vie, De
guerreier Henri de Normendie.
Chron. t/e Jonl. Fane , v. 074.
Qui bien ayme par amours, Loyaulment, je vous affie, 11 en yroit jusqu'à
Tours, Pour voir sa loyalle amye.
Clians. norin. du XV' s. Rec. Gasié, p. .57.
Afierir, Aferir ito ajfere*), v. n., appartenir, concerner, regarder. En
bas-lat. affirere, verbe que l'on trouve dans un texte du XIT*' s., du lat.
aff'errer, porter à.
I cee plaiz afierent à la couronne.
Lois lie G ail , 2.
Ententif erent à veneir (cliasser) Aloit plus assez que au mestier Qui
atereit à lor mostier.
Gun.. DE S.-Pair, Rom. dit Mont S. Mich., v. 1706.
Afiez [affied, Sherw.), s. in., allié, homme qui a engagé sa foi envers un
seigneur pour soutenir la cause de celui-ci. V. Afier 1.
Larrai le tut quite dedenz ces poestez Par itel devise qu'il iert mis afiez.
Cliron. de Jord. Fant., v. 229.
Afiner, Affiner {to affine' , épurer, éliminer ce qui ne convient pas), V.
a., apurer. Ce mot (apurer), nouveau dans la langue, a été substitué à
épui'er, qui est le vrai mot.
Pour afiner son compte entre le bailli et ledit viconte.
Compte de 1334, cité par M. Delisle dans les Actes norm. de la Ch. des
Comptes, p. 91 .
Ces présens comptes ont esté ouys, cloz et affinés par nous Mi- chel Hubert,
etc.
Doc. sur la fond, du Havre, p. 350.
Le même mot a été employé au sens propre:
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(delwedd C0097) (tudalen 0029)
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— 29 —
Pour curer autre foiz ledit puiz, pour ce que l'eaue nestoit point encore
bien afinée. . . xij s.
Compte (le 1340, cité par M. Delisle, i^.,p. 252.
Afliz. V. Affliz.
A flote (afloat), loc. adv., à flot. N'est usilé qu'en parlant des navires,
dans la locution « être à flot », c'est-à-dire se trouver dans assez d'eau
pour flotter, ne pas toucher le fond, et, avec un sens analogue, dans celle «
mettre, remettre à flot ».
Ke n'i fustmis à flote, ne batel ne chalant.
Vie de S. Auban, v. 790.
Afoler, Affoler {afoild', abattu, jeté à terre; to foil (4), faire échouer)»,
v. a., terrasser. — Sherwood donne à to foile, entre autres acceptions,
celles de « repoulser, affoler».
Il n'ad, la merci Deu, iie perdu ne guaigniez, Nul de sa maisnée ocis ne
afolez.
CliroH. de Jord. Fdtit., v. 1311.
Mais une serjant ne chevalier N'i ont des suens trovez occis, Neiez, afolez e
maumis.
Bén., Citron, de Norm., v. 9G11.
Se icellui suppliant se feust mis à défense, (ses agresseurs) l'eussent tué
ou au moins très griefvement affolé et blécié.
Chron. du Mont S. Mic/t., I, 252. pièces div.
Afondrer, Affondrer, Affunder [tofounder (2), y. «,, couler bas, enfoncer
dans l'eau. V. Fondre 1.
Maint en chaï dans l'ewe, ki son saoul en but, Et maint i afondra, ki relever
ne put.
Wace, Boni, de Hou, v. 4594.
Mes les gens de la garnison du Mont leur firent plus de dommage et à mer et à
terre, comme à gaigner leurs vesseaulx, affon- drer les aultres.
Cil l'on, du Mont S. Midi., I, p. 25.
En l'algue chiet, si afïunda.
Maiiie, Fable 90.
Afoundit, suivant Halliwell, se rencontre dans Cliiaucer avec le sens de
foundered.
Afraier [to affraye, Palsg.; lo aff'ray'; la affriyht)., v.a., effrayer,
épouvanter. Afraid se dit encore aujourd'hui en anglais pour effrayé. V.
Aff'rai.
(1) Voir en ce qui touche l'aphérèse de Va
dans le passage du normand à l'anglais, ce qui est dit en l'Introduction.
(2) Même observation que celle consignée en la note précédente.
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(delwedd C0098) (tudalen 0030)
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— 30 —
Cest essample lur volt mustrer Li seint Deu, pur els afraier.
Marie, Parg.,y.26d.
Agait. V. Aweit.
Aggreableté {agreeableness, Sherv.'.), s. f., convenance. V. Agréablement.
Faultes que l'en vealle appliquier En plédant ou en denunchant Ou en
quiconques pronunchant Par raison d'aggreablité, Plainne avoir doibvent
fermeté.
Cour, i/c yorm. en v., p. 1.54.
Aggresser. V. Agresser.
Agier (s') {to agg', exciter, provoquer; to aggie', être en débat, disputer),
v. réfl., s'attaquer.
N'en i ad cil as Franceis ne s'agiet.
Chan. de Roi, p. 214.
Agnition {agnition'), s. /"., reconnaissance, aveu. Du lat. agnitionem.
Je sais que l'agnition est un grand ornement dans les tragédies.
P. Corn., Dict. de la trcu/ .
1. Agraver [to aggravate), v. a., pousser à bout. Du lat. aggracare.
Et quant Francheis nés poient par force sormonter, Par plusors triceries les
(Normands) soient agraver.
Wace, Chron. ascend. des ducs de Sorm., p. 3.
N'il ne peult intrument trayre A agraver leur adversayre Qu'escu et baston
seulement.
Coat. de Norm. en v., p. 105.
2. Agraver [to aggrieve, Gotg.), v. a., accabler, grever. V. Agraver 1.
Le bastard d'Allenchon. . . devint grandement agravé par la doulleur de ses
playes.
Anchiennes cronicqucH d'EiKjleterre, ciléesdans les Mém. et notes de M. Aug.
Le Prevosl, II, 578.
En ceste province, les povres taillables sont tellement sur- chargés et
agravés d'impost, qu'il leur est impossible de respirer.
C(t/i. des Et. de Norm. (XVP s.), p. 44.
Agréablement {agreeahly, Sherw.), adv., au gré, à la convenance. V.
Aggreableté.
Et après que iceluy qui vend a receu son pris agréablement,
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(delwedd C0099) (tudalen 0031)
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- 31 —
soit reçeu le rappelleur et soit ouye la response qu'il vouldra dire.
Ane. coût, de .\onn. ch. cxxv.
Agréger (to agreg), v. n., appesantir, peser, accabler, pousser à bout. Du
lat. aggregare, réunir plusieurs choses et, par leur accumulation, peser.
Kar, par jurn e par nuit, agrégée est sur mei la tue mains.
LU), jiaalni., p. 38.
Idunc agreget le doel e la pitet.
Chnns. do Jiol. p. 184.
Agreier {to agrayde), v. a., dresser, disposer, orner, dé- corer, embellir.
Des uns frad ses prevoz e cunestables, des altres vileins, . . pur ses armes
forgier e ses carres agreier.
Les liuis, p. 27.
Item, ce jour (6 mai 1503) paye à (pour) agréer et drecher les terres de la
chappelle du parc, xlviii s.
Comptes du chat, de Gaillon, p. 49.
De agreier dérive le verbe français ragréer, qui se dit d'une ancienne maison
que l'on remet à neuf ou d'une maison nouvelle à laquelle on met la dernière
main. C'est le même verbe avec la particule réduplicative; l'étymologie,
jusqu'ici reçue, re, agréer., nous paraît donc inexacte.
Agresser, Aggresser [to aggress), v. a., attaquer. Du lat. aggressus, part,
pas, de aggredi. Les vocables congénères agresseur, agressif, agression, sont
restés dans la langue.
A qui auront recours les gens de bien agressez, assaillis, voire assassinez
par ceste calomnie, veu qu'il n'y a plus de loix pour la punir?
Vauq. de La Fresx., Oraisoti sur la calomnie, p. 23ti.
Celuy qui est aggressé est présumé faire tout pour sa défense.
Terrien', Comment . du il r. norm., p. .537.
Agriever, Agrever (to aggrieve, to agreve'}, v. a., léser, blesser, affliger.
V. Griever.
11 fu jugié que li fermiers Milesserit de son doere ne l'agrieve de riens par
aler en Engleterre, se ce n'est recordé en l'assise oîi il fu fet.
Maux., Établiss. de l'Écliiij. ileSorm., p. 113.
Et afin que plus agrevez •
11 fust, elle lui disoit: Telle
Maladie que vous avez,
Ne pourriez pas trouver mortelle.
Ai.. Chart,, Z,e Pari. d'Am., p. 701.
-|- Agriote (agriot, Sherw.; egriot), s. f., cerise sauvage.
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(delwedd C0100) (tudalen 0032)
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— 32 —
Ce fruit, cueilli souvent avant sa maturité, semble alors aigret. A la
désinence diminutive et a été sujjstituée celle iot, et au lieu de dire
cerise aigrette, l'on a dit cerise ai- griotte, dont on a fait cerise
agriotte, puis simplement griote. Nous préférons cette étymologie à celle où
l'on veut rattacher le mot à â^p'-o;, sauvage. Pour admettre cette
dérivation, un intermédiaire latin serait nécessaire; or cet intermédiaire
fait défaut.
Agu [aciite (1), adj., aigu. Du lat. acutas.
Brochet le bien de aguz esperuns.
CI, ans. ilf Roi., p. 133.
... les flors
Qui ont la foille aguë et lee.
Hist. de Guil. Le Maréchal, v. 599.
En anc. dial. norm., l'on donnait le nom de fevere ou fevre agiie à la fièvre
intermittente. L'anglais a gardé le subst. fever, pour désigner toute espèce
de fièvre; mais il a retenu seulement l'ad. agite, en omettant le subst.
fevere, comme dénomination de la fièvre dite intermittente.
Urine as feveres très aguës, ki ad ensement cum lie, u niule es- cumeuse, e
culur cumme fel, péril signefie. — Urine, es fevres aguës, ki est neire desus
e ad lie es funz, signefie frenesim!
PcC. tr. de inéii. en dial. norm., p. 5.
Aguait, Agueit {aicait'), s. m,, piège, embûche. Aguet, embuscade. Kel. V.
Aguaiter, Agueiteur.
Ici me donez tel conseil
Cum les aguaiz abate et fraine.
Bén., Clivon.de .Vorw.,v. 18029.
Deu le défende de mal aguait!
17c de S. Tlioin. de Gant., var., p. G19, c. i.
Affueiz pensât la tue langue.
Lw. des Ps., Ll, 2.
Par l'agueit de l'enemi.
Vie de S. Gile,v. 2520.
Aguaiter, Agueiter {to aivait, attendre; to await', guetter), V. n., prendre
garde, guetter, faire le guet. La forme usitée en patois est agueiter. V.
Aguait, agueiteur, aveiter.
Aguait et que il ravisset le povre.
Lib. pscdrn., p. 11.
(1) Cette forme a été employée au XIV* s.,
avec la sj'ncope du f étymolo- gique, par Nie. Oresme, évêque de Lisieux:
Uue lance ferrée et acue
£(/•., 62, dans Littri.
J
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(delwedd C0101) (tudalen 0033)
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— 33 —
Prist en cunseil que il freit les suens là e là embuschier, pur ces de Israël
aguaiter e damagier.
Les Rois , p. 366. Quant un jor la voie agueitot Par ont li papes passer vot.
Vie de S. Grég., v. 2453.
Agueitez vus encuntre hume.
Liv. des Ps., h\i, 3.
-f- Agucher. V. Aguiser.
Agueit, Agueiter. V. Aguait, aguaiter.
Agueiteur (aicaiier', surveillant), s. m., homme qui fait le guet, qui
cherche à surprendre, à tendre des embûches. V. Aguait, aguaiter.
Demeine mei en dreite sente pur mes agueiteurs.
Liv. des Ps., XXVI, 13.
-j- Aguetter. V. Aguaiter.
Aguiser {to aguise), v. a., exciter. Le patois normand dit agucher, dans le
même sens. Du bas-lat. acutiare, forme qui existe peut-être en lat., car on y
trouve acutiator, rémouleur.
Discorde mait (demeure) par tôt, l'un contre altre aguisé.
GuicHARD DE Beaulieu, Sermofi, p. 29.
Nostre appétit le vin aguise.
BassïTlin, Vau-de-Vire, lx.
Agwai. V. Avoeit.
Ahastir (s') {ahead, en avant), v. réfl., se hâter, s'em- presser.
Trop pesant fez prent et enbrace, Qui vers nos s'ahastit de guerre.
Rén., Roman de Troie, v. 5716.
-|- Ahoquer {to hook (1), v. a., accrocher, heurter. V. Hoc, hoquer, houquer.
L'ancienne forme dialectale est aocher ou ahocher:
En dormant le aochad.
Les Rois, p. 236.
Par si grant aïr le sacha, Qu'uns de ses deiz 11 ahocha A sa coife, e ele
dessire.
Hist. deGuil. Le Maréchal, v. 6745.
(1) L'aphérèse de Va, dans le passage du
dialecte normand à l'anglais, se rencontre fréquemment.
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(delwedd C0102) (tudalen 0034)
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—:u —
Ahuge, Ahugue (huge [i), a-hoiffht'),adj. ,gvànd, énorme.
La hanste fud grosse e ahuge cume le subie as teissures.
Les Bois, p. 62.
Trop fu ahugues, trop fu granz, Trop laid, trop gros et trop pesanz.
Wace, Boni, de Brut, v. 11691, var.
Aï, aïe, aye (ayed'), s. f.. aide, appui. Aie, aide. Kel.
E poisera lor il, se jo vos ai en aï?
Wace, Boni, de Bou, v. 2580.
Pur ceo sevent, n'en dotent mie, Que force, conseil, aïe N'aura par lui reis
Alestans.
Béx., Cliron. de Xorni., v. 4225.
Donner conseil, confort, aye.
Coût, de Norm. en v., p. 6f.
Aidance {aidance), s. f., aide.
Sur quoy, par les deffenses, lettres, moiens et aidances des dis Prieur et sa
femme, etc.
Ch. de /^6P, citée dans les Méni.ec notes de M. Aug. Le Prévost, III, 483.
Aidant [aidant, eydent'), adj., dévoué, secouraLle, vigi- lant, diligent.
Un chevalier out à l'estor, Qui out non Gautier le Veneor, Jenz e corteis e
sage e proz E un des plus aidanz de toz.
Bén., Cliron. de Xorni., v. 21574.
Lequel seigneur de Crouy fut fort aidant à ceste occasion au dit
comte.
Al. Chaut., HLst. de Ch. VII, p. 84.
L'on trouve dans Marie de France un mot similaire, dont l'acception est la
même et qui, comme en v. angl., est écrit avec un e initial (2).
Mult lui fud cil seint nun eidables.
LePurg.,v. 809.
Aiderre, Aidera (aider), s. m., aide, appui.
Ensement cume demustrement faiz sui à mulz, e tu aiderre forz.
Lili. psalm., p. 92.
(1) Même remarque que pour le mot précédent.
(2) Cette substitution de \'e à l'a se rattache à l'une des anciennes formes
normandes du verbe aider.
Bien pout eidier as suens ki là furent venu.
S. Thomas le Mart., p. 93.
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(delwedd C0103) (tudalen 0035)
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- 35 —
Iceo vos otrei, mei vivant, Mei aidere e défendant.
Héx., Çhron. de Norni., v. 10693.
Aïe. V. Aï.
Aiel {aier),s. m., aïeul. Du lat. aviis, i^ar une forme fictive avielus.
Un emfes dedanz aage (mineur) demandoit le requenoissant de la personne qui
fu derrenièrement présentée à une yglise par son aiel.
Marnier, Établis, de l'Échiq. de Norm., p. 99.
Si tes oncles sont trespassés Et leur lignage tout cassés, A l'aiel vient le
tenement.
Coût, de Norm. en vers, p. 73.
Aigre {aeygre, Palsg.), adj., rude, rigoureux. Du lat. acer, au sens de âpre,
cruel.
Moult estoient aigres sur le commun peuple.
Chron. norm. du XIV' s., p 141.
+ Aigullette {aygulet'), s. /"., aiguillette.
Le 14 octobre 1553, acheté à Caen, chez ung nommé Berot, des bouttons et des
aiguUettes de soye, pour 20 solz.
Joli m. du s. île Gouberville, p. 94.
Aigullette dérive à'aigulle, mot de patois qui a donné aussi aigulUe.
S'n aiguUe est terjous enfillie.
Eim. r/uern., p. 74.
Vieille sorilLe ouvre, à l'abri d'sa mandrille,
Une belle c'minsole au fouillot d'sen p'tit-fils,
Rit, haoute, rouane, baille et donne à nos grands filles
Sur la jonquère une aiguUie de d'vis.
Ib. p. 114.
Ainz, einz {alnce\ autrefois, anciennement), adv.., avant, auparavant. Du
lat. ante.
Il en fut ainz molt bel preié Que por nul d'els l'eit otreié.
GuiLL. DE St-Pair, Rom. du Mont S. Mich., v. 16G3.
Einz i ferai un poi delgerie.
Chans. de Roi., p. 26.
Notre adverbe se retrouve dans le français aîné {ante natus), et plus complet
dans alnsné, ancienne forme nor-, mande du mot.
Et la doibt l'ainsné frère tenir jusques à ce que le frère puisné {poit
natus) la requière.
Ane. vaut, de Norm., cli. xxvi.
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(delwedd C0104) (tudalen 0036)
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— 36 —
Plus anciennement, le mot en formait denx:
Hector ot non li ainz né fiz.
Bén., Rom. de Troie, v. 2921.
En patois normand, l'usage de cet adjectif subsiste, seu- lement Vs ne s'y
fait pas sentir: l'on prononce ain-né. — Gomp. l'angl. mod. eigne^ aine.
Ait {ayre*}, s. »i., impétuosité, élan.
E li dus les a fet rudement asaillir, E lancier, e geter, e traire, à grant
aïr.
Wace, Boin. de Rou, v. 2594.
Granz fu la flaml)e e grant Taïr, N'i pout nule riens garantir.
Béx., Chron. de Norm., v. 35381.
4. Aire (eeJr*), s. m., disposition, nature, condition, état V. Deboneire.
Mult resclaiment celui ki tone e ki esclaire, Ke de Rou les desfende, ce
félon aversaire, E des altres Xormanz, quer mult sunt de mal aire.
^^'ACE, Rom. de Rou, v. 1608.
Ne nos seies plus de mal aire, Kar bénignes e humilianz Sûmes à faire tes
talanz.
BÉN., Chron. de Norm.; v. 14815.
Càlixtus fist un g cimetière faire.
En la voye que l'on dit Apia,
Où les chrestiens dévotz, plains de bon aire
On enterroit.
P. Gring., I, 174.
2. Aire, ers {hersé), s. m., cercueil, bière. .
Li angeles estait après le aire Areuma, ki fud de ces de Jebus. (Erat autem
angélus Domini juxta arcam Areuna Jebusaei).
Lés Rois, i>. 218.
De la charcigne ist la flairors, E li ers est pleins de puors.
BÉN., Rom. de Troie, v. 12077.
+ 1. Airer, erier, erer (to ère, Palsg.; to ear), v. a., labourer, Dulat.
arare. V. Arer.
Il (le laboureur) a à travailler jour et nuict. . . à airer, à semer, bercer.
..
L.A. B.^RRE, Le FormuL des Esleus, p. 398.
Item, à Brunet. . . pour erier les terres. . . xviii s. viij d.
Compte de /J.?^, cité par M. Delisle dans les Acïes norm. de la Ch. des
Comptes, p. 44.
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(delwedd C0105) (tudalen 0037)
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— 37 —
Pour erer deux fois 4 acres et demie, 100 s. Compte de 1404, cité par M. Cli.
de Beauuepaire dans ses A'otes et doc. sur laNorni. p. 259.
-j- 2. Airer [to air), v. a., aérer, exposer à l'air, renouveler l'air d'une
pièce.
Depuis nous estre débarqués et fait airer notre navire et le laver avec de
l'eau de la mer tous les jours .. nous jouissions d'une parfaite santé.
Journ. de J. Doublât, p. 74.
Et tous leurs alliez levoient leur fier drapeau, Foulant le nostre aux pieds,
sur ceste cime airée.
J. ViTEi-, La Prinse du. Mont S. Michel, p. 33.
Aiseler {ashlar), s. m., grosse pierre dure, pour construire.
Entur le temple, de quatre parz, fud uns murs de trais estruiz de aiselers,
ki bien furent polis. {Et œdificavit atrium interius tribus ordinibus lapidum
politorum.
Les Rois, p. 93.
Aisément. V, Aesement.
Aiser {to easé), v. a., soulager, décharger, alléger. V. Aesement.
Truvad i une cave (grotte) grande, ù il entrad pur sei aiser, ut purgaret
ventrem, dit le texte latin.
Les Rois, p. 93-
Mais ci puet son cors aaisier E tut si autre chevalier.
BÉN., C/iron. de Norm., v. 21854.
Les povres fameilles veier et aeiser.
S. Thoni.lcMart., p. 136.
-\- Aisi [easy), adj., aisé, facile. V. Aisiement.
... A corriger n'est chose aisie.
P. Grixg., I, 331.
I n'y a rain d'pus aisi.
La Noav. aiinaie (Jersey, 1868), p. 18.
Rien, men p'tit cœur, n'est si aisi.
Rimes giiern., p. 78.
Aisiement {aisieliche*, easihj), adv.., aisément, commo- dément. N. Aisi.
Pour ce que encores (le chariot) ne povoit estre aisiement mené pardevers
icellui seigneur.
Chron. du Mont S. Mich.. Pièces div. (XV s.), II, 224.
Aisil [aisyir, ayselle'), s.?»., vinaigre.
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(delwedd C0106) (tudalen 0038)
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— 38 —
En la meie sei abevrèrent mei d'aisil.
Lib. psalm., p. 89.
Aissel {axle, axle-tree, assil-tree'), s. m., essieu. Du lat. axiculus, dim.
àtiaœis, essieu.
Sur quatre roes e aissels de araim fud chascune base asise.
Les Rois, p. 255.
-f- Aître, estres {aistre', estres'), s. m., maison, bâtiment. Du bas lat.
astruni, foyer, maison. Aitre. maison, pièce, logement. Kel.
Aorez le segnur en sun seint aitre.
Lib. psalm., p. 34.
Cist enclos fud apelez li aitres as pruveires.
Les Rois, p. 250.
Noblesse on a voulu mener Hors de ses lieux et de ses estres. Pourquoy? Pour
estre plus grans maistres. En telz gens ne se fault fier.
P. Gring., I, 50.
N'y a que moi
En tout cest estre.
Miracle de N. D. de Robert le Diable, p. 9.
Dans l'aître au ch'va les rats font leux sabbat.
Rimes guern,, p. 114.
Dans l'aître, à miniet, Où, coum nou disait Il 'taient à genouax, Tous à la
prière.
La Nouv. annaie (Jersey, 1872), p. 6.
Ajoster. V. Ajuster {s') 2.
1. Ajuster (to ajiist'), v. a., arrêter, déterminer, fixer.
Iluekes sunt andui lié et ajusté Kil serrunt mes amis en estabilité.
S. T/tom.leMart.,f. 133.
Les genz de France a ajustées E les granz osz desmesurées.
BÉN., Chron. de Norm., v. 3733.
2. Ajuster (s'), s'ajoster {to ajust'), v. réfl., se rappro- cher,
s'attacher.
Issi s'ajustent bone gent.
Vie de S. Gi7e, V. 1020.
Un trésor oi mult cier que o mei portai; J'el recui en baptesme quant o Deu
m'ajostai.
GuicH.\RD DE Be.\uliei.", ScrmuTi, p. 27.
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(delwedd C0107) (tudalen 0039)
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— 39 — Akurer. V. Acurer. Alaier (to allay), v. a.,
alléger, exonérer. V. Aleiance.
Seit forfait de Laxalite, si alaier ne se pot.
Lois de Guil., 41.
-|- Alas (alas), interj., hélas, cri de douleur. Du lat. a! lassiis.
Descunfis sunt mes enemis; allas que jo n'i ère!
C/iron. de Jord. Fant., v. 204.
De cesti Edward prophétiza Merlyn. . . que, en le comencement de son régne,
leecherie seroit moult usé, et il disoit voir, allas!
Brut. d'Enijlet., cité par M. M^ytv, Bull, de la Soc. des Anciens textes, p.
127.
Alascher {to nlacche'), v. n., entrer, se rendre, avancer.
En sus s'en traient, si alaschet la presse.
AlcjT., sir. 116.
Albe (albe), s. /"., aube, vôtemenl sacerdotal. Du lat. alba, .sous
entendu stola.
Clerc revestut en albes et en chapes.
Ih., str. 117.
Des armes u trait defension, Amit, alb, itol et fanon. Si se fist armer.
Vie de S. Thom. de Cant., v. 529.
Albê, dans Wace, désigne nn clerc portant l'aube.
Au chief de la nef se mostra, Et l'albé par non apela.
Concep. iV. Z)., p. 6.
Albun [alhyn*), s. m., blanc. Du lat. album.
Idunc la (plaie) lavez od albun del of.
Pft. traité de mcd. du XIV', publii' par M. l^oucherie, p. fi.
Aie {alecl\ aleide'), anéanti, détruit.
Les granz choses qui erent unes, Les parties e les comunes Sunt totes à
neient venues, Totes alées e perdues; Les églises sunt dégastées Degerpies e
désertées.
HÉN., Chroti. de Norm., v. 605!).
Aleiance (allayincf), s. f., adoucissement, allégement. V. Alaier.
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(delwedd C0108) (tudalen 0040)
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— 40 —
Car juge doibt à ce entendre Diligaument oyr emprendre, Si que il doint au
non coupables Aleiance, et soit favourables. Rigueur aux aultres soit donnée
Ordre de droit tous desgardée.
Coat, de Norin., en v., p. 110.
Alemande (altuond), s. /"., amande. En espagn., almendra; en V. angl.,
almandin', fait d'amandes.
E alemandes e alies
E autres fruiz assez plusurs.
Vie de S. Gile, v. 1926.
Se il avient en mercherie mellée, qui est apelée euvre de forge, Gauches,
linges, soie, cuireins et autres choses que le poivre et le commin et les
alemandes et la chire et d'autres teles choses, qui sont portées ovec la
mercerie mellée desus dite, à col ou à cheval, ne doivent rien de coustume.
Coust, de la Vie. de l'Eaue de Rouen, art. 12.
Algier, Algeir {algere', dard, harpon, servant à la pêche), s. m., lance,
dard, javelot.
Un algier tint ki d'or fu enpenet. Férir l'en volt, se n'en fust desturnet.
Li reis Marsilies ad la culur muée De Sun algeir ad la hanste croUée.
Chans. de Rol.,^. 203.
Allant {allant '). s. m., étranger. V. le mot suivant.
Ne voleient aveir sur els rei si puissant,
Ainz voleint aveir entr' els un allant
K'il puissent le detraire ça et là cum enfant.
S. Thom, le Mnrt.,p. 214. Append.
. 1. Aliène {alien), adj.^ étranger. Du lat. alienus. V. Allant.
Filz fies deduiz par aliènes terres.
Alex.,%iT. 84.
Cil sunt estrange e aliène.
BÉN., CJiron. de Norm., v. 11085.
2. Aliène {allen, Cotgr.), adj.^ étrange, inusité, e^j^raor- dinaire. V. le
mot précédent.
Seroit il aliène et inconvénient (peu convenable) de le prendre et entendre
comme les jurisconsultes?
Terrien, Comment, du dr. norm., ■p. 711.
Allas. V. Alas.
Allée {allei/, Sherw.), s. f., galerie, partie d'un édifice sur laquelle on
circule à ciel ouvert.
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(delwedd C0109) (tudalen 0041)
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— 41 —
Pour vi journées de Colin de Cheuz, couvreour, pour... fester les allées du
haut des combles de la dite tour.
Compte <Ip 1345, ci(é par M. Delisle dans les Actes norm. de la Ch. des
Comptes, p. 326.
Pour couvrir- eu danjon sur la tour saint Michiel et entre les alées de la
dite tour et la tour devers la maison Bernart Chopillart, devers la meir.
A utre de 1348, cii6 par le tuême, ib., p. 367.
-f- Allicher, Alliquer {to alliciate *), v. a., allécher. Du lut. allicere,
attirer, exciter.
Et fuyez comme lui les blandices, les chants Des monstres d'Achelois, qui de
tous allicliants Tirent les mariniers de leur nautique ofice.
Champ-Repus, Œuv. poét., p. 85.
D'où le substantif alUciment.
Résultat des indeuës sollicitations, blandissements et allicimens dont le dit
prestre avoitusé envers la dite femme.
Tehrien, Comment, du dr. norm,, p. -183.
+ Allouvir (to allowance, mettre à la ration), v. a., af- famer, un enfant
allouvi se dit d'un enfant du premier âge, qui manifeste le besoin incessant
de manger. Dans les cam- pagnes, on donne souvent à ces enfants, pour tromper
leur appétit, un morceau de lard à sucer.
Ches meurs de faim de l'Espagne allouvie,
Qui, dans nos camps, viennent chercher leur vie.
D. Feu., Muse norm., p. 210.
AUoy {alloy), s. m., alliage, mélange.
Si tu es beau et de belle faconde. Se sens, raison, engin en toy habonde, Ce
vient de Dieu, tel le tien et le croy. Riches, povres sont faiz tous d'un
alloy.
P. Gring., I, 1.5.
Alluchier [to allure), v. a., attirer, séduire, entraîner. Du lat. allucere,
briller auprès.
Comme te puet si alluchier la lescherie des deliz (plaisirs) de ce
monde.
Al. Ciiart. , l'Esp., p. 335.
Almarie (almarie', ahneri/, Palsg.), .s. m., coffre, tronc, armoire. Du lat.
ar)nariu))i, par le changement régulier de Vr en l, comme dans palefroi,
flairer, etc., dérivés de para- freclus, fragare...
E fist remuer jesque al temple un almarie ki estait el porche del temple.
Les Rois, p. 400.
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(delwedd C0110) (tudalen 0042)
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- 42 -
Almoner (almoner). adj., aumônier. V. le mot suivant.
Veuves et orphenins et povres aveit chers, Mes assise n'en sout sergans ne
almoners.
S.Tham.le Mart.,^.\h.
N'aveit femme de sa manere, Si chaste ne si almonere.
Vie de S. Gile , v. 29.
Almosne {alms, almose' almoi/n', ahnolne, Sherw.), s. f., aumône. Du lat.
eleemosyna. V. le mot précédent.
Larges ahnosnes, par Alsis la citet, Donet as
povres où qu'il les pot trover.
Alej:., str. 19,
Ceux qui par lius vit en torment, Ert délivrés
veirement Par messes e par oreisons E par almones e par dons.
Marie, Purg. v. 1441.
Aine (elne\ alnage, aunage; alnegeor, auneur, Sherw.), s. f., aune, ancienne
mesure de longueur. Du bas-lat. alena^ dérivé du goth. aleina.
Seisante aines out li temples de lung.
Les Rois, p. 246.
Il n'en i ad ne veie ne senter,
De voide tere nen aine ne plein pied
Que i n'i ait o Franceis o paien.
Chans. de Roi., p. 203.
Alo {alocV), S. ij(., alleu, Lien héréditaire (1). Du has-lat. allodium,
dérivé de al pour ad et du mot germ. lod, portion de terre attribuée parle
sort dans un partage.
Desque ultre les Palus del flo Qu'il unt e tenent en alo.
BÉN.. Chi'on. de Norm,, v. 5G9.
Aloer, Aluer [lo alloio), v. a., admettre, accueillir. Du lat. ad locare.
Donc vint edrant dreitement à la mer. La neif est preste où il deveit entrer;
Doneit son priz et enz est aloez.
Alex., str. 16.
(1) Dans son Com/nentaire du droit normand, p. ISO, Terrien explique ainsi le
sens de ce mot: « Sont les héritages assis en bourgage appelez allodia, qu'on
dit en franQois fiano-alleud. qui signifie biens e! héritages qiù ne sont
tenus en fiefs d'aucun seigneur et sont francs de toute sujétion, comme le
propre bien et vray patrimoine de celuy qui les possède; les quels il peut
vendre et hypothéquer, sans le consentement d'aucun, ne recognoissani, à
cause d'iceux, aucun seigneur, sinon le roy quant à la jurisdiction et souve-
rainel6. »
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(delwedd C0111) (tudalen 0043)
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- 43 -
L'anme del cors ne seit oi départie Entre les lur seit aluée e mise.
Chans. de Uni. p. 245.
Alogier (se) {to aloge'), v. réfl.^ se loger, s'installer.
Après la Pierre de Adjutorie se alogièrent. e lur tentes i tendi- rent.
Les Rois, p. 14.
-f- Aloigner [to aloyne'), v. a., retarder, éloigner. Alloi- (jner le terme.,
augmenter le délai. Kel. ''
Li reis ne l'aloigna, ne Rcu ne la sofri.
Wace, Rom. de Rou, v. 1 180.
Ne sai que vos aloignasse plus.
BÉx., Chron. de Noria., v. 5G20.
Le substantif de ce verl)e, alouigne, se rencontre aussi en ancien dialecte
normand, avec le sens de retard, délai, ajournement.
Quant faictes seront les essoingiies Ou les defïaults et tieulx aloingnes.
Coût, de Norm., en v., p. 113.
-\- Alosé (alosed'), adj., prisé, loué. C'est le part. pas. de aloser, louer,
féliciter, du préf. a et de los (V. ce mot), mé- rite, du lat. laus.
Rous, nobles dux, proz e vassaus^ Sor trestuz autres dux mortaus, Del siècle
li plus honorez E sur tuz autres plus alosez.
Ben., Chron. de Norm., v. G227.
Sa sorur li ad demandée, Kar bien i esteit alosée.
Wace, Rom. de Rou, v. 65fi2.
Le patois normand a encore l'adjectif aZo.sic'r, louangeur, flatteur. V.
Losangier.
+ Alotir (to allot), v. n., former des lots, attribuer en partage.
Alouer (to alotce'), v. a., louer, célébrer, glorifier. Du lat. allaudare.
Car bien ne siet de riens trop alouer.
Al. Chaht., Le deb. des deu.r Fort., p. 507.
Alquant (alkone'), pron. indéf., aucuns. Du lat. ali- quanti. Un assez grand
nombre (d'hommes). \. le mot suivant.
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(delwedd C0112) (tudalen 0044)
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_ 44 —
De joie vunt alquant plorant.
GuiLL. DE S. Pair, Rom. du Mont S. Mich., v. 967.
Quatre Dois l'apelent alquant.
Marie, Chaitivel, v. 234.
Alques. Auques {alhe'), pron. iudé/"., quelques-uns, les uns les autres.
Du lat. aliqui. V. le mot précédent.
Dist Oliver; RoUant, veez en alques;
Cist nus sunt près, mais trop nus est loinz Caries.
Chans. de Roi., p. 94.
Alques, par pri e le plus par podeste. Vont en avant, si derompent la presse.
Alojc.stT.in.
Auques avez aperceu Od cui aviom contendu.
BÉN., C7(/'0rt de Nornt.,\\ 5727.
Quer auques eirent loing del Mont.
GuiL. DE S. Pair, Rom. du. Mont S. Mich., v. 1137.
A ce pronom fut plus tard substituée la locution les au- cuns:
Les uns estoient si haulx qu'ils trespereoient les cieulx, les au- cuns,
moyens, et les autres plus bas.
Al. Ciiart., l'Esp., p. 282.
Les aucuns ont eu ceste opinion qu'il n'est permis à un advocat prendre
salaire pour postuler et donner conseil. . . mais ceste opi- nion, comme trop
inhumaine, est confutée.
Terrien, Comment, du d.r. norm., p. 711.
klier [altar), s. m., autel. Du lat. altar.
Si cumandad. . . que il en alast pur lever un alter, en l'onurance nostre
Seiernur.
Les Rois, p. 246.
Si lui livrèrent devant l'alter Seint Beneit.
Vie de S. Thom. de Cantorb.. v. 1019.
Aluer. V. Aloer.
Alure, Aleor (alure'), s. f.. galerie extérieure, servant de passage d'un
lieu à un autre dans une habitation; portiques.
Li reis Ochosias chaïd as alures de une sue maisun qu'il out en
Samarie.
Les Rois, p. 344.
A conuissant del aj orner Le comencèrent à loer Par cent leus, sus les
alcors. Sus les portaus e par les tors.
Bén., Chron. de Norm.., v. 19234.
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— 45 -
Amable {amaMe'), adj.^ aimable. Du lat. amahilis.
A tote gent ert molt amables, Simples e dois e enorables. GuiLL. DE S. PAiii,
Jioiii. <la Mont S. Mic/i.,v. 1273.
Le mot se rattache d'ailleurs à l'une des anciennes formes du verbe aimer,
amer.
Sor toz ses pers l'amat IL emperedre.
AUu:, sir. i.
•Amaiser, Amaissier {lo auiese'), v. «., calmer, pacifier.
En nul leu ne sordeit malice Qu'à sun plaisir ne fust traitée Et concordée et
amaisée.
BÉN., Chron. de Norm., v. 2035G.
Ne voil lessier la gent ne le règne essillier, Oez comme je voil moi et Rou
amaissier.
Wace, Roni. de Rou, cité par Ducange.
Notre verbe dérive du lat. amœnare, rendre agi'éable. Le fait ressort, avec
plus d'évidence, d'une autre forme de ce verbe, amaisnier, donnée par Benoît,
et qui, comme on le voit, renferme l'n du radical.
Eisi vos di qu'eisi s'apaient; Eisi se sunt entr' amaisnié.
Chron, de Norin.,\, 0810.
C'est de là qu'est venu aussi en anc. dial. norm. le subst. amaisnemenf,
apaisement.
Li reis enveia al pople, pur amaisnement faire, Aduram. . . e il le
lapidèrent chalt pas.
Z.cs/?o(s,p. 283.
Amander. V. Amender.
Amari {amarrid*),adj., troublé, inquiet, tourmenté.
Quant li sainz veit venir les suens à lui, fuitiz, Et les enfanchunez pendre
as mères as piz, Et que lui et les suens aveit li reis proscriz, Quel
semblant qu'il fesist, mult en fuamariz.
S. Thoni. leMart., p. 92.
En patois normand, amari est un substantif par Icifuel on désigne une maladie
de langueur:
Men grouin est pu mor et pu gaune et pu pale, Que l'sien d'Alizon, quand al a
l'amari.
L. Pet., Muse norm., p. 7.
Amatir {to amaf, lo arnate. Pulsg.], v. a., soumettre par la frayeur,
terrifier.
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(delwedd C0114) (tudalen 0046)
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— 46 — La force Deu amatid les Philistiens.
Les Rois, p. 25.
Le royaume des Assyriens fut le flael que Dieu
appareilla pour
amatir son peuple d'Israël.
Al. Chart., l'Esp., p. 295.
Amhes as (ambes-as', amhes-ace. Sherw.), deux as, luauvaise chance.
S'or s'esjoït e s'or se haite, Uncor r'aura de la chaaite, Meins d'ambes as,
se li dux poet.
BÉx., Chroii. (le Nortn., v. 15294.
Cette locution est empruntée aujeu de dés:
Li dez serrunt mult tost sur ambes as turné.
5. Thom, le Mart., p. 203.
L'usage s'en est conservé longtemps: « Faire ambezatz » se trouve, en effet,
dans Gotgrave. avec le sens de mal réussir, avoir mauvaise chance.
Ambiant, Emblant (ambiant', ambliag). adj., qui vu à l'amble. Du lat.
ambulantem. V. Ambleor.
N'i ad nul n'i ait un ambiant palefrei.
Chron. ,1e Jord. Faut, v. 1926.
Sor deus palefreis beats e granz, Gras e refez e bien emblanz, Si ambloent
granz ambleures.
Hist. (le Guil. Le Maréchal, v. 6693.
Ambleor (ambler), s. m.^ haquenée, cheval qui va l'amble. y. A/iihlant.
Sor un grandisme chaçaor Fort et isnel et ambleor.
BÉN., Bom. (le Troie, v. 29813.
1. Amendement [aineadment, Shervv\), s. m., ré^jaration, ouvrage qu'il faut
faire pour remettre en bon état une maison, etc. V. Ramender.
Et promist le dit James mettre amendement en la dicte maison dedens deux ans
à la valeur de soixante saluz d'or.
Chron. du Mont S. Mich. Pièces div. rXV s.), II, 97.
2. Amendement [amends, compensation, dédommagement), s. m. Soulte, ce qui est
payé par Tun des co-partageants pour rétablir l'égalité des lots.
Ne les rentes constituées pour recompense d'héritage, comme pour amendement
de partage.
Terrien, Comment, du dr. norni., p. 337.
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(delwedd C0115) (tudalen 0047)
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— 47 —
Amender, Amander (to antand'), v. a., lever, faire dispa- raître, racheter,
effacer. Du lat. eraendare.
S'il a en arere (antérieurement) larcin amended, ait en l'euve (à l'épreuve
de l'eau).
Lois de GuilL, 17.
Il fu acordé que l'en commant à l'évesque de Ses que il tienggne em prison
les croisiez qui navrent Fouque de la Mote chevalier, tant que li mesfez soit
amandez.
Maisniei!, Étdhlig. (le l'iu-lnq. de Norn\.,Y>. 177.
Mes regardz tendent Où il est, mes pensers l'attendent. Mes oreilles ailleurs
n'entendent Fors ouyr que ses griefz amendent.
Al. CiiART., Lo llv. des quutre Dames, p. G37.
Amenés {amené'], adj., agréable. Du lat. arnœnus.
11 (l'anglais) destruit, défoule et depile Les haulx lieux de la fleur amenés
Et en son ventre les empile A compaignie de ses advenes.
Comj'ldintc des bons Français (XV* s.).
-|- Amenucier {to ameause'), v. a., amenuiser, rendre plus menu, diminuer,
amoindrir. Arnenuse7\ aljréger, ré- duire, retrancher, Kel. Du préf. a et du
bas-lat. niinutiare^ fréquentatif de minuere.
Unkes ne pot amenuser.
Lur tormenz sunt amenusez Ou del tut en sunt allégez.
Vie de S. Gile, v. 2997
Marie, Parg., v. 1761.
D'où le substantif amenusance, amoindrissement,
dimi- nution:
La enz n'out trop chaut ne trop ù'eit, Ne rien qu'amenusance seit.
I/k, v. 1G59.
-f- A mi {amid), loc.pi'ép., au milieu de, à travers. A mi les champs. V.
Emmi, amont.
hmidJale [ayniahlé), adj., aimable. Amiable, bienveillant, bienfaisant, Kel.
Jo duil sur tei, chier ù'ère .Jonathas, bels e amiables.
Les Bois, ip. 123.
N'i ot aine roi tant mesurable, Plus paisible, plus amiable.
Wace, Bom. de Brut, v. 3632.
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(delwedd C0116) (tudalen 0048)
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— 48 —
Amiablement {amiably)^ aclc, en bonne intelligence, avec amabilité. V.
Amiable.
Mult ert pris amiablement Lur mangiers e lur paissement.
Bén., Chron. de Norm.,\. 1435.
E amiablement l'ad enquis Por quei est issu de soun pais.
Vie de S. Thom. de Cant., p. 619, c. 2, var.
-\- Aniicable iariiicahle)^ aclj.^ amical. Dulat. amicabilis. V. le mot
suivant.
+ Amicablement (amicably), adv., amicalement, amiablement. De amicabili
mente. V. le mot précédent.
Am.it{ainite', v° Amice), s. »?.,amict, linge bénit que le pi'êlie place sur
ses épaules pour dire la messe.
Des armes u trait defension, Amit, alb, stol et fanon, Si se fist armer.
Vie de S. Thom. de Cant., v. 529.
Troys aulbes, troys amitts garnis de paremens de drap d'or.
Incent. du mob. du card, d'Ainboise, p. 540 (XVI' s.).
Ammonester, Amonester {to amoneste*, to amonisshe, Palsg.), V. a., informer,
avertir, admonester. Du préf. am poura^ et de monitare, fréquentatif de monere.
V. Anio- nestement, desamonester.
Tuit li dient communément Que il face hastivement Cen que Dex li ad commandé
E par son angle ammonesté.
GuiLL. DE S. Paiii, Rom. du Mont S, Mich., v. 217.
Tu scez bien, à mon escient. Que de frelle nature estoit, Qui à cela
lammonestoit.
L'Aduocacie N. D., p. 45.
Deable lor est près, tôt tens les amoneste.
GuiCH.\RD DE Beallibu, Sermun, p. 14.
Amoitir [to raolsten (1), v. a., rendre frais, humide, ar- roser.
Ung petit ruisselet passoit. Qui le pays amoitissoit.
Al. Cn.\RT. Le Lio. des quatre Dames, p. 595,
(l) Voir, quant à l'aphérèse de Va dans le
verbe anglais, ce qui est dit en l'Introduction.
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(delwedd C0117) (tudalen 0049)
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- 49 —
Amonestement {amonestement'), s. m.^ avertissement, semonce. V. Animonester.
E Samuel lur fist amonestement de bien, en ceste baillie . . .
Les Hois , p. 24.
A totes non créables (croyantes) genz Ert de buens amonestemenz.
Bén., Chron. de Norm., v. 9984.
Amonester. V. Ammonester .
-\- Amont {among),- prép., au milieu de, au travers de, sur. V. A mi. «
Mettre quelqu'un amont les chemins » est une locution d'un fréquent usage en
Normandie, qui si- gnifie l'abandonner, le laisser en proie à la misère.
Un si grant colp 11 done et rent Amont el hialme qui resplent, Que jusqu' el
teste 11 aciers cole.
Bén., Rom. de Troie, v. 85(iT.
Par l'esciele muntent amunt.
Marie, Purg. v. 704.
-{- 1. Amonter {to amount), v. h., se monter, former un total: « La dépense
amontera à une grosse somme. » V. Amuntant.
Un seul dener feit usurer;
En poi de tens pot amonter
Un seul dener maint marc d'argent,
Ki issi sovent descent.
Fr. Michel, Chron. anglo-norm., I. 43.
N'i perdirent dedenz, tant di que jo n'i ment, Itant cun amuntast à un denier
d'argent.
Chrot^ (le Jord. Feint., v. 1675.
Le verbe est aussi usité fréquemment comme verbe ré- fléchi.
Deux amendes. . . les quelles se amontoient à mil livres.
Compte de 1332, cité par M. Delislc dans les Actes norm. de la Ch. des
Comptes, p. 48.
La somme qui fut levée par le ràt (espèce d'impôt) s'amontoit à cinq mille
septante écus.
G. Syvret, Abrégé /dst. de Jersey, p. 148.
4- 2. Amonter (Yo amount, Sherw.), v. a., monter, se transporter en un lieu
plus élevé. D'où la loc. fr., en amont, plus haut, au-dessus, et l'adj.
SiUgl. paramount, très haut, dominant.
4
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(delwedd C0118) (tudalen 0050)
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— 50 -
Degrez iluec de joste aveit, Par mie montout cil qui voleit Amonteir sus au
grant mostier.
GuiL. DE s. Pair, Rom. <lu Mont S. Midi., v. 3994.
De l'autre part (sont) deux venelles, l'une pour amonter au Chasteau, et
l'autre au Marché Neuf.
DE Bras, Jiec/i. et. antiq. delà Ville de Caen, p. 16.
Je n'ai fait qu'amonter et redevaler.
Le Rendez-vous du départ, p. 80.
Le premier ch'min à gauche en amontant.
Maît' Jacq' à Rouen, p. 6.
Amorous {amorous), adj., affectionné, amoureux.
A Deu 6 al secle amorous.
Vie de S. G ré g., y. 66.
Amortir. V. Admortir.
Amortissement. V. Admortissement.
Aniplier {to amplyate, Palsg.), v. a., accroître, agrandir, amplifier. Du
lat. ampliare, augmenter.
Et pour ce ne doibt on pas telle punition amplier et eslargir.
Le Rouillé, Gr. coût, de Nomt., f° xxxviij v°.
Ampole (a// «poZî/ "j; *'• /"•? ampoule, fiole, petite bouteille.
En prov. ampola, ital. ampolla. Du lat. ampullam.
E ampoles reportent en seigne del véage.
S. Thain. le Mart., 158, dans Litlré.
Filateires e encensers, Bacins e lampes e ampoles.
Vie de S. Gile,v.22b9.
-}- Amunition {ammunition). s. f., munition. Du lat. ad munitionem. En
bas-lat. monitio, vivres. L'on dit du pain d'aruuyiition ou d'amoniiion, pour
pain de munition. Amunition et amvnition sont, dans l'ancienne langue,
synonymes de munition.
Ammntauit (amounting, Cotg.; amou7it), s. m., montjant, somme. V. Amonter.
Dehé ait ki vus dute l'amuntant d'un denier.
Chron. de Jord. Fant., v. 857.
Amunter. V. Amonter.
Anachorite {anachorite, anchorite), s.?n., anachorète.
Saint Jehan li anachorite
Dit qu'entre les moines d'Egipte
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(delwedd C0119) (tudalen 0051)
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— Sl- ot, à son temps, un moult prodome De qui le nom mie
ne nomme.
Pet. Puèin. du Mont S. Michel, p. 38.
Anatomie. V. Atomie.
Anceisor, Anceisur, Ancesseur [ancessor, Sherw.; ancessoure') s. m., ancêtre.
Du lat. antecessorem, qui précède dans la marche (1). A /ic/t<5o;-5,
ancêtres, Kel. — AncJiesseur se dit encore aujourd'hui à Guernesey j)our an-
cêtre {^1).
Jamais n'iert tels com fu as anceisors.
Alex., str. 1.
M'a rendu terre e cel honur Que ci tindrent mi anceisur.
BÉN. , Cliron. de Nonn., v. 4770.
N'est pas tenu à respondre... du fief qui luy est venu de ses ancesseurs.
Ane. coût, de Norni., ch. i..
-f- Ancian {ancient, mmcian'), adj., ancien. D'une forme latine fictive
antianus. V. Auniien.
Cels qui fuient à garant à l'yglise ou à l'aistre de l'iglise, que il aient
l'encian jugement (o'est-à-dire qu'ils soient jugés conimepar le passé).
Marnier, Établis. del'Éeltiq. de Norni.,\>.b2.
Si comme recordenl les ansians.
Cartul. (?e //ei'iZ/f, cité par M. Delisio dans l'A y rie. en Norni. (lu
motj.-ùge, p. 449.
Ancientez (ancientry), s. /"., ancienneté.
E sorent des nobles barons
E des chevaliers Borgoignuns
Eisi den tut ancientez
Que crienz ne sunt mais ne dotez.
BÉN., Chvon. de Nonn., v. 5093.
4" Andier {aiindyern, Palsg.; andiron), s. m., grand chenet de cuisine.
En bas-lat. anderius, andena. La forme actuelle landier se compose de
l'article le agglutiné au
(1) Le dérivé immédiat du radical latin so rencontre
aussi on dialecte normand:
Ungs pour aultre debteur appere, Come le fils cité pour son père, Est pour
auUre antecesseur, A qui il est hoir successeur.
Coût, de Norm. en v., p. 119.
(2) En anc, dial., l'on disait anchcinr:
D'une rien m'esmerveil; de tos nos anchesors Qui s'en sunt alez, nul ne
repaire à nos.
GuicHAHD DE Beaulieu, Scmiun, p. 16
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(delwedd C0120) (tudalen 0052)
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— 52 —
substantif andier. De Vandler^ pour le andier, on a fait un seul mot landier.
Andoi, Andous. V. A ndiii.
Andui [andur*], tous deux, l'un et l'autre, du lat. amho.
Descendirent andui aval en la cité.
Les Rois, p. 32.
Cist le chérissent mult andui.
Bén., Chron. de Norm., v. 6830.
Les formes andoi, andous se rencontrent aussi en anc. dial. norm.
Deu en apelent andoi parfitement.
Vie de S. A lea-is, sir. 5.
Fors de la teste li met les oilz andous.
Clians. de Bol., p. 114.
Angele (angel), s. tn., ange, du lat. angelum. V. Archan- gele.
Sainz Alexis est el ciel senz dotance; Ensemble od Deu, en la compaigne as
angeles.
Aler ,%xr:.V22.
Sai que li angeles en conveie S'aime, en la sainte compaignie.
BÉN-, Chron. de Norm., v. 12458. .
Angleit {anglet'), s. m., petit coin. Diminut. d'angle, du lat. aagulum.
En l'aserant (le soir) s'en est entrei Dedens l'igliese e recutei En un
angleit, à une part Où chandele ne cierge n'art.
GuiLL. DE S. Pair, Rom. du Mont S. Mich., v. 2584.
Anguisse [anguish), s. f.., douleur, angoisse, déchirement de cœur. V. le mot
suivant.
Cist poples... tu l'menas de Egypte hors de servage et de an- guisse et de
chativeison.
Les Rois, p. 264,
A grant anguisse, od tut l'eire Sur le munt vint.
Marie, Les Deux Amantes, v. 200.
Anguisser {to anguish), v. a., affliger, causer de l'an- goisse. V. le mot
qui précède et celui qui suit.
Dementres que esteit anguissiez li miens cuers.
Lib. psalm., p. 78.
Paien s'enfuient e Franceis les anguissent.
C/ians. de Roi. p. 304.
Ce verbe est encore usité aujourd'hui en patois normand, mais seulement comme
verbe réfléchi, sous la forme s'an- goisser, être sutïoqué par les larmes,
forme qui est non moins ancienne, en dialecte nornn\nd:
Li dus William mult s'engoisse.
Wace, Rom. de Rou, v. 11833.
La destre main ad perdue trestute,
Del sanc qu'en ist se pasmet e angoisset.
C/iaris. de Roi, p. 217.
AnguissuR, Anguissous (anguishous' , adj.., triste, ac- cablé, dans
l'angoisse. V. les deux mots qui précèdent.
Sur lui se pasmet, tant par est anguissus.
Chans. do Roi., p. 240.
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(delwedd C0121) (tudalen 0053)
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A une part en sus se treit,
Mut anguissus e mut pensis.
"17e de S. Gile, v. 1382.
Anguissous (anxius) fud en meimis esperiz.
Liv. des Ps., CXLU, 5.
Anienter, Anientir {to anienle'), r. a., anéantir, réduii'e à néant.
Anienler, anientir, annuler, Kel. De a et de nient, qui se dit en dialecte
normand pour néant.
Ore est en grant famine, devient anientée, Si del rei d'Engleterre aïe ne
seit dunée.
Clunm. de Jord. Faut., v. 775.
Ils ne poient anienter ou divester chose de fee, que ad esté
vestue en lour meason.
LiTTLET., Inst-, sect. 146.
Enquestes seulent estre faictes de tous empeschements qui sont proposez en
court pour anyentir la demande au plaintif ou la dé- fense à l'autre.
Ane. Coût, de A'orwi., ch. cxx.
Annuncier, Anuncier {annunciai', annoncé), v. a., an- noncer. Du lat.
annuntiare.
Li ciel recuntent la glorie de Deu, e l'ovre de sa main annunciet li
firmamenz.
Liv. <lt-.i Ps., xvm, 1.
Par avisiun li ad anunciet.
C7»«/i.?. de RoL, p. 213.
Annuntiatiun {annunciation), s. /'., annonce, avis, message. Du lat.
annuntiationem.N . Annuncier.
Je recunt tûtes les tues annuntiatiuns.
Liv. des Ps.. lxxii. 28.
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(delwedd C0122) (tudalen 0054)
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— U —
Annuntialion, en dial. norm. et Annunciation, en angl., servent à désigner la
fête instituée par les chrétiens pour célébrer le mystère de l'Incarnation,
annoncé à Marie par l'ange Gabriel.
Le sabmedi xxv« (jour de mars 1559), vigille de Pasques, jour de
l'Annuntiation, je ne bougé de céans.
Journ. du .s. de Gouberv., p. 484, éd. des Ant. de Norm.
Anoi {annoy), s. m., ennui, contrariété. V. le mot suivant et Ennoi.
Et tout lor tome à grant anoi.
llom. de Rob. le Diable, Tp. 137.
+ Anoyer {to anaoy), v. a., ennuyer, inquiéter, troubler, incommoder. V.
Anuyer, ennoyer, anuyance.
Annoyer se dit pour ennuyer dans le départ, de l'Eure. V. le Diction, de pat.
norm. de M. Robin.
Le vent qui vente d'une part, Si ne peult pas tousiours durer. Il fault qu'il
change tost ou tard; Maiz trop il nous peult anoyer.
Clians. norm. du XV'^ s., Rec. Gasté, p. 10.
Anste. V. Hante.
-\- Ante. V. Aunte.
Antelope [antelope), s. f., antilope.
Là estoient figurées ij grans bestes nommées antelopes.
P. CocHOX, Chron. norm., p. 313, éd. de Beaurep.
-|- Anui {anuy'), s. m., ennui, trouble, vexation. V. les trois mots
suivants.
S'amie voit lès lui aler, A li se puet rire et juer. La nuit la sent de juste
lui. Cument puet il aveir anui?
M.\RiE, Gîtgremer, V. 397.
Dieu la veuille garder d'anuy!
Chans. norm. du XV* s., Rec. Gasté, j). 109.
Et tu glaimis d'anuy, à tout leu tripotage.
L. Pet., Muse nom,, p. 13.
Anuncier. V. Annuncier.
+ Anuyance {annoyance}, s. /"., ennui. L'on prononce anu-ians'. V.
Anoyer, anui, anuyer, anuyeux.
-j- Anuyer {to anuy'), v. a., ennuyer. L'on prononce
i
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(delwedd C0123) (tudalen 0055)
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— 55 —
anu-ié. V. les deux mots qui précèdent, celui qui suit, anoyer et ennoyer.
Tant avon par mer navié, De tôt en somes anuié.
Wace, Rom. de Brut, v. 3344.
Mais il 11 dist: Ne vos aniiit, Sire, atendez, ne vos anuit.
Fr. Michel, Chron. anglo-norm., III, 44.
+ Anuyeux (anoious'), adj., ennuyeux. L'on prononce anu-ieux. V. les trois
mots qui précèdent et' anoyer.
-f- Any (any), adj., quelque. MM. Duméril, dans leur Diction, du patois
normand^ signalent ce mot comme étant toujours usité en Normandie. Pour nous,
nous ne l'avons jamais entendu.
Aocher. V. Ahoquer.
Aoré. V. Oret.
Aorné, Aourné [aourned"), adj., orné. Du lat. adornatus. V. le mot
suivant.
Puet cel estre que j'ere de sens peu aornez.
S. Tliotn. le Mart., p. 119.
Après vont Deus le muni former
E les élémens deviser;
Et quant il ont tuit aorné. . .
Bén., Cil von. de Norin., v. 237(37.
Vez-ci, d'autre part, nos reliques, Qui sont dignes et glorieuses, D'or et de
pierres précieuses. Comme vous véez, aournées.
Miracle de N. D. de Robert le Diable, p. 15.
Aorner {to anourne, Palsg.), v. a., orner. Du lat. ador- nare. V. Aorné.
En nos livres, qui annals sunt, Trovum escrit comme cest munt A seint Autbert
fut demostré E com il fist e commença Desus i'iglise et aorna.
GuiLL. LE S. Pair, Rom. ilu Mont S. Mi<-/i., v. 3179.
D'où dériva le subst. aornement, aournement:
Riche veisselement u boen aornement.
5. r/iom. le Mart., p. 83.
Les quiex. . . estoient pour l'aournement de sun corps.
Proc.-verb. de 13 i!>, cité par M. Dclisle dans les Actes noria. île la
Ch. des Comptes, p. 379.
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(delwedd C0124) (tudalen 0056)
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— 56 —
Il existe dans la langue écrite une autre forme de ce mot, mais elle devait
être identique, dans la langue parlée, à celle du mot tel qu'il se rencontre
dans le dernier texte cité.
Dunad le peis de la merveilluse vaissele, que de or que de ar- gent, et des
aumemenz que sis fiz Salomun fist puis el temple.
Les liois (Comment.), P- 224.
Apaier {to apay, Palsg.; to apayen'), v. a., apaiser, calmer, satisfaire,
contenter. Du préf. a et pacare, faire paix. V. Paier, appaie.
Cum Rous au rei engleis ses enemis apaie, E cum chacuns se met deu tut en sa
manaie.
Bén., Chron. de Norm. Sommaire, I, 244,
Repose tel, apaie t'ire.
Wace, Rem. de Rou, v. 2796.
Aparail [paraille') (1), s. m., appareil, pompe, magnifi- cence. V.
Apareiller 1.
Mult en sunt en grant aparail.
Bén., Chron. de Norm., v. 377.
Aparailler (to apparaiV, to apparayle^ Palsg.), v. a., préparer. V.
Apareillement \.
A chestui dist qu'il fait desroi, Quand maine le vilein od soi, Qui set la
fosse aparailler, Là ù il purreint trabuskier.
Marie, Fable 69.
Semon xii léaus chevaliers et les homes del visné (voisinage) de cette ville
qu'il soieait à la première assise, aparaillée à reque- noistre par lur
serement, qui présenta la derrenière persone à celle yglise.
Marnier, Établis, de l'Échiq. de Norm., p. 57.
Apareiller, Appareillier, Aparillier, Appareler, se sont dits dans le môme
sens:
Quant saint Thomas les vit, As Franceis prist cungié, Sun eire (voyage )
apareilla; En Engleterre ala.
S. Thom. le M art., p. 160.
Quant tôt orent appareillié, A lor amis pristrent congié.
Wace, Rom. de Rou, v. 265.
(1) V., quant à l'aphérèse de l'a en certains
mots, ce qai est dit dans l'Introduction.
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(delwedd C0125) (tudalen 0057)
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— 57 ~
Sunt à défendre aparilliez.
Ben., CA/-0/1. (/« .Vor«i., V. 1342, p. 51.
Hz perdirent bien deuly cens homes des myeulx apparelés qui y fussent.
Le Canarien, p. 16.
Aparceivre {to apparceyve, Palsg.), v. a., apercevoir.
Qui rien i purra aparceivre. . . Mult li durrai, s'il veolt, del mien.
BÉN., Chron. de Nor/n., v. 1171.
Au drein fust ileque aparçu.
Hist. de Foulques, p. 101 .
Mais tout le rebours aparçois Quant par moy mesmes me déçois.
Al. Chart. Le Lio. des quatre Darnes, p. 660,
D'où le subst. aparcevance:
Tant la cela, tant la covri, Unques ne fu aparcevance En parole ne en
semblance.
M.VKiE, Milun, V. ^dZ.
1. Apareillement, Aparellement (aprtra6/î/n(7*), S. m., pré- paration.
Apparailement, arrangemenl, Kel. V. Apa- railler.
Issi est l'apareillement de lui (Ita est prseparatio ejus).
Lib. psalin., p. 82.
Quant 11 dus senz delaiement '
Dut fait son aparellement. . . Ad Gille sa femme espusée.
BÉN., Chron. de Norin., v. 7032.
2. Apareillemeat, Apparillement {apparel; apparelling, Sherw.), s. m.,
hahilleinent, vêtement, ajustement, habits, garde-robe, parure.
Par le cunseil de sa barunie Prist une famé de haut lin. . . Li dus li duna
liement mult riche apareillement.
W.\CE, Rom. de Rou, v. 0636.
De totes apparillementz richement aprestez.
Hist. de Foulques, p. 26.
1. Apareiller {to apparel), v. a., parer, orner.
En tes remasilles tu apareileras le vult de els.
Lib. psalnt., p. 24.
Dist li que mult a grant merveille Que la dame si s'apareille.
Marie, Ywenec,^.2'il.
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(delwedd C0126) (tudalen 0058)
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— 58 —
2. Apareiller (préparer), V. Aparailler.
Aparellement. V. Apareillement 1.
Aparentement { apparently ) , adv., visiblement, d'une façon manifeste,
évidente.
Les deniers des fermes diminuoient aparentement, de sorte qu'il y avoit
danger qu'ils ne peussent suffire pour le payement des dites tailles.
DE Bras, Rech. et antiq. de la ville de Caen, p. 226.
Aparillier. V. Aparailler.
Aparissant. Apparissant {apparysshande'), adj., appa- rent.
Seignors, fait- il, si or m'amez Si l'me faites aparissant.
BÉx., Chron. de Nom., v. 9423.
S'aulcun est accusé de tel cry (d'avoir crié haro, sans motif suf- fisant),
il ne doibt pas estre mis en prison, s'il n'y a appert mes- faict de sang ou
de playe ou d'aulcun grand mesfaict; et se mesfaict est apparissant. . . il
ne doibt pas estre mis en prison.
Ane. coût, de Norm., ch. liv.
Palsgrave donne apparisser, comme verbe français, dans le sens de j)araître,
apparaître {Gramm., p. 987). Plusieurs écrivains normands ont employé ce
verbe avec cette acception.
Mais comme ils sont en Normendie Plusieurs qui n'apparissent mye. . . Il
n'appartient pas à lay juge Veoir en cas ne qui le juge.
Coût, de Norm. en v., p. 77.
L'ange Gabriel t'apparissoit visiblement, invisible aux autres.
Al. Cm art., l'Esp., p. 354.
Apartenement {appertainment'), s. m., appartenance, dépendance, accessoire.
Une vile Luvres ut nun, Ki ert de sa garantisun, Od tuz les apartenemenz.
Wace, Rom. d.e Rou, v. 8733.
Apel, Appel (appeal'), s. m., accusation. V. les deux mots suivants.
E il volge douer wage e trover plege à porsuir son apel.
Lois de G ail., 25.
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(delwedd C0127) (tudalen 0059)
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— 59 —
Doibt la clamour estre exprimée Que l'appel sur quoy elle est née Fut fait o
fellonis o yre, En la paix de Dieu et du sire.
,Cout. de Nonn. envers, p. 110.
Apeler {to appeal), v. a., accuser. Du lat. appellare, atta- quer eu justice.
V. Apel, apeleur.
Si home apeled altre de larcin, et il sot franc home. . . s'en es- coudirad
par plein serment.
Lois de GitilL, 16.
Nus home ne nule famé ne puisse apeler aucun mehangnié de nule chose, fors de
som propre mehaing, de qui le malfeteur se purgera par jugement de fer.
Marn., Élabliss. de l'Éehiq. de Nonn., p. 29.
Apeleur, appelleur (appellor), s. m., appelant, plaignant, accusateur. V. les
deux mots qui précèdent.
Li apeleur jurra. . . qui pur haur nel fîst ne pur altre chose, si pur son
dreit non purchacer.
Lois de GidlL, 16.
L'en doibt prendre Premier celui (le gage) du deffendeur Puis celui de
l'appelleur.
Coût, de Nom. en v., p. 101.
Apendance. V. Appeyidance.
Apendre [to append), v. n., être accessoire à, dépendre de, appartenir à. Du lat.
appendere. V. Appendance.
Que il ne facent leur droit service, que apend à leur terre.
Lois de Gain. , 33.
Si commenche Icel servise, qui apent.
GuiLL. DE St-P.\ir, Rom. dit Mont S. Mich., v. 2808.
Apennage [appemiage'), s. m., apanage, domaines distraits des propriétés de
la couronne, et donnés aux princes.
Le 20 de juin 1505, les conté et viconté de Beaumont le Roger,
nonobstant que, par le procureur général du roy, fust soustenu
qu'ils (certains domaines) ne peussent estre aliénez ne séparez de
la Couronne, sinon par apennage, furent néantmoins adjugez, etc.
Terrien, Comment, du. dr, nonn,, p. 96.
Apercevance lapperceiving'), s. f., remarque, observation; fait d'être
aperçu. V. le mot suivant.
Le duc de Longueville sortit de la ditte ville (d'Amiens) , tellement
quellement, sans aucune apercevance.
Journ. d'an bourg, de Gisors, p. 19.
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(delwedd C0128) (tudalen 0060)
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- 60 -
Aperceveir, -{- Apercheveir {io apperceive'), v. a., apercevoir. Du lat. ad
et percipere. — Aperceyver, apercevoir Kel.
Ne puet estre que si jo me aperceif que estrusseement mal te voilled
rnisperes, que jo ne l'te mustre.
Les Rois, p. 78.
Li amiralz alques s'en aperceit, Que il ad tort e Carlemagnes dreit.
Chans. de HoL, p. 298
Et ch'est qu'en liésant ches lettres, votre yi (œil)
Avait manqui d'apercherver
C'que mé, un' vieill' buonn' femm', je vé.
Rimes jers., p. 197.
Apercheveir. V. Aperceveir.
Apercheveir [to apperceive'), v. «., percevoir, recevoir.
Les drois, revenus, émolumens que prennent, aperchoivent et ont acoustumé prendre
en l'église de Sainte Crois de Bernai, etc.
Règlement de la fin du XIV* s., cité dans les Mém. et notes de M. Aug. Le
Prefost,L 303.
Aperer {to appear; to appere, Palsg.), v. n., apparaître, du lat. apparere.
V. Peer 2.
Passet la noit, si apert le cler jor.
Chans. de FoL.f. 308.
Si pri que nostre amor apere.
Bén., Chron. de Norm,., v 6588.
1. Apert {apert'), adj., manifeste, éviilent. Du lat. apertum.
Quant il en veient les vertuz si apertes, Il le receivent, si Iportent e si
l'servent.
Alex., str. 113.
Adunc fu Rous en remenbrance Del aperte signefiance. . .
BÉN., Chron. de Norm., v. 2021.
■ 2. Apert {ajierf 2), a,dj., entreprenant, hardi.
Que, tel, à quatorse ans passées,
N'est si biaus'come Robers; Trop parest-il biaus et apers.
Hom. lie Rob. le Diable, p. 131.
. . . Moult plourent à tote gent . . . Tant esteint apert. ^
Hist. de Guil, Le Maréchal, v. 74.
3. Apert {aperf 1), adv., manifestement, avec évidence. Du hit. aperte. V. le
mot suivant et Apert 1.
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(delwedd C0129) (tudalen 0061)
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— 61 —
Si eu m l'estorie mostre apert.
BÉN., Chron. de Norm., v. 7879.
Apertement {apertly', aperteliche *), adv., ouvertement. Du lat. aperta mente.
V. le mot précédent.
Me révélai e apertement mustrai à tun père Aaron.
Les liois, p. 9,
Si t'iert apertement mostré Ceo qu'as enquis e demandé.
BÉN., Chron. de Norm., v. 11147.
+ Apier {aplary), s. »i., endroit où sont les ruches. Du lat. apiariura, mot
qui a le même sens et qui se rattache à apis., abeille.
Il arrive quelquefois, comme pour landier, lendemain, loriot., lierre., etc.,
qui formnient primitivement deux mots (Fandier, l'endemain, l'oriot,
l'ierre), que l'article est agglutiné au mot et qu'on dit le lapier.
A Caen, quand les abeilles essaiment, on les invite à entrer dans une ruche,
avec cet appel: Apier, bel! apier, bel!
Le IIéricher, Rei^. de la Norm., VI, 584.
Apointemeat, Appointement (ojîpom^meu^), s, m., ordre, commandement. V.
Appointer.
Et en l'entrée de mars ensuiant, fu rendue la forteresche du Crotoy audit
régent, par certain apointement sur ce fait.
P. Cochon, Chron. nonn., p. 293, éd. de Beaurep.
Eu dit an, le roy Louys (XI) alla à Bordeaulx et fist. . . appointement tel
que ledit roy d'Arragon délessa le royaulme de Navarre au filz du conte de
Fouyes (Foix).
Chron. du. Mont S. Mich., p. 65.
Apostle (apostle), s. m., apôtre. Du lat. apostohcs.
Dès les apostles ne fut on tel prophète.
Chans. de Roi., p. 188.
Nostre sire pramist As apostles e dist Que cil ki le siveient Grand gueredun
avreient.
Pii. DE Thaon, Comput, V. 975.
Appaie (apaise'}., s. /■.,paix. C'est le substantif d'ajspaier, apaier, mettre la
paix, apaiser. V. Apaier.
James vers le rei Henri n'aurad nule appaie.
Chron. de Jord. Fant., v. 99.
Apparcevoir. V. Aparcevoir. Appareillier, Appareler. V. Aparailler.
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(delwedd C0130) (tudalen 0062)
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— 62 —
Apparillement. V. Apareillement 2.
Apparissant. V. Aparissant.
Appartize [appertyces'), s. /"., dextérité, adresse, agilité.
Et c'est la six fois qu'il c'est délivré des crestiens par son ap- partize.
Le Canarien, p. 23.
Appatiz, Appatissement {appatized' , soumis au paiement d'une contribution de
guerre), s. m., contribution de guerre.
L'anglais appatized est le part. pas. du verbe to appatize, rançonner, en v.
fr. appatissier (V. Duc, Gloss. fr.) ou appatisser (1).
100 livres (de fermages), sur quoi il y a à rabattre chaque année 50 1. pour
les pilleries et roberies des Anglois et les appatis des François.
Compte de 1450, cité par M. Ch. de Beaurepaire dans ses Notes et doc. sur la
Norm. p. 311.
Et, du temps qu'il a esté capitaine de Carenten et bailli de Constantin
(Cotentin), il certifie qu'il n'a eu nulles gaingnes de guerre, nulz appatiz,
etc.
Chron. du Mont S. Mielu, I, 176. Pièces div.
Vous mandons que vous mettez sus, assignez et asséez appatissemens sur les
villes, chasteaulx, forteresces et parroisses des marches du Mont (Saint
Michel) et autres estans au dit pays de
Normandie.
Ib. p. 108.
Appellatoire iappellatory), adj., contenant appel, d'appel.
Non pour ressortir devant le juge qui a donné la sentence appel- latoire, mais
devant le juge supérieur immédiat.
Terrien, Comment, du dr. norm., p. 672.
Appelleur. V. Apeleur.
Appendance, Appendence [appendage), s. /"., dépendance. V. Apendre.
Sur la restitution de leurs terres, cens... avec leurs apparte- nances et
appendances.
Chron. du Mont S. Mich. I, 168. Pièces div.
Icelles terres et seigneuries, chastel, forteresse et autres appartenances et
appendences.
Ch. de 1426, citée à l'Appendice du Canarien, p. 230.
(1) Cette dernière forme se rencontre dans un document de 1425, relaté 1. 1,
p. 197, de la Chron. du Mont S. Michel:
« Nous prions et requérons que tous aultres amis alliez et bienveillans de
mondit seigneur, que les dictes parroisses ils ne pillent, appatissent, »
etc.
i
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(delwedd C0131) (tudalen 0063)
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* — 63 —
Appendre. V. Apendre.
Appertenir [to appertain), v. n., appartenir. Dér. du préf. a et de
pertinere. V. Partenir.
Sur ce que dict est, on peut faire ung tel doubte (question): ,3'aulcun
alloit en aulcun pèlerinage qui ne feust solennel, s'il ap- pertiendroit.à
l'église de ordonner de ses meubles.
Le Rouillé, Gr. Coût, de?iorm., f ex iV
+ Appetisser [lo appetize') v. n., provoquer,- exciter l'appétit. Le français
a gardé le part. pr. de ce verbe; il est regrettaljle qu'il n'ait pas retenu
le verbe en entier.
Appoincter {to appoint), v. n., arrêter, décider, donner l'ordre. V.
Apointement.
Si appoinctèrent de partir le lendemain au matin.
Al. Chaut., Hist. do Ch. VU, p. 80.
Et fut. . . par les nobles du pays appoincté qui, partant et affm d'eschever
guerres et descords, il (le second fils du duc de Normandie) tiendroit le
duché, sa vie durant seulement.
Le Rouillé, Gr, Coiit. dp Nurrn., i° cxxj, v".
Appointement. V. Apointement.
Appréhension [appréhension), s. /"., arrestation, prise de corps. C'est
le sens propre du rad. lat. apprehensionem, indiquant l'action de saisir.
Ayans chacun (des baillis) un bon nombre d'archers pour l'ap- préhension des
deliguans mal-vivans et punitions d'iceux.
DE Bras, llocli. ut antiq. de la ville de Cuen, p. G4.
Apprise. V. AprHse 1.
Approuchemcns {approchemenf, approching, Sherw.)^ s. m. pi., approches,
travaux pour approcher, à couvert, d'une place assiégée.
Il alloit tous les jours.. . au dit siège. .. pour faire les fossez et
approuchements, où il se mettoit en grant péril.
Al. Chart., Hist. de Ch VII, p. 139.
k'^TQ&SQT {appressed\ oppressé), v. a., oppresser. Se rattache au lat.
appressus, part. pas. de apprimere, presser contre.
E Deus, dist-U, com forz péchiez m'apresset!
Alex,,siv. 12.
1. Aprise, Apprise {aprise'), s. f., science, instruction. C'est de là qu'est
venu en anglais le verbe to apprize, ap- prendre, instruire.
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(delwedd C0132) (tudalen 0064)
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— 64 —
De vus s'esmervellent li grant e li menur, Ki sages es de aprise e d'âge
estes maûr.
Vie de S. Auban, v. 549.
Que nulz ouvriers du dit mestier (de drapier). . . ne soient receuz à
besongner en la dite ville (des Andelis), s'ilz ne sont de bonne apprise. . .
SCat. des drap. d'Andeli de 1409, dans les Mémoires et notes dé M. Aug. Le
Prévost,!. 108.
2. Aprise {aprise'), s. /"., entreprise, aventure.
Li éveske, ki seinte Iglise Unt en bon estât jà mise, Ke nuls ne croie
estrange aprise Quei ke nuls lur chante u lise.
^(6 de S. Auban, rubrique du f° 55 r",
Apurtenance {appurtenance) , s. f., appartenance, dépen- dance. V. le mot
suivant.
Tûtes les choses qui furent Saiil e sun maisnil e tûtes les apurtenances.
Les Rois, p. 150.
Apurtenant (appurtenant), adj.., appartenant.
. . . oeist tuz ces ki apurtenant furent à Achab.
Les Bois, p. 381.
1. Aquillir, Acuillir [toacquilV), v. a., accueillir. •
Ducement te requert e mande, Dès que le fort iver s'espande. Qu'en ceste
terre nos aquilles.
Bén., Chron. de Norm., v. 1773.
Dune se sunt embrunchié li quatre forsené, N'acuillent ses saluz, ne ne Tunt salué.
S. Thom. le Mart., p. 182.
2. Aquillir {to aquellen'), v. a., détruire, anéantir.
Si 'saquillit e tempeste e ored; Là sunt
neiez, jamais ne 'sverrez.
Chans. de Bol., p. 61.
N'avum corage ne pensé Ne d'éforcer ne de
tolir Ne de vostre preie aquillir.
BÉN., Chron. de Norm., v. 1442, p. 54.
Aquis (aqueynf), adj., anéanti, détruit. Destroyed est l'une des acceptions
assignées par Halliwell à aqueynt.
Sire Oton, dist Ernouf, mis sire est mul acquis.
Wace, Rom, de Rou, v. 3895.
Mes arsun les out mult destruit et aquis.
S. Thom. le Mart,,^. 9.
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(delwedd C0133) (tudalen 0065)
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Aquitance (acquittance) s. /"., action de libérer, de mettre en liberté.
Eisi unt la paiz graantée Qu'od seurté e od fiance Unt del conte fait
l'aquitance.
Bén., Cliron. <leNorm.,v. 4094.
+ Arager {araged\ enragé; harageouse\ violent), v. n., enrager.
"Vient e par tel sor nos arage.
BÉN., Chron. de Nom., v. 22938.
Quant le roy Ricart sut que le roy Philippe avoit pris Acre à l'aide de ses
genz, à poy qu'il n'araga de courus, qu'il ne avoit eu l'honneur.
P. Cochon, Chron. norm., p. 10, éd. de Beaurep.
Vos feriais arager la bêle et le marchand.
L. Pet., Muse norm., p. 7.
+- Aragne {arain'), s. /"., araignée. Du lat. aranea. En ancien dialecle
noi'mand, on disait araigne:
L'araigne qui, tous les ans, Faisoit son nid au dedans. . .
Ane. chans. no/v/i., àlasuite des Vaui-de-Vire de Basselin, p. 210.
Pour riche lambris, sur son bers N'eult que toiles des araignes.
J. Le Houx, Noëls virais,]}. 46.
Araisnier {to arraign), v. a., accuser. Du préfixe a et de ratiocinari. Le
sens opposé, justifier, était exprimé, dans la vieille langue normande, par
deraisnier. V. Derainer.
Vilment jà ne fust regardez, Quis, n'araisniez, ne apelez.
Bén., Chron. de Norm., v. 11862.
Durement me dois merveiller Que m'oses de çou araisnier.
Marie, Gracient, \. 272.
Araisoner. V. Areisuner.
Arbalastere {arbalisteria), s. /*., meurtrière, ouverture d'où l'on tire à
couvert sur les assiégeants.
Mangoneaus drecent e pereres E mult firent arbalesteres.
Bén., Chron. de Norm., v. 3987.
Arbitrateur [arbitrator], s. m., arbitre.
Comme arbitrateur et amiable compositeur.
Al. Chart., Le Quadriloyue, p. 436.
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(delwedd C0134) (tudalen 0066)
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— 66 —
Quant aux sentences données par les arbitrateurs et amiables compositeurs,
elles sont déclarées exécutoires, nonobstant l'appel. Terrien, Comment, du
dr. norm., p. 423.
Arbitrement [arhUremenl., Sherw.; arbitrament), s. m., arbitrage.
En l'an mcc et xxxviii, hu jor de mardi, feite tout premièrement et
diligeaument l'enqneste sur l'arbitrement des arbitres desus diz, distrent
les dis arbitres, etc.
Coust, de la Vic.de l'Eaue de Rouen, art. 30.
Arblastier {arblastir'), s. m., arbalélrier, soldat armé d'iine arbalète.
Le chastel voldrad aveir par Flamens e archiers,, . . E par ses eslingurs,
par ses arblastiers.
Chron. deJord. Faut., v. 1189, var.
Archangele {archangel), s. m., archange. Du lat. archan- ge lus. V. An gelé.
Là est le église Saint Michel,
Qui archangele est d'amunt del ciel.
BÉN., Chron. lie Norm., v. 6918.
Quant li archangele avrunt pour. . .
Vie de S. Gile , v. 193.
Archeduc {archeduke, Palsg.; achduks), s. m., archiduc.
Remonstrent aussi lesd. conseillers eschevins, les marchands traficans
ordinairement en la mer avoir de présent leurs navyres, biens et marchandises
aud. païs d'Espagne, Portugal et autres lieux desd. roys d'Espagne et
archeduc.
Dèlih. de 1603 des éclievins de Rouen, citée par M. Ch. de Beaure- paire dans
les Cah. des Et. île ISorin., II, 254.
Archeier {lo arch), v. «., courber, plier en arc.
Sor le hauberc la lance archeie.
BÉ.N., Rotaan de Troie. Au Gloss.
Ardure {ardure'), s. /., feu, ardeur.
Il fault boire, pour rafreschir l'ardure Du vin qui soit avec eau tempéré.
P. Gring., I, 193.
Doncques l'ardure De jeunesse, qui soy mesmes n'endure Et qui tant est à
passer forte et dure Est par amours ramenée à mesure
Et bien passée.
Al. Chaut., Le deb. des deux Fort., p. 564.
Areisuner, Araisoner, Aresonner {to areson'), v. a., inter- peller,
interroger, s'adresser à. V. Raison, raisoner.
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(delwedd C0135) (tudalen 0067)
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- 07 —
Sis mariz Helcana le areisuna, si li dist: Purquei plures?
Li's Rois, p. 3.
Viez cornent l'ora i'araisone.
Bén., Chron. de Norrn.. v. 13130.
L'accusey doibt estre amenés Et le doibt l'en aresonner.
Coût. <te Sorin., en v., p. 107.
1. Arer [lo are', laljourer, arrcKje', labourage), w. «., la- Lourer. Du lat.
arare. V. Airer.
Cil arerent qui voudreiit, qui veut semer, sema.
VVace, Nom. lie Hou, v. 14(JG.
Fai, beau sire, ta paiz crier, Que li vilain puissent arer.
BÉN., Chron. de Norrn. v. 1J830.
D'où arée, champ labourable:
N'a ne boef, ne charrue, ne vilain en arée. Ne vigne provignie, ne couture
semée.
Wace, Ho/n. de Rou, v. lU'I.
2. Arer, Arere {arere'), adv.., arrière. De a et de relro. Le mot arrérages
vient de là. V. Bere gnarde.
Et si alcons est apelez (accusé) de muster fruisser. .. et il n'eit esté
blamed en arer (précédemment) . . .
Loi.sdeGuill., 17.
Arere s'en alerent et Ernouf se hasta.
Wace, Rorn. de Rou, v. 2762.
8. Arer (lo aread), v. a., aviser, avertir, conseiller.
Al reaume de Loengre ira. . . Sa feme en la tere l'arra A ses hunmes
cumandera Qu'il la gardoel leaumeiit.
Maiue, Elidue, V. 0"J.
Arere. V. Arer 2.
Aresier {to raise., lo araise*), v. a., relever, fortifier.
Grégoire en cela iglise ainz dite,
Lonc tens, tôt aresié, maneit.
Vie ,()' S. G n'y., v. 3GG.
Arestement (arresling, Sherw.j, s. m., nécessité qui arrête, foice qui s'impose,
qui empêche.
Cum fu de vostre garison (place forte), U trovastes defendement Ne ù eustes
arestement.
Bén., Chron. de Norrn., v. 6018.
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(delwedd C0136) (tudalen 0068)
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— 68 —
Arguer {to argue), v. a., accuser. Du lat. arguere.
Sire, ne me arguer en ta fuirur.
Lib. psalin., p. 5.
Tu as enquis mal vers mai, pur mei arguer pur une femme.
Les Rois, p. 129.
-f- Aria. V. Haria.
Ariver. V. Arriver.
Armée {armye'), s. /",, armement naval.
Adonc se partit Mgr de Bethencourt et mess» Gadiffer et toute son armée de la
Rochelle, le premier jour de may 1402.
* Le Canarien, p. 4.
Armille {arraylV), s. /"., bracelet. Du lat. armilla^ dont le sens est
le même et qui se rattache lui-même à armus, jônctiân du bras et de l'épaule;
d"où l'angl. m-m, bras.
A à l'un d'eus doné s'espée. . . Al autre, si com nos lisom Refist de ses
armilles don.
Bén., Chron. de Norm., v. 20788.
Aromatizer {to aromatize), v. a., embaumer, emplir un corps mort de
substances balsamiques, propres à en assurer la conservation.
Mais à Roem fu seveliz Le cors bien aromatize.
BÉN., Chron. de Norm., v. 8355.
+ Aronde. V. Arunde.
-\- Arouffé [rufled) (1), adj., ébouriffé, hérissé.
Arouffai coum au mort meis (au temps de la mue), Le pigeon dira: Ma pigeoune.
Si n'était mort, j'te baiserais. Le v'io parti, ma mignioune!
^ Rimesguern., p. 167.
Arouter (s') {to aroute'), v. réfl., se grouper, se ranger, se placer autour.
Dérive de route, troupe, bande. V. Boute.
Tôt entor l'eschequier s'alerent arouter.
Boin. d'Alex, dans la Chron. de yorm., 11,51.5.
Arrayer ( to ca-ray, habiller, Sherw.; to array, ranger, dresser), v. a.,
équiper. V. le mot suivant.
(1) Dans le passage du dialecte normand à
l'anglais, l'aphérèse de l'a est un fait fréquent. V. à l'Introduction.
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(delwedd C0137) (tudalen 0069)
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— 69 —
Cent cinquante archiers, tous à cheval, armez et arrayés comme à leur estât
appartient.
Chron. du Mont S. Mich., p, 118.
Arrei (array), s. m., appareil, cortège, troupe, pompe, dé- ploiement de
forces. Art-ei est la forme normande cVarroi, mot que le français a conservé,
mais dont il use rarement, et que l'on trouve dans désarroi, en dial. norm.
desreî. — A>-aies, suite, appareil. Kel. V. Desrei, arrayer.
Li reis de Danemarche i mena grant arrei, Richement atorné, sur noble
palefrei.
Wace, Rom. de Hou, v. 3777.
Arrestement. V. Arestement,
Arrière {arere' i), adv., après, ensuite.
Le roy fist requerre trieves par le conte de Savoye, et elles fu- rent
acordées un an. par cy que le conte Guy de Flandres fust mys hors de prison,
et se accort n'estoit trouvé dedens cel an, il devoit aler en prison arrière.
Ce fait fut accordé. Si fut Tournay dessegié, et le conte ala en Flandre un
an, et puis rata (retourna) arrière en la prison du roy pour ce que on ne
peut paix ne acort trouver.
Cliron. norm. du XIV* s., p. 24.
Arrivement [arriving, Sherw.), s. m., arrivée.
Ce truis, sol quarante e dous anz Out vescu puis entièremeut De sun primier
arrivement.
BÉN., Chron de Norm., v. 8350.
Arriver, ariver [to arrim^ Golg.) , v. n., atterrir, accoster, aborder,
littéralement aller à la rive, ad ripam ire.
Deus li dona boen vent, à Sanwiz arriva.
S. Thom. le Mart.,\u 161.
Pur mes péchez, en (de Grèce) sui parti,
E ai'ivai en ceste terre.
Vie de S. Gile, v. 1988.
Cent nefs ariva, ceo m'est vis, Er seir al port de Veneris.
BÉN., Clu-on. de Norm., v. 1317, p. 50.
L'action d'atterrir est exprimée en angl, mod. \)^v arrivai; en V. angl. l'on
disait arriving, mot auquel Sherwood, entre autres acceptions, assigne celle
d'abordement. Or, abordemenl n'est point ici synonyme (V abordage , qui,
comme on le sait, se dit de la rencontre et du clioc de deux navires, tandis
qn'ahordeinfnl signifie atterrissage ou abord des navires, des bateaux, dans
un port. V. Cotgrave.
On retrouve ainsi dans les subst. angl. arrivai, arriving,
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(delwedd C0138) (tudalen 0070)
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— 70 —
comme dans le vocable fr. arrivage^ le sens primordial d'arriver, tel qu'il
vient d'être déterminé. On le rencontre de même dans le terme normand
ariveison, employé par Benoît:
E lor estoire (flotte) i arriva (en Bretagne), Eissi que nef n'en perilla. De
celle grant ariveison
Furent en effrei li Breton.
Chron . ,le Norin. , v. 28722.
+ Arrouser [to arrowze'), v. a . arroser. Du lat. adrorare.
Tu arouseras mei de ysope.
Lih. psalm., p. 68.
Desjà estoit toute la terre arrousée de la source de grâce, par infusion de
congnoissance d'un seul vray Dieu.
Al. Chart., VEsp., p. 349.
Arrouzant leu goziers.
D. pEn., Muse norrn,, p. 89.
y Arson, Arsun (arson)^ s. tn., incendie. Du lat. arsiis^ par un
intermédiaire fictif arsonem.
Pois fist à Mantes un arson; La vile mist tote en charbon.
Wace, Rom. de Hou, v. 14208.
Mais, quant il conut sa banière E vit l'arsun e la fumière De la cité qui fu
esprise, N'i out onc puis altre devise.
BÉN., Chron. de Nonn., v. 823.
Arsion se dit pour chaleur excessive, en patois normand de Guernesey, où
c'est un subst. fém.
I fait donc grand caud? — Vere, il y a une grande arsipn sus la cauchie
(chaussée).
Met., Diction, franco-nonn ., p. 31.
Art ( nrl ) , s. m., artifice, ruse. C'est le même sens que le rad. lat.
artem.
Cil les prennent, mais c'est à tort, E si vos dirai par quelle art.
BÉN., Rom. de Troie, v. 13349.
Si j'el pooie par force ne par art. . .
Wace. Rom. de Rou, v. 2904.
Artillerie {arlillery'), s. /"., armes de jet et de trait, non à feu,
comme arbalètes, flèches, lances, etc.
Le mot était usité, avant la pQudr£ à canon, et servait à désigner l'ensemble
des engins de guerre, soit pour l'nttaque, soit pour la défense.
Et ainsi fut fait, ja soit que les dits
maroniers en demusserent le plus qu'ils peurent, et d'artillerie et d'autres
choses qu'ils leur eust esté depuis bon besoing.
I LcCdiiaricii , p. 1 1.
Artimal, Artimaire [avlemnge'), s. m., magie.
E l'aTcevesque lor ocist Siglorel, L'encanteur ki jà fut en enfer; Par
l'artimal l'i cundoist Jupiter.
Chans. ile lioL. p. IKi.
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(delwedd C0139) (tudalen 0071)
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Si tost com il vient sor les Hors, Par l'artimaire des auclors,
Sont si sèches et encUes, Ainz que de riens soient tlaties Que riens ne set
que devienent.
BÉN., Rom. (le Troie, v. 1 1783.
Arunde, Aronde {anmde\ messager), s. /"., Inrondelle. Du lat.
hirundinem.
Si cume pulcin d'arunde issi crierai.
Lib. psalin,, p. 233.
Quant l'arunde l'ot escuté. De ses parens fisl assemblée.
Marie, Fable. 18.
L'aronde enaquant sen bibet.
Ri m. r/acrn., p. 105.
En Normandie, arondeUe se dit encore pour hiroiulello.
Asaarter, Assarter {lo assarl) , v. a., essarter, déMclior. Assarl.
Asaartent boisuns (buissons) e bois, Enportent zuches (souches) e racines,
Ostent blestes (gazons), estent espines.
Vie lie S. Aiiban, rubrique du i" 51) r".
Le 5 juin 1556, apprès disner. . . je fis commencer à assarter par Thomas
Drouet.
Journ. (lu s. de Gouberv., p. 272, éd. des Ani. de Norm.
Asaer (to assay')] v. a., prouver, démontrer, établir.
Beal frère Âbel, bien savez sermoner, Vostre raison asaer e mustrer.
Ail'i.m , p. 15,
Asaier, Assaier {lo assat/), v. a., essayer, tenter.
Cume il out la spée ceinte, alad e asaiad s'il se poust cuinl)atre si armez,
kar ne fud pas à tels armes acustumez.
Lus Rois, |). tili.
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(delwedd C0140) (tudalen 0072)
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— 72 —
Puis n'ot el pais cevalier Ki n'i venist por assaier.
Marie, Gugemer,v. 743.
Asauter. V. Assauter.
Ascons {to abscond , se cacher), adj., caché. Du lat. absconsvs, part, de
abscondere (1). V. Besconser, escuncer.
Si est ascons que blamet set, de dinz le hundred iv. humes le retent
(l'accusent), sei xij main s'espurget.
Lois de GuilL, 50.
Asconde s'est dit de même pour cachette, en dialecte normand:
Granz sunt les oz et les escheles beles. Entr'els n'en a ne pui, ne val, ne
tertre, Selve ne bois, asconse n'i poel estre Ben s'entre veient en mi la
pleine tere.
Chans. de Roi. p. 277.
Le verbe absconser se rencontre du reste dans Alain Chartier.
En certains jours jusques au soleil absconsant.
L'Esp., p. 352.
Aseer, Asseer [to asseer"), v. a., assurer, rendre stable. — Aseir,
rester. Kel. V. Seer, siu'seer, asserve.
Ces columpnes fîst li reis aseer dedenz le porche.
Les Rois, p. 253.
Pour lever, rappareiller et asseer la serreure de la première porte de la
forteresche, vi d.
Compte de 1340, ciié par M. Delisle dans les Actes norm. de la Ch. des
Comptes,^. 248.
Asejer, Asegier, Assegier {to assege'), v. a, assiéger.
David se cureçad forment e asejad la cited et prist la tur de Syon.
Les Rois, p. 137.
Monsteroil en Pontif a encore asegie.
^^'ACE, lioni. de Rou, v. 2589.
Les princes. . . prindrent conseil d'aler assegier Tournay.
Chron. norm. da XIV' s., p. 46.
(1) La syncope du h du radical, quand cette
lettre* se rencontre devant s, est très fréquente en dialecie normand. C'est
ainsi que nous allons bientôt la retrouver dans asols, asolu, cessant:: ihs
pour absous, du lat. absolutus; c'est ainsi encore que obscurus, ûbstinare,
substnnlia, etc., ont donné au même dialecte oscur, ostiner, sustance, formes
qui subsistent toujours en patois.
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(delwedd C0141) (tudalen 0073)
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— 73 —
AscmJDlement. V. Assemblemenl.
Asembler {to assemble), v. n., se rassembler, se joindre.
Une n'oïstes mais à nul jor Asembler plus felun estor (mêlée).
Bén., Chron. de Norni., v. 2703.
Asener, Assener (asene', conduit, dirigé), v. a., conduire.
Reis des angeles, faitres del mund. Père des choses qui 1 sunt, Qui tut
governe e tut ordeine, Qui tûtes riens vivanz asene.
BÉN., Chron. du Nor/n., v. 5.
Tel kuide son cheval munter K'il el frein ne poet assener.
Wace, Rom. de Rou, v. 10031.
Asent. V. Assen.
-j- Aseurer, Asseurer {asewryd', assuré), v. a., assurer. V. Seur., seurté.
Iceo meisme aseuront
Tuit cil des miens qui od mei sunt.
BÉN'., Chron. do Norm., v. 132G1.
Lireis fud el règne asseurez.
Les Roii?,\>. 112.
Je vous asseure que tout houme qui renvie sa famé. . .
MET., S. Matih., ch. xix, v. 9.
L'angl. mod. to assener, to asseverale, affirmer, pourrait bien n'être qu'une
corruption de notre verbe, qui se serait trouvé modifié par le changement de
Vu en v; changement des plus communs, comme on le sait.
Asise, Assise [assizes), s. f., taxe, impôt. D'où accise, excise,
dénomination des contributions indirectes en Angleterre. V. Assiette,
asséeiir.
E Manaen fist se asise e sun taillage sur tuz les riches humes de
Isral. (Indixitque Manahem argentum super Israël cunctis poten-
tibus et divitibus. ) „ . o«.
Les Rois, \). 393.
Ses ordenances, ses assises, Ses chasemens e ses devises N'es volum dire ne
retraire Kar si aureit jà à faire.
BÉ.N'.. Chron. de Norm., v. 37913.
D'où le verbe assesser, taxer, imposer; en angl. to assess.
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(delwedd C0142) (tudalen 0074)
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— 74 —
Il est communément dit que, par authoritée de Pariiament, l'es- cuage sera
assessé.
LiTTLET., Inst., 97.
Asoiler. V. Assoiler.
Asols, Asolu, Assoulz {assoiled, absous, Sherw. ), adj., absous, pur, sans
tache. — Assois, acquitté. Kel. V. Assoiler.
De sa main destre l'a asols
Chans. de Roi., p. 29.
Si raiente, si asolue, Si sa chère amie e sa drue, Que defors n'ait rien si
bien non, Tache, blasmene mesprison.
BÉN., Chron. deNorm., v. 21133.
Si les (prisonniers) rendi et puis fu assoulz.
P. Cochon, Chron. norm., p. 29, ôd. de Beauiep.
Ces trois formes se rattachent au lat. absolutus, part, pas. de ab%olvere.
La chute du b lat. dans les dérivés normands et anglais constitue un
idiotisme que nous avons signalé, en note, sous le mot ascons.
Asoter. V. Assoler.
Aspirer {to aspyre'}, v. a., inspirer. Du lat. a.«/)i>«re, litté- ralement
soufQer vers, au figuré communiquer.
Teu parole unt le duc nonciée , Si cum Deus les out aspirez.
Ben., Chron. de Norm., v. 20754.
D'où aspirement, inspiration,
Franque respont certainement; Est de Deum aspirement
Ceo que jeo foi dire e voleir.
Id., ib., p. 6977.
Aspre {aspre'), adj., rude, rigide. Du lat. asper. V. le mot suivant.
Unt del conte fait l'aquitance, Del aspre chevalier e del pruz E d'un des
plus vaillanz de tuz.
Id., ib., V. 4096.
Asprece, Aspresse {asprenesse'), s. f., âpreté, rudesse.
Dune sai que cil de Normendie
Les troverent de ^rant asprece.
Id ,ih.,y.22mL
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(delwedd C0143) (tudalen 0075)
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— 75 -
Pitié et raison confesse
Qu'il n'est dangier ne aspresse,
Péril de mort ou tristesse, Que ne doyez soustenir.
Al. Ghaht., Le lay de la Paix, p. 547.
Assai. V. Asset.
Assaier. V. xUaier.
Assaillcur {assailei\ Sherw.), 5. m., assaillant.
La defflance de humaine puissance... les fit de vaincus vain- queurs et de
chassez assailleurs.
Al. Chaut., l'Esp., p. 361.
Assaillie {assailmg, Cotg.; assaile'), s. f., attaque, assaut.
Jà lur vuldrunt merir e rendre L'assaillie qu'il lur unt faite.
Bén. Chroii. 'le Norm., v. 3771.
Assart [assart^ essartement, défrichcnieut), x.m.; destruction,
extermination, massacre. V, Asarter, essarl.
Descunfit s'en vunt li bastard, Dunt li rois fait grant assart.
Vie de S. Aiiban, rubrique du f" 5(> r".
Assart est passé ici, comme on le voit, du sens pi'opre au sens figuré.
Pareil fait s'est produit en v. fr., en ce qui louche l'emploi du mot
synonyme essart, subst. aujourd'hui banni de la langue, où il a laissé le
verbe essarter.
Les almosnes (hôpitaux) essille e art
E des mostiers refait essars (lieu abandonné).
GuiL. DE S. Pau;, Ifom. da Mont S. Midi., v. 1 103
I font de cels de l'ost essart.
nom. de Troii',\. 14435.
Assarter. V. Asaarler.
Assault (assault), s. m., menace, tentative de voie de fait. Terme d'ancien
droit normand, resté usité en Angleterre.
L'en fait suyte (poursuite) d'assault et de paix brisée, en diverses
manières, selon la diversité des lieux.
Ane. Coût, de Norm., ch. lxxv.
+ Assauter {to assault), v. a., assaillir, attaquer. V. Assault.
Cil de Chartres forment l'asaut
GuiLL. DE S. Pair, Rom. du Mont S. Mich., v. 1598.
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(delwedd C0144) (tudalen 0076)
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— 76 —
Tute ma vie sans lecherie Saynt Marie, ke ne sey hunie, Si cest ribaud par
mal me asaut. P. Meyer, Pastourelle anglo-norm, — Romania, IV. 382,
L7 du radical bas-lat. assalire, que l'on rencontre dans la forme anglaise to
assault^ se retrouve de même dans l'ancien dialecte normand:
Douleur m'aasault fierment.
Al. Chart. Le Lia. des quatre Dames, p. 638.
Car j'ay un mal: la soif souvent m'assault.
J. Le Houx, Chans. du Vau de Vire, p. 140.
Assauvément ( to assave', sauver), adv., en laissant sain et sauf, sans faire
aucun mal. V. Sauvement, salvemenl.
Dès or vos di queu lor empire Eisi en paiz, assauvément, C'unc n'i trova
autre content.
l'>Éy.,Chron. de Sorm., v. 8641.
Sauvement a été employé aussi par Benoît dans le même sens.
L'en laissent torner sauvement.
Ib.,y. 13104.
Assayeur. Y. Asseeur.
Asseer. V. Aseer.
Asseeur, Assayeur lassessor, asseore')^ s. m., celui qui déterminait
l'assiette de la taille et généralement de tous les impôts et taxes.
Halliwell interprète usscore par huissier; nous croyons qu'il doit commettre
là une erreur: asseeur dans Gotgrave, comme dans Ducange (v» Assidator), a
bien l'acception qu'on vient d'indiquer (V. Asise, assiette).
Vostre Majesté sera suppliée qu'il soit enjoint aux asseeurs, col- lecteurs
des tailles, en chacune parroisse, garder esgalité et sup- porter les
pauvres, ayant esgard à leurs moyens.
Conv. des Trois Et. de Sorm. de 1-595, p. 88.
Led. jour (4 décembre 1558). . . se trouvèrent à coucher céans... Guillaume
Gaillard, Guillaume Rouxel, Jehan Becquet, assayeurs(l) de la taille de
Gouberville.
Jauni, dus. de Gouberoille, p. 464, éd. des Antiq. de Noriii.
(1) A la date du 8 du même mois, le s. de
Gouberville use d'une autre forme, plus exacte, du même mot.
Pierres Fleury, d'.\ngorille, ^t Jacques Alexandre... me prièrent d'esoripvre
aux asseyeurs de la taille de Gouber\-ille, pour led. .\lexandre, ce que je
fys. Journ. du s. Goubcrv., p. 465, même éd.
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(delwedd C0145) (tudalen 0077)
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Assegier. V. Asejer.
Assegurer [to assecure'), v. a., mellre en
sûreté, à l'abri, rassurer. — Assequrer, rendre sauf. Kel.
La reine l'assegura, Bel le reçut et enora.
Wace, Itom. de liou, v. 15770.
D'où asegurement, sûreté, garantie:
Le message, l'entendement «.
E trestot l'asegurement Que 11 reis si fait par Conun, Sun riche duc e baron,
Mande Guillaume à Lowis.
Bén., Chron.de Norm., y. 10207.
Asseiz. V. Asset.
-f Assemblement {assemblemenl'), s. m., réunion. — Assembleemenl, assemblée.
Kel. Un assemblement de famille se dit, en putois normand, pour un conseil de
famille.
Noment le terme de lor asemblement.
Alex., str. 10. • E cels assemblemenz Ki esteient des genz, Nones les
apelouent.
Pu. DE Tii.\ON, Comput,v. 1H3.
Assen, Asent, Assent {assent)., s. m., assentiment, consentement, accord. Du
lat. assensus.
Mult les esloigne et mult les seivre D'icele part, d'icel assen.
BÉN.,67/ro/i. deNorm., v. 33067.
A une abeie de moinnes gris, Par le asent le rei Lowis,
De bone gent, Hoc demora en cet païs.
Vie de S. Thoin. de Cant., p. G21, c. 2, var.
Tous d'un commun accord et assent, avoient mis. . .
S. DE Cauteret, Chron. de Jersey, p. 19.
Assenl est usité en patois normand, avec le sens de jugement, entendement.
L'on dit d'une personne qu'elle n'a pas son assent, quand elle a l'esprit
faible ou troublé et qu'on ne la croit pas capable de donner un consentement
éclairé.
Assener. V. Asener.
Assent. V. Assen.
Asserre [to asseer'), v. a., assurer. V. Aseer.
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(delwedd C0146) (tudalen 0078)
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— /« —
Or luy faut vertu enqiierre Et grâce de Dieu exquerre, Qui mérites
(récompenses) lui asserre.
Al. Chart., l'Esp., p. 384.
4- Asset, Asseiz. (asseth'), ndv.^ assez, suffisamment. Du lat. ad salis.
De treis flèches e d'un moschet (tiercelet) Deit asset aveir teu vaslet.
Bén., Chron. de Norm., v. 14828.
Dune s'est li asnes purpenseiz Ke melx dou chien vault il asseiz.
Marie, Fable 16.
Des trespasses (transgressions) faits enconter la peace le roy sont assetz
eisié à méditer.
HoHNE.s, M ijrror of Justice, ch. 11, sect. 24.
Si les journieurs en beivent assai.
Rimes guern., p. 29.
Il y en a essais.
Rimesjers., p. 131.
+ Asseurer. V. Asewer.
Asseyeur. V. Asseew.
Assiduelment, Assiduelement (assidually'), adv., constamment.
Le num d'eals esfaças en pardurabletet et assiduelment.
Liv. des Ps., ix, 5.
Li maledes ki gist assiduelement muz pez ço est mal.
Pet. traité de inéd. du KIY^s., publii- par M. Boucherie, p. 4.
Assiégement {assege'),s. m., siège, opérations d'une armée devant une place
forte ou devant une ville fortifiée, pour s'en emparer.
Le roy (Henri 111 1, . . . attendant l'assiégement qu'il vouUoit faire de la
ville de Paris,. . . avoit envoie quelques compaignies. . .
Juuj-n. d'un bourg, de Gisors, p. 9.
Assiette (assessing, Cotg.; assessment), s. /"., taxe, impôt, taille. V.
Asise, asseeur, seer, aseer. Notre mot se rattache probablement à ces deux
derniers verbes.
Le xxii« jour de juillet l'an mil I1II'=XXXIX, fut une assiette falote sur
les habitans de la ville et viconté d'Avrenches de la somme de mil livres
tournois que les diz habitans consentirent estre levez sur eulx pour donner,
etc.
Chron. du Mont S. Mich. II, 117. Pièces div.
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(delwedd C0147) (tudalen 0079)
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- 79 —
+ Assiner {assinde', sinede' (1), assigné), v. a., assigner; citer par
exploit à comparaître en justice.
Le cas en yert déterminé Par enqueste, par jour assiné.
Coût, de Norm. en v., p. 65.
1. Assise {assise* 1), s. m., situation, emplacement.
. . . veient le assise Veient la force e la purprise.
Béx., Chron. de Norrn.,\. 3138.
2. Assise (impôt). V. Asisc.
Assoiler, Asoiler, Assoler, Assoldre {to assoyle, Palsg. ), v. a., absoudre.
Du lat. ahsolvere. V. Asols.
Sire Deus,. .. Pardonez Et assoyiez Icel gentil sire.
La prière du Prisonnier (2), stt. 3,
(Dieu) de toz pecchiez nos asoille.
Vie de S. Grég., v. 1192.
Il les assoleit tuz cle?s et lais del pecliié.
S. Thom. le Marc, p. 159.
E se de rien mesfait li ai ,To meisme m'en assoldrai.
Wace, nom. de Bou, v. 11967.
Assoldre, Assoler. V. Assoiler.
Assorter {assorte', assemblée), v. a., assembler, rassembler.
Les dis Bourgoignons firent descharger leur artielerie qu'ilz avoient là
assortée.
Chron. du Mont S. Mich,, p. 73.
+ Assoler (to assote', être affolé), v. a., ennuyer, fatiguer, rendre sot.
Asotez le par votre sens.
BÉN., Chron. de \urfn.,v. i4319.
Trop par sûmes fous asotez.
Vie de S. Gréy., v. 1026.
Assoulz. V. Asols.
(1) L'aphérèse de l'a se rencontre fréquemment
dans le passage du normand à l'anglais. V. ce qui est dit à ce sujet en
l'introduction,
(2) Cette prière est reproduite au f" 160 b du Liber de antiquis legibus
conservé au Guildliall do Londres.
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(delwedd C0148) (tudalen 0080)
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— 80 —
Assuager, Assuagement, V. Asuager, asiiagement.
Assubjectir (to assubject, Sherw. ), v. a., assujétir, astreindre, obliger.
Les marchands ne peuvent, sans notable inconvénient, estre assubjectis aux
formes praticquées aux jurisdictions ordinaires.
Cah.desÈt. de Norm. de 1608, p. 148.
Assurdir {assurded', sourd), v. n., demeurer sourd, fermer Toreille.
A la meie terme ne te assurdisses.
Lit}, des Ps., xxxviii, 14,
Astronomien {nstronomien*), s. m., astrologue, astronome.
Li cumposistien
E astronomien
Unt enz el ciel truvée
Une veie esguardée
Par quei li soleilz voit
E tuz tens sun curs fait.
Phil. de Thaon, Comput, v. 351.
Cil philosophe Tholomée Qui sur touz ot la renommée D'estre bon astronomien
Au temps l'emperiere Adrien.
PeC. Poém. du Mont S. Michel, p. 12.
Asuagement (assuagement), s. m., adoucissemenf, soulagement. Dérive du
préfixe a et de suage ou souage (1), mots qui eux-mêmes se rattachent au lat.
solatiiim. V. le mot suivant.
Neient tant a la gent En asuagement.
Phil. de Thaon, Comput, v. 297.
Le même substantif, avec la particule reduplicative, se rencontre dans Marie
de France:
Un poi de rasuagement Li tolist auques la dolur.
Gugemer, v. 424.
Asuajer, Asuager, Assuager [to assuage), v. a., apaiser,
soulager, adoucir, fléchir. V. Asuagement^ suager.
Tu asuajas tute la tue ire.
Lib. psalm., p. 120.
1) Icellui Paumelle, qui comme collecteur
d'une taille assize pour la soue ou souage du pays commun.
Let. de rém. de 1452, Duc, Solatium, 3,
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(delwedd C0149) (tudalen 0081)
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— 81 —
Monials establissenieuz
E toz l'ordres que tient covenz
Sout e aprisf que son corage
Del tut s'i doue e asuage.
Ecclesial religion
E sainte conversation
Li plout soiautres desiers.
Bkn., cil ma. lU- Nonn., v. 803S.
Larrez-lui Normendie, se ire vus assuage.
Cliroii. ileJurii. FanC, v. 55.
Asummer, Asumer {lo assu/ne)^ i\ a., affirmer, soutenir. Asummée est e
acumplie encuntretun niarid sa malice.
Lr.s- /,'<jis. p. 9S.
Par cest ess.'uiple vus asume K'ensi est de l'orgeleux hume.
Marie, Fable 76.
Atalenter {to entalente), v. n., avoir pour agréable, plaire, convenir.
Dérive de talent, désir, penchant, inclination. V. Talent, entalenter,
mautalent.
Guarnemens unt ki leu lor atalentent.
Chans. de Roi., p. 250.
Bernart li Daneis out famé e bêle e gente; A plusors des barons ertcosine vi
parente, Un Francheis l'a veue, forment li atalente.
Wace, Bout. <lii liou, \. Srjl.'j.
D'où le subst. atalentemeat, entraînement, inclination, affection, tendresse:
Trespasserent en atalentemen de quer. (Transierunt in affecta cordis.)
Lib. psnlm.,]). 95, var.
A tant, Atant, A taunt, Ataunt {ataunt') loc. adv., ainsi, de cette manière,
de la sorte, comme cela. Ataunt:, huit, autant. Kel.
A tant unt pris de lui cungé.
VirdrS. (li/,; v. 1030.
E cil s'eé est tornez atant.
Bkn., C/iron. de Noriii., v. 65Ï)(J.
Ireement li demanda
Purquoi ne volt venir avaunt.
Li gopilz li respunt à taunt:
Sire, fet il, n'i ose entrer,
Car n"en vois nule returner
Des bestes qui aine i entrèrent
E pur vus veir i alerent.
Mai;ie. Kal)lo liS.
Ne Ivout huncore pas li reis ataunt sufïrir.
S. T/iom. le Mnrt.. p. 53.
Ataquer. V. Attaquer.
A taunt. V. A tant.
Atempreement {attemprely')., adv.^ avec calme, douce-r ment. Dulst.
attemjjerata mente. V. les deux mots suiv. et Aitemprance.
Respundi li reis de Israël tut atempreement: Di, si te plaist, purquei.
Les Rois, p. 350.
Atemprement (attempring. Sherw.), s. m., douceur, mo- dération. V.
Atternprance, atemprer, atempreement^ temprance.
Kar par Tatemprement del air,
Ne trop esté, ne trop iver.
En sunt li grant règne habitable.
Béx., Chron. de Norm., v. 189.
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(delwedd C0150) (tudalen 0082)
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Atemprer {ta
dtteiaper, to attempre"), v. a., adoucir, mo- dérer. Du préf. ad et
temperare. V. les deux mots qui précédent, atternprance, temprer.
Kar alques fu li dol amesured e atempred de la mort Amon.
Les Rois, p. 1G7.
Or nestot dire del pedre e de la medre E de la spose, com il le regreterent,
Quer toit en ont lor voiz si atempredes Que toit li plainstrent e toit le
doloserent; Cel jor out cent mil lairmes ploredes.
Ale.c, sir. 119.
Atendance, Attendance [attendance, Sherw.}, s. f.. attente, prévision.
Rous fu en tel désespérance Qu'en sa vie n'out atendance Qu'il pert le quor e
pert le cors.
BÉN., C///'o/t. f/e iVo/v»., V. 209T.
... De si haut don sui en attendance.
R.\OUL DK FEUiaHUES, C/Jft/!S., p. 21.
Atendre, Attendre [to attend.)., v. n., faire attention à, s'attacher à,
s'occuper de. Du lat. attendere., littéralement tendre vers, faire attention.
Atendiet à la voiz de la meie preiere.
Lib. psalm., p. 84.
J
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(delwedd C0151) (tudalen 0083)
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— 83 —
Aniy, je prens congé de vous; Je ne sçay quant vous reverray. Si vous fault
rien, pourvoyez vous, Ne vous attendez plus à moy.
Ckans. norin. dit XV'' s. Rec. Gasté, p. Hf(.
Atheiste {atheist}, s. )it., athée.
Voila des actes fort énormes et bien inhumains, etcroy qi\e ceux qui les
commettent ou qui les font commettre, sont vrais atheistes, puisqu'ils ne
craignent Dieu. •■
DE Bras, Ifcr/i. ,-/, ,uiti(/. '/rln Ville ili- Cacn, p. lli.").
Athocher. V. Atocher.
+ Atie. V. Ilatie.
Atitelé, Atitié {atitlecV)^ adj., attitré, en titres. V. Tii/e.
A cest liu servir furent dut pruveire atitelé.
Les Boin , p. 2.
E en la mesnée Auban est atltlé.
Vie de S. Auhan, v. 1031 .
Atocher, Athocher (atoh', pris, saisi), v. a., toucher.
Que riens fust par lui atochié.
Bén., Ctiron. de Norni., v. 8854,
Morir estuet kui mort athoche.
HisC. de G ail. Le Marévlicd, v. 9102.
Ce verbe est resté d'un fréquent usage en Normandie sous la forme atoucher: «
J'te d'fends d'atouciier m's ôtils ». Ici atoucher signifie aussi bien
prendre (sens du mot an- glais) que touclier.
Les anciennes formes dialectales du mot sont (indépen- damment (Vaioclier)
atuchier, attoucher:
Car si tost cum li sains pout la terre atuchier. . .
S. Thom. le Miirt.,i^. 190.
Ils pevent escoupeller un arbre, quant il est vert et sec, attou- cher au
vert.
L, Delisle, Z-M'/rfr, enNorin, attmuij, iif/e,p, 30..?,
-\- Atomie, Anatomie {aloviy\ anatoymj), s. f., squelette.
Un vieil homme, grand et sec comme une anatomie.
!Vouv. fabv. des excetl. t.i: de ver,, p. 11.
Triste coumme une atomie, Qui danse au bal des revenants.
Met., Diccion.ffuiico-norin.fii, 33,
Dans la Seine-Inf. antomie a la même acception. V. le
Diction, du licit. du pays de Bra]j,dn M, Decorde.
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(delwedd C0152) (tudalen 0084)
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— 84 —
Atome. V. Attourné.
1. Atorner {to attourné'), v. n., renvoyer.
A grant peine l'en funt aler, Ne li durent jà atorner.
BÉN., Cliron. de Norm,, v. 5473,
2. Atorner (employer quelqu'un comme attourné). V. Attourner.
3. Atorner (préparer). V. Aturner. + Atoucher. V. A tacher.
Atour (attour), s. m., roiffure.
Semiramis de Babiloine laissa bien à moitié ses cheveulx à pei- gner, quant,
en les peignant, on luy nonça la rébellion de sa cité, et demoura l'atour de
son chief demy à point et demy desordonné, jusques elle eust, par pouvoir
d'armes, sa cité mise en subjection.
Al. Chart., Le Quadrilogue,^. 414.
Atourner. V. Atu7-ner.
Atriblé {attrite, frotté, foulé), adj., hroyé, écrasé.
Atriblé sunt li mien os (attrita sunt ossa mea).
Liv. des Ps., XXXI, 3.
Atropeler (s') {ta troop) (1), v. re'/?., s'attrouper, s'assembler en troupe
et en tumulte. V. Trope, tropeler.
Conrei funt d'eus, si s'atropelent, Puis funt as brans d'acer la vue.
BÉN., Chron. de Norm-, v. 5488,
Attaindre [toattaint), v. a., entacher, vicier. V. Attainte.
Il attaint la possession de l'héritage discordable (litigieux).
Ordon. du Pari, de Norm. de 1515.
Attainte [attainder. Sherw.), s. /",, imputation ou convie- lion d'un
crime. Cet ancien terme de droit normand subsiste encore en anglais, mais il
n'y a pas conservé Tacception générale qui vient d'être indiquée; attaint ne
s'a2jplique plus aujourd'hui, en droit anglais, qu'à la poursuite dirigée
contre un jury pour faux verdict. V. Attaindre.
Justiciement si est contrainte D'estre à droit sur aulcune attainte.
Coût, de A'orm. en vers, p. 55.
(l) La chute du préfixe a, dans ce verbe et
dans beaucoup d'autres d'ori- gine normande, est expliquée en l'Introduction.
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(delwedd C0153) (tudalen 0085)
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— 85 —
Et la cause ou raison pourquoy on a terme de quinze jours en tel cas, que on
n'auroit pas contre une attainte.
Le Rouillé, Gr. vont. deNoi-m., f- Ixxix W
4- Attaquer {lo tacJi) (1), v. a., attacher. V. Estache, taque, taquet.
Li leus besa le hirecon;
E cil l'ahert à son grenon,
A ses lafres s'est atakiés
E od ses broches afichiez. "■
Marie, Fable 62,
L'un d'iceux (chiens) la chienne couvrit , lequel y estant demeuré attaqué...
Nouu.fabr. des tr. de oér., p. 79.
L'houmme quitt'ra sen père et sa mère et s'attaqu'ra à sa famé, et i n'
s'ront pus les daeux qu'une seule chair.
Met., s. Mattti., ch. xix, v. 5.
Attaquer, en dialecte normand, et attacher, eu vieux français, signifient
tout à la fois assujétiiune chose à une autre et exercer un acte d'agression.
Attacher a perdu ce dernier sens en français, et cette langue, pour
l'exprimer, a emprunté au dialecte normand le verbe attaquer, lequel, en ce
dialecte, a conservé les deux acceptions (2).
-|- Attédier {tedious, ennuyeux), v. a., ennuyer, fatiguer. Du préf. ad et
tœdre.
N'abrégeons point nostre vie Par trop nous attédier.
J. Le Houx, Clians. da V aa-de-V i ve , p. 73.
Sont aussi en cest duché (de Normandie) plus de cent fiefs de haubert,
lesquels, en les nomant particulièrement, ne feroyent qu ennuyer et attédier
les lecteurs.
DE BiiAS, lU'cli. etantiq, de la ville de Cacn, p. 14.
Attemprance {attemperance'), s. f., tempérance, modéra- lion. V. Atemprer,
atenipreemeat, temprance.
Par trop manger, superfluité vient; Par trop jeûner, il vient mainte
feblesse. Attemprance mettre à son cas convient, En peu de temps, l'homme
change et devient Autre qui n'a esté en sa jeunesse.
P. Gring., I, lOL
On trouve attrempance (metathèse de notre mot) dans k\. Chartier, avec le
sens de lenteur:
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(delwedd C0154) (tudalen 0086)
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(1) Même observation qu'eu la note de la page 84.
(2) Voir ce qui a eié dit. à ce sujet dans nos Études pliilolofiiiiues
d'anomastiqwe normande, p. 424.
— m —
Chose de legier venue, legierement déchet, et les arbres plus hastifz portent
fruict de moindre garde et de plus courte durée iiue ceulx qui, à longue
attrempance et droit cultivement, reçoivent leur meurté en la chaleur du
soleil.
Z,'£'syA, p. 358.
Attemprer. V. Atemprer.
Attemptat (attemptate, attempt), s. m., attentat. V. A^ tei/ipler, tempter,
temptation.
Le sergent, pour quoy il appelle laide du prince, crye haro; le (juel haro
ainsi cryé. la partie doibt cesser de son entreprinse. Et ft'aulcune chose
ilfaict après, c'est par attemptat, et doibt tout estre reparé.
Ori/.on. 'lu Pari, de Norm. de 1515.
C'est ung cas d'attemptat et qui requert siège d'assise.
Le Rouillé, Gr. Coût. <le Norm.. f" cxxiv, v°.
Attempter {to attempt), v. n,, attenter. Du Las lat. ad lemptare, fait sur le
lat. adtentare, porter la main sur. V. Tempter, attemptat.
Quant il y a sur ce information suffisant, doibt la partie qui attempte estre
de Tattemptat condamné en amende.
Ordon. dit Porl. de yorm. <le 1515.
Affin... que contre ne eu préjudice d'iceulx, il n'attempte en aulcune
manière, pour ce que la chose luy touche.
Le Rouillé, Gv. coût, de Norm., 1' cxiij v".
Attendance, Attendre. V. Atendance., atendre. Attirer {lu atire). v. a.,
préparer, apprêter.
lïedoublours achantauntz à scient dras emblés, et les attire en autre forme .
. .
Britton, Loir d'Anyl., i° 71 v°, dans Lacurne.
D'où le snJjst. atraiz, préparatifs, apprêts, équipement.
Li navies c li atraiz
Fu en assez poi d'ure faiz.
HÉN., Chron. de Norm., v. 28688.
Attoucher. V. A tâcher.
-f Attourné, Atome, Aturné {attoraeij; atome'; atturney, Sherw.), s. m..,
procureur, avoué, mandatataire. Gotgrave, dans son dictionnaire, devant le
mot actournée, signale attourné comme étant un mot normand.*
Ne sai ke li reis ont et li sun aturné.
.S. Thoin. le Mart.. p. 21.
.Vtlourné est cil qui est attourné par devant la justice pour aul-
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(delwedd C0155) (tudalen 0087)
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— 87 —
cun en eschiqiiier ou en l'assise où il" y a record, à poursuyr ou à défendre
sa querelle ou sa droicture.
Ane. cou/., de Noriii., cil. l\v.
Enfont dedanz aage (enfant mineur) ne puet fere atorné.
MAnx., Établiss. de l'Échirj. ilc Novm., p. 78.
Guilfrey de Gonneville, attourné de Jehan Desboys.
Fieffc de 144H, du Cartul. de Lisieux, f" 33.
L'attournc s'adressera au greffier, afin que celui-ci fixe un jour pour, etc.
Projet de loi, public^ dans laDlomi. ehron, (/e Jer.<!ei/,{) ixoùl 1879,
Attournée {attorne^ishlp), s. /"., procuration. V. le mol qui précède et
les deux qui suivent.
Par la coustume de Normendie, aulcun ne peut passer attournée à querelle
mouvoir.
Le Rouillé, (h-. Cou'. <(<■ Sovm.. i" l.x.xxij v".
Attournée peut estre faicte par lettres du roy, leues en assise.
Ane. ColU. de Norm. ch. lxv.
Attournement {attournemenV , atturnement, Sherw.), s. m.., institution
d'attourné, ce que l'on appelle aujourd'hui, en Droit français, constitution
d'avoué. V. les deux niol.s qui précédent et celui qui suit.
Quant l'en faict l'attournement en court qui porte record, si ce est faict en
derrière de l'autre partie, sa condition est empirce contre di'oict, car s'il
gaigne contre l'altournc, il ne sçaura pas, ne pourra demander le record de
l'attournement.
.1 /('.-. (-oui. lie Norm., ch. i,xv.
Attourner, Atorner [ta cUtorneij), v. «., employer comme mandataire ad
liteni, comme procureur. V. les trois mots qui ]) récèdent.
Et si (l'attourné) doibt estre receu en tel estât de la querelle, comme cil
qui l'attournera. Et l'attourné ne doibt de riens estre ouy tant comme cil
soit présent qui l'attourna.
Ane. eoat, de Norm. ch. i,xv.
L'abesse de Mostier Yiler atorne Thomas le Clerc, en Cauz, en lieu de luy et
une seue nonain en Normandie outre Sainne, là où elle ne porra estre.
Marniek, Établis, i/e l'Ée/ii'j. de Norm.. \k 157.
Atturnement. V. Attournement.
Atuchier. V. Alocher.
Aturné. V. Attourné.
Aturner, Atorner, Atourner [h> <ilturn, arranger, Cotj^a-.: atournecV,
équipé, accoutré), /;-. a., préparer, mettre en étal.
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(delwedd C0156) (tudalen 0088)
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— 88 — Grant cunrei ad aturné.
Le.? Bois, p. 30.
Hasteis s'eirent li marruglier De l'igliese
tote junchier Et d'atorner si cum deveient.
GuiLL. DE St-Pair, Boni. Ja Mont S. Midi., v. 969.
Premier, convient retourner à soy mesmes par correction et soy atourner à
faire devoir.
Al. Chart., l'Esp., p. 358.
Aubaleste (awblast'), s. /"., arbalète.
Item, eii la chambre au commandoour, i. aubaleste; item,respée au
commandoour. . .
Inient. de 1307, cité par M. Delisle dans l'Afjric. en Nom. au moij. âge, p.
426.
Auborne {auburu). adj., châtain clair. Dn lut. alburnum.
Ne fu nez mieklres chevaliers; Les ielz aveit hardis et fiers, Chevox aveit
Ions et aubornes.
Bex., nom. rie Troie, \. 5139.
Auctorité (auctorite., Pals<^.)i s. f., autorité, puissance. Du iat.
auctorilatem.
Del leu qui tant aveit esté Lune tens de grant auctorité Sul fu après e
ennermiz.
Ben., Chron. de^orm., v. 975, p. 38.
Il est de Roume confermé E tenu en auctorité.
Vie <l.e S. Gile, v. 3485.
knctviC {auclour')^ s. m., auteur. Du Iat. auctor.
N'unt auctur ki garantie Lur cuntruvure e lur folie.
Vie de S. Auban, Rubrique du f" 54 v.
Aufin (aufyn), s. m. Fou, pièce du jeu d'échecs, kuf %& (lit en anglais
moderne, ])Our sot, idiot. Aufn dérive du basdat. alphinns., alphilus. Le Fou
du jeu d'échecs est désigné par ce dernier mot dans un ms. cité par Lacurne,
intitulé « Livre moral des Eschez » (n° 7389) (1), et alfilus dérive lui-même
de l'arabe al, le et fil., éléphant; cet ani-
(I ) Voici le passage de ce ms. reproduit par
Lacurne, v° Aljtn:
Il pedes (le pion') ad bellum prior; incipit ille duellum, Alphilus in ternis
parât insidias inimieis: Miles de cavalier) in obliqno, punclo me<Uo
dcrelicto, Pugnat prudenter, etc.
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(delwedd C0157) (tudalen 0089)
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— 89 —
mal ayant représenté la pièce dite le Fou, dans le jeu d'échecs primitif.
Jà n'aura Robert de Vaux si bon sabelin,
Ne mangié la viende, ne beu de tel vin,
Quant verra tanz beaus escuz, tanz healmes peitevins,
Ne volsist en l'eschekier devenir un aulin.
Citron, de Jord. Faut., v. 588.
S'ele faisoit d'un aufui troie (1), Si diroit-il que l'a bien trait.
Mil: de la B. M. V., v. 210.
Augmenteur {augmenter), s. m., personne qui augmente, ({ni multiplie.
Car nobles d'antiquité
Gardoyent coste solemnité
Comme augmenteurs de bonnes loix.
P. GlllNG., I, 101.
Aukes [aughl), s. m., tout, toute chose, tous. Même radical que Cliques. V.
ce mot.
Aukes li ert sauvage e griel'. A traire ceo qu'il quide à chief.
RÉN., Cliron. de \orin., v. tG3.
Par lui e par sa force d'aukes serrad' vengée.
C/iro/i. de JoriL Fant., v. 780.
Aumosne (Pure et franche). V. P«re et franche aumosne.
Auncien. V. Auntlent.
Aunte, + Ante {aimt), .s. f., t;inle. Du lai. amita. Haalin, oncle. Kel.
Dame,m'aunte ki me nuri, L'abbeesse ki'l me bailla, A garder me lé comanda.
iVlMiiE, Fresne, v. 435.
Son dreit noun fust Emelync et fust la aunte sire Fouke.
Hist. de Fouhiaes, p. 55.
Estoit la royne Jebanne ante au roy de Navarre.
Cliroii. norin. du XIV' s., p.!0S.
Vinst Margueritte Berger, ante deDamours. . .
Juurii. dit s. de Gouberoil/e, p. 707.
Or su! va consulter te n'ante et ten biau frère, Et, si je sieus ten fait, tu
me le f ras saver.
!.. Pet., 31 use non»., p. i).
(.1) Ancien terme du jeu d'échecs;.
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(delwedd C0158) (tudalen 0090)
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— 90 —
Auntien, Auncien {aunciertl^ Shenv.; auncian). adj., an- cien. Y. A/icio/}.
Vers Excestre, en cel pais, Maneit un reis mut poestis, Vieùs humme e auntien
esteit, Ki heir madle ne avait.
Mauie. EUduc, V. 91.
Li plus auncien estes, assenser nus devez.
.S'. Thom. le Mart.,i>. 54.
Auntif, Auntivement (aunter', aventure; aunterous', aventureux), aventureux,
aventureusement.
Auntif sunt qui si faitement Vivent en siècle auntivement.
BÉy.. Chron- de Norni.w 1118-5.
Auques. V. Aîqiies.
Aure {aura, exhalai-son, vapeur), s. /".. brise printanière, vent doux.
Du lat. aura, souffle léger.
Qu'od l'aure dulce, el tens novel, Quant reverdiront li ramel, Et la mer ert
paisible et quoie, Tendron vers France nostre voie.
BÉN., Chron. dc.\orm., v. 1788.
Aûsez (used), adj., accoutumé, usit*^, en usa.ue.
Il est un merveillus bers de sa bachelerie, à bataille aùsez.
Les Bois, p. 65.
Ensi cum il ert aïi.sez E de bataille acustumez, Segure, senz dute e senz
esfrei, Lur a cumencié le turnei.
BÉN-, Chron, de Norni., v. 1101.
Autentique {authenfio, adj., qni a de l'autorité; puissant.
Les juges sont sages personnes et autentiques, qui en court font jugement de
ce qu'ilz oyent.
Alla. coût, de Norm. ch. ix.
Preslres et chevaliers sont personnes plus notables et plus autentiques,
parquoy il suffit de mendre nombre que aultres personnes.
Le Rouillé, Gr. vout. de Norm., i° cxxxj v°.
Auter {aicler'). s. ///., autel. Du lat. altar.
■ Après la
messe mult se oura Devant l'auter.
Yie df S. Thom. de C(ux(., p. 022, C. i, var.
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(delwedd C0159) (tudalen 0091)
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— 91 —
Devant l'auter la cucherun E à Deu la cumanderun.
-Mauie, Elùlac, V. 929.
Autor (author), s. m., auteur, créaleur, cause première. Du lat. auctorem.
Omnipotens veirs Deus autisme. . .
Qui (iel mund fus ordeneres
Faitre e autor. . . ^
Bén., Chi-oii, (le Norni., v. 2107.
Avaler {to avale), v. «., descendre, aliaisser.
Nostre sires avalad les ciels e descendid (inclinavit cœlos et des- cendit.)
Les Rois, 1). 20G.
Li rois est o sa force desoz Elve avalez.
\V.\CE, Boni, (le Uoii. V. 1,j83.
1. Avancer, Advancer {Lo avance , io advance), v. a., re- lever, rehausser, illustrer,
distinguer, honorer. V. Avancir.
Se combati pur seint Esglise Avancer.
Vie </f S. Tliotn. (le Catitorb., v. .5.
Aus quels a esté par nous renrionstré les causes d'une telle et si nécessaire
convention (convocation), pour adviser par ensemble les moyens de advancer
ladite université (de Caen), fort decheutc depuis les troubles qui ont eu
cours en ce royaume.
DE Bras, llcc/i. et (int iij.de la, ville <le Caen, p. 250.
"2. Avancer (s') {ta avance), v. réfl., tirer profit.
Robert pensa ke, s'il poeit,
De ses prisons (prisonniers) s'avancereit.
Wace, Rom. (leRou., v. 10316.
Avancir [lo avauncy*), v. a., rehausser, fortifier Y. Avan- ce!' 1.
. . . Plus oneste clerc n'i porreit nuls choisir Ne nul ke meuz poi'ist lur
iglise avancir.
S. Tluj,n.leM,,rl.., p. 17.
Avaunt (avaunl'), aclv.. devant, en avant.
Dune aveit un avaunt le pallium porté.
Ihiil., p. 2.Ô.
Il vait avaunt, si descent jus.
M AiiiE, Giif/einer, \. 107,
Aveai (avail, advayle'), s. ra., avantage, profit.
Asez en unt joie e mult, de lur aveals.
Cliron. de Jord. lunU., v. 1182.
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(delwedd C0160) (tudalen 0092)
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— 92 —
Par tut avez fait vos aveaus.
Bi.s.,Chron, de Sorm., v. 1187, p. 46.
Aveiement iaicay'), s. m., chemin, voie. V. Yeie.
Chascun jor preun Deu pur tei, el sacremeut, Par sa pitié te mette à dreit
aveiement.
5. Thom. le mart., p. 100.
La forme apocopée, qu'on retrouve dans le vieil anglais, représente
probablement celle aveie, qui doit aussi exister en dialecte normand, avec le
même sens, et de laquelle est venu aveier, mettre dans son chemin.
Diva, funt-il, aveie nus.
BiK.,Chron. de Norm., v. 2855G.
+ Aweine (avene*), s. f., avoine. Du lat. avena. Quoique conservé par
l'Académie, ce mot est complètement tombé en désuétude dans la langue reçue;
en Normandie il est resté d'un usage universel.
Chascun bordage contient une acre de terre et un sestier d'aveine.
Lie, desjar, de S. Ouen de Houen, f° 422 v*.
Aveine achetée, i s. vi d. le boissel, au tripot (à la halle).
Compte de 1466, cité par M. Pluquet dans son Ess. Iilst. sur Baijeux, p. 202.
L'on donnait anciennement en Angleterre, chez les hauts personnages, le nom
à^avenor' à l'individu chargé de surveiller la distribution des rations des
chevaux.
+ Aveir (to hâve; to ave, to abere), v. a., et auxll. avoir. Du lat. hahere.
Aveir, aver, averre, avère, avoir. Kel.
Si. . . aveir nel pot, dune rendra le chastel.
Lois de GuiL, 4.
Si dei des ore aver ma paiz.
Vie lie S. Thom. de Cant., v. 581.
Je voudrais entre mes bras t'aveir.
L. Pet., Muse norm., p. 9.
Quelquefois, en dialecte normand, comme en anj^lais, on rencontre Yh
étymologique:
Combien que par le stille (la procédure) des aultres cours, le dé- faillant
dechoye de ce qu'il ha à faire, etc.
Ordon. <lu Pari, de Norm. de 1515.
-\- 2. Aveir, Aver [aveer, avère'), s. m..^ avoir, se dit surtout des biens
mobiliers. En ba.s-lat. averiurn, mot que Ducange définit: Omnia quœ quis
possedet, pecunia., equi,
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(delwedd C0161) (tudalen 0093)
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— 93 —
oves, jumenta, cœteraque animaUa,quœ agricuUurœ inserviunt, etc. — Avers^
aver, avier, biens, effets. Kel. V. Avre.
Franc home qui ad aver champester trente deniers vailaunt deit doner le dener
saint Père.
Lois (le G util. , 18.
De sun aveir vos voelt asez duner.
Chan. (le Roi, p. 12.
Avers quiert de lui solement. v
Béx., Cliron. de IVorrn., v. 7928.
Aveiter {to aioait), i\ a., garder, protéger. V. Aguaï.
Quer depreium le rei del ciel Et l'archangle qu'il nos aveit (1). A cel mont
là alun tôt dreit.
Guii,. DE S.-P.MR, 7îo;?i. tlu Mont S. Mivh., v. 3103.
Avenant {avenant'), rtc(;'., convenable. V. le mot suivant.
Il fu jugiez que ge doi estre sesiz del mariage, qui me fu donez o ma famé,
que sa mère me doua de l'eritage, jusqu'à tant que ses frères qui est detlanz
aage (qui est mineur) ait fet à ma famé avenant mariage.
Mai!.\., Etabliss. de l'Echiq. de .Vo/vu., jj. 133.
Mais ils doibvent lieux avenants Trouver, si que, par la manière Des lieux,
aulcuns des namps (gages) n'empire.
Coût, de Norin. env., p. 58.
D'où avenantise, convenance (chose convenable):
N'est pas, dist elle, avenantise Ke le plus bas de ma kemise, Qui à mes
jambes fiert e tuclie, Seit turnée vers vostre bûche.
Wace, Rom. de Rou, v. 8007.
Avenantment, Avenamment {avenantli'), adv.^ d'une ma- nière convenable, avec
bienséance. Avenantement, ave- naument., convenablement. Kel. V. le mot
précédent.
La femme Bisclaveret le sot; Avenantment s'appareilot.
Marie, Bisclcwaret,'v. 220.
Ceux qui doivent le service sont tenus le faire en l'ost, ou envoyer personne
pour eux, qui le fasse avenamment.
Ane. Coût, de Nor/n., cb. xi.iv.
(1) Aveitc est la forme exacte du mot; notre
trouvère écrit nveit pour les besoins de la rime.
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(delwedd C0162) (tudalen 0094)
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- 94 —
+ Avence {avance), s. f., ochrome, plante que l'on désigne aussi quelquefois
sous le nom de pied de lièvre.
Pur gutefestre (fistule), pernez warence... e herbe Robert, chescun par oel
(égal) peis; si ferez ben boiilir, etc.
Pet. tr. de méd. du XI Y' s., publié par M. Boucherie, p. 9.
Avengier {to avenge), v. a., venger.
Quant ne puet son cuer avengier.
Bén., Ctiron. de .Vo/v»., v. 92G4,var.
Aventaille {aventaile), s. f., partie du heaume, que l'on pouvait abaisser
sur le visage. V. Ventaille.
Deslacent aventailles, heumes e chapeus
Vie de S. A uban, v. 1468.
Aventure (aventure , adventure), s. f., esprit d'aventure.
. . . Vous plus vivre ne pores Se vos esraument ne me dites Pourcoi je sui
siypocrites Et si plain de maie aventure.
Hoin. de Rob. le Diable, p. 1 10.
Aver. V. Aveir 2.
Average {average, corvée; average, droit de charriage), s. iH., redevance
féodale. En has, lat. averagium.
Debent unum obolum de averagio ad festum S. Andrée.
Co.rtul. de l'abbaye de Préaux (ancien diocèse de Lisieux), f° 181.
Lauriére, dans son Gloss. du dr. fr., fait remarquer que du mot normand
avers, animaux domestiques, mot que le patois a conservé, on a fait dériver
le terme anglais ave- rages, désignant les services ou les corvées que les
tenants doivent à leur seigneur, avec leurs bœufs, chevaux et autres animaux.
« Average, dit en effet Rastal, dans son livre intitulé Les termes de la Ley,
est le service que le tenant doit à son seigneur d'estre fait par les avers
le tenant, et semble d'estre dérivé del paroi averia, pur ceo que est le
service que les avers le tenant parforme pour le seignior par caiTiage ou
autrement. »
Averil [averiV), s. m., avril, le 4" mois de Tannée. Du lat. aprilis,Ae
aperire.
Et le meis d'averil en Paskerez fud l'ost de France sumuns.
Chron. de Jord . Faut., v. 64, var.
Averous [avérons*) adj., avare.
Thiebaut, li quens de Chartres, fu fel e engignous, Mult out chastels e viles
e mult fu averous.
Wace, Rum. de Rou, v. 4408.
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(delwedd C0163) (tudalen 0095)
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— 95 -
Averse (averse), adj., ennemi, ^advcrsf.
Granz sunt les oz (armées) de celé gent averse.
Chans. ((,; Bol. p. 221.
Gui fortune serreit averse, Laide e oscure e pale e perse, Gonforz li fust e
recovrers, Amis verais lins e entiers.
BÉ.\., Chron. (lo Nonn., v. 4275.
Avertir [to avert), u, a., détourner, écarter. Du lât. avertere.
E quant il se fu averti Ela dolor li fu passée...
Bén., Chron. de Norm., v. 109(iU.
Ainceis lors par seint Esperit S'en avertit de l'enemi.
Via (le S. Gvég., v. S'fJS.
Aviler [to civile*), v. a., mépriser.
Noz enemis nus rampodnent e avilent.
Les liais, p. 411.
E dist que Lanvax l'a hunie, Ke druerie l'a
requist. Pour couque el l'escundit, La laidi mult e avilla.
Marie, I.((nv(tl,\'.'i\!i.
Avirun, Aviron (aviroun), aclv., autour, tout autour.
Li oil de lui... avirun esguardent.
Lio. des Ps., IX, 29.
Li vilain de tôt l'aviron E de tote la région.
Bên., Chron. de Norm-, v. .5085.
D'où le verbe aviruner, avironer, entourer:
Avirunerent mei mult chien.
Lib, psalm., p. 2(i.
Maiz li Engleiz l'avironerent, Od lor gisarmes le tuèrent.
^^'A(■E, Rom. de Boa, v. 13701.
On trouve dans Halliwell yi?'ot<>i, enceinte.
Avisium, Avision, Avison {avision, aclvysyon), s. /"., vision, songe.
Apres iceste, altre avisium sunjat.
C/nins. de Roi., p. G4.
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(delwedd C0164) (tudalen 0096)
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— 96 —
11 vit un avision gentil
Al secound an de soun exil,
Dount eu confort.
V(>^ 'le S. Thont. de CnaL, p. G22, e. 1, var.
En avison lui appai'ut Li fiz Dé. nostre sauveor.
Viede S.Grég.,y.U^i.
Avoé. V. Avoez.
Avoer [to advcnve*), v. a. Terme de féodalité. Avouer re- connaître pour son
suzerain, son protecteur. Du lat. aclvo- care, prendre pour défenseur,
littéralement appeler à soi. V. Avoerie, aïoez, adcouson.
Nostre dreiz sire (légitime seigneur) est li reiz, Lui avoom, sue est l'onur
(le fief de dignité) E lui en tenom à seignor.
Bén.. Cliron. de Xot-in., v.8509.
Avoerie {acoery\ acowery')^ s. f., protection, suzeraineté. V. Avoer, avoez,
advonson.
Bernart, ço dist li roiz, ço ne savoie mie K'en Normendie eust si grant
avoerie.
Wace, Rom. de Eou, v. 3404.
Ne remaindras, fai li il, mie De rien fors de m'avoerie.
Bên., Clvon. de Norin., v. 12237.
Avoez, Avoé, Avoué, Avué [advoicee, avoive'), s. m..^ patron, suzerain,
seigneur. Avoioe, advowee, patron, fondateur. Kel. V. les deux mots
précédents et Advouson.
En Bretaigne aveit jadis Uns riches huns, vielz et ancis, De Caerwent fu
avoez E du pais sire clamez.
Marie, Ywenec, v. 11.
Dites-lui bien, c'en est la summe, Que jà ne serom mais si home. C'est mais
tôt escos e balé, N'il à nos sire n'avoé.
Bén.. Cliron. de .\orm., v. 9200.
... Tut cil qui od lui vivoient f
Tôt autritant lu redoutoient Com s'il fust per à seint André Qui de s'iglise
ert avoué.
Vie de S. Grég., v. 471.
Messagier sui le rei, il est mun avué; Il vus mande, par mei, saluz e amitié.
Chron. de Jord. Faut., v. 1385.
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(delwedd C0165) (tudalen 0097)
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— 97 —
Avoi {avoi/; aivay), interj., en route! on avant!
Avoi! fait-il, franc chevalier! Porquoi vos voi si esmaier, Por la parole
d'un proveire, Qui ci nos fet mençonge acreire?
Ben., liorn. de Troie, v. 3977.
Avoi! funt-ii, dux enorez,
Qui de haut père es engendrez,
De celi qui venqui Engleis.
BÉN., Cliron. de Norm., v. 8512.
Avoiltre. Y. Avultere.
Avoué. V. Avoez.
Avoultire, Awoutery. V. Avulterie.
Avoutre. V. AvuUere.
Avre {aver*)^ s. m., cheval de travail, bête de somme et de trait. En bas
lat. avrum, avriura.
Cum instauramento xij hovum et ij avrorum — viij bovum et i avril et ij
vaccarum ^ viij vaccarum et ij avrioruni.
Rot. Nori)i., dans'YAgr. en iSur/ti. au moi/, âge, de M. Delisle, p. 256.
Avruiii, avrhivi, sont une contraction du terme géné- rique averium.,
bestiaux, bêtes domestiques:
Catalla (d'où l'anglais catlle, bétail, et le normand catel, qui a le même
sens) quœ aliquando petuntur sub nomine averiorum.
Fletii, m, cap. XLviii.
Et averiu/ii est lui-môme la traduction des vieux mots normands avei)\ aver,
avers, qui, outre l'acception géné- rale de biens mobiliers (V. Aveir 2),
possédait quelquefois le sens restreint de « bestiaux qui nantissent une
ferme à la campagne », définition donnée par Houard {Loix des François, II,
432.)
Cil qui aveir escut, u chival, u buefs, u vaches, u porcs, u berbz...
Lois de Guil , 0.
L'on trouve avarie, dans Sherwood, défini « lieu où l'on gaide la provende et
le fourrage des chevaux du roy. »
Dans le Grand Coutumier de Normandie, le mot avoirs est le nom sous lequel Le
Rouiller indique les bestiaux servant à l'exploitation du fonds. Sons le
chapitre VIII, on lit en effet: « Banon (liberté de laisser paître dans les
champs) doibt estre osté de toutes terres en quoy la blée est
7
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(delwedd C0166) (tudalen 0098)
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— 98 —
apparissant, qui pourroit estre empirée par avoirs, si qu'il n'y en doit
point avoir. »
Terrien, dans son Commentaire du Droit normand, p. 120, dit que, dans le
texte qu'on vient de citer, avoirs signifie bien « bestes domestiques. »
Au normand avre correspondait, emprunté toujours au même radical, l'anglais
affre (dans Halliwell, afer), mot auquel Houard {lac. cit., II, 59) as.signe
le sens de cheval propre au labour.
Carectarius constans esse débet... Ejus est scire phalera, attilameiita et
harnesa minuta carectis appendentia prœparare et emen- dare; quilibet autem
carectarius simul cum aflris jaceat suœ ca- rectse.
Fleta, LU, c. lxxxv.
Nous y voyons (dans le rôle de l'Échiquier de la trentième année du règne de
Henri II) que Raoul Murdrac, vicomte de Notingham et de Derbyshire, avait
déboursé 8 livres 16 sous, pour acheter 40 vaches et 4 taureaux,... 2 sous 6
deniers pour un afîre; 44 sous pour 10 vaches, etc.
L. Delisle, \'A(j7'ic. eiiNorm. au, nioy. âge, p. 255.
L'angl. heifer, génisse, pourrait bien être un mot de la même famille. En
patois normand de Guernesey, aver est l'esté la dénomination du pourceau (V.
le Dict. franco- normand de M. Métivier); c'esl en cette acception que le mot
nous paraît employé dans le texte suivant:
Guillaume le Rouyer, il avers xii d. — Jean Hervys, il chevaux xii d.
Comp'e de 1344, citée par M. Delisle dans les Actes nortn. de la Ch. des
comptes, Tp. dli.
Avuer {to avoioe, Palsg.), v. a., garantir, défendre, mettre à l'abri. A to
avoioe Palsgrave donne pour synonyme to tcarrant.
Ore dit Jordan Fantosme que Deus les avua.
Chron. de Jord. Fant., v. 521.
Avultere, Avoiltre, Avoutre {avoutrer'),s. m., adultère, le coupable
d'adultère. Du lat. adulter. V. le mot suivant.
Li laust (il lui est loisible) d'ocire l'avultere.
Lois de Guil., 37.
Ot les avoiltres la tue partie posowes (cum adulteri^^portionem
tuam ponebas.)
L(b. psalm., p. 66.
Parjure e mescreant, desdeingnant Deu amer, Avoutre e homicide.
Ile de S. Auban, v. 1681.
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(delwedd C0167) (tudalen 0099)
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- 99 -
Avulterie, Avowtery, Advoultrise, Avoutire (avoutrye, advoiolry'), s. m.,
adultère, le crime d'adiiUère. Avoutrie ndultère. Kel. du lat. adulcerium. V.
le mot précédent.
Si le père truivet sa file en avullerie en sa maison...
Z,o«',s de Guill., 37.
Ceux qui repreignent leur femes, après le pesché de avowtery, à tour
escient...
IlouNiis, Mii-ior (le Jastictjs, cli. iv, socr. 13
Que a apporté la constitution... sinon tourner et éviter légitime génération,
en advoultrise, et honneste cohabitation d'une seule espouse, en
multiplication d'escande luxure?
Ai.. Chaut., l'Esp., p. 389.
Une juiesse jeune et belle Fut accusée d'avoutire.
Pet. pocirws; </u MonC S. Mic/i., p. 53.
Avveit, Agwai, Agai (await', wait) (1), .i\ m , embuscade, guet-apens. — Aicaile.,
embûche Kkl.
E que enfraint la pais le rei en Mercheaelac, cent sols les amen- des,
altresi de aweit purpensed (de guet apens).
Lo(s (le GuilL, t.
La femme que tu me donas,
Ele fist prime icest trespas (infraction);
Donat le moi, e jo mangai:
Or m'est avis que tornez est agwai.
Adam, p. 31.
Hz prindrent à corner et Hli agaiz acourut moût tost ens.
Chron. norm. du. Xie s., p. 60..
Aye. V. Aï.
(1) L'aphérèse de l'a se rencontre
fri^-quemment dans le passMge du din- locte normand à l'anglais. Voir ce qui
csl 'li( .'1 ce mijct on riiilrodiiclion.
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